A propos de l’affaire Trierweller : Vie privée-vie publique

 » Qui vole un oeuf vole un boeuf », dit le proverbe populaire, mais personne ne dit : « L’élu qui trompe sa femme trompe son électeur »  Nul ne se demande si son boulanger a une maîtresse ou s’il a des fréquentations chaudes dans certains bar de la ville la plus proche …et pourtant, pour peu qu’une « affaire » surgisse dans un village ou une campagne, de ces histoires sordides où se mêlent le sang et le sexe, l’enlèvement, la disparition ou le viol, alors les rumeurs rampent, les soupçons battent la chamade derrière les rideaux : le même homme, dont les escapades et les conquêtes faisaient sourire, se voit marqué d’une suspicion où selon une logique retrouvée, on fait tout naturellement le lien entre sa vie privée et sa vie publique. A fortiori s’il s’agit d’un élu de la Nation ! Lire la suite

Chronique « Présidentielles » : Toutes les civilisations se valent-elles ? Quid du relativisme ?


Dans sa dernière chronique du « Figaro », du 23 février 2012, Luc Ferry écrit :
« Qu’est-ce qu’une grande civilisation ? Voici une réponse simple : une grande civilisation, c’est une civilisation qui dépasse sa particularité, qui adresse un message à l’humanité entière, qui lui apporte quelque chose de précieux, quelque chose qui affecte le cours de l’histoire mondiale. En ce sens, les civilisations chinoises, arabo-musulmanes ou indiennes, pour ne prendre que ces trois exemples, sont de grandes civilisations : chacune apporte des trésors dont l »humanité se trouve marquée à jamais, par exemple l’algèbre, le confucianisme ou le Mahabharata. D’évidence, aussi, la civilisation européenne mérite d’être retenue pour grande, par ses  créations scientifiques, esthétiques et politiques. dans tous les conservatoires du monde, on joue Bach, Ravel et Mozart. De Pékin à Moscou en passant par Madras ou Alger, on étudie Platon, Rousseau, Shakespeare et Freud. Pour autant, aucune de ces civilisations n’est exempte d’atrocités. L’Europe, qui songerait à le nier, ce fut aussi le nazisme, l’esclavagisme, la colonisation, le stalinisme – en quoi, disons-le d’emblée pour éviter un malentendu, si toutes les civilisations ne se valent pas, tout ne se vaut pas non plus au sein d’une même civilisation.
Notre vieux continent a inventé quelque chose d’unique et de précieux, de singulier et de grandiose : une culture de l’autonomie des individus à nulle autre pareille, une exigence de penser par soi-même. Tel est le génie d’une Europe qui finira de son propre mouvement par abolit l’esclavage et la colonisation, par se défaire des totalitarismes, bref par reconnaître l’altérité. Rien, dans cette valorisation de la civilisation européenne, n’implique le moindre racisme, le moindre penchant néo-colonial. Simplement l’idée que si tout se vaut, alors rien ne vaut. »

Chronique “présidentielles”

Lors d’un colloque sur « Que reste-t-il de la morale à notre époque ? », lundi dernier, au Grand Palais, où j’étais invité comme intervenant, théologien moraliste, un philosophe anar s’est récrié contre la menace de l’Ordre moral, ce  quoi lui ai-je répondu :

– La menace de l’Ordre moral, aujourd’hui où nous avons un Président qui en est à sa troisième épouse et un candidat majeur aux présidentielles, qui a plaqué la mère de ses quatre enfants ? Où voyez vous la menace de l’Ordre moral ? Je vois plutôt des menaces de désordre …

Applaudissements du public.

Chronique « présidentielles »

Suite à mon écho sur l’ « homme normal » 

Un judicieux article du philosophe Jean Louis Schlegel, qui n’est pas un « sarkozyste », dans « Le Monde » du 6 octobre 2011, avec comme titre :  » La République a-t-elle vraiment besoin d’un président « normal » ? C’est dans l’urgence des situations exceptionnelles qu’on juge un dirigeant. »

Extraits :  » Malgré toutes les critiques sur le style et le fond, on a le droit d’apprécier le volontarisme en politique – il y en a si peu ailleurs – , les coups de pieds dans la fourmilière. Nicolas Sarkozy a accepté d’être impopulaire sur les retraites par exemple : malgré les critiques des responsables syndicaux, j’ai tendance à saluer sa résistance à une opposition aussi longue, vaste et déterminée. C’est un exemple parmi d’autres. On devrait surtout lui rendre justice pour sa capacité « souveraine » d’action et de décision dans les situations exceptionnelles de politique extérieure et intérieure, et on devrait le faire même hors succès acquis aux yeux de tous ou incontestables au jugement de l’histoire future. Dans les crises financières et économiques de 2008 et 2011, en Géorgie, en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, en Libye et lors du printemps arabe, Nicolas Sarkozy a été à la hauteur de l’ « état d’urgence » ou de l’ « état d’exception ». Le critère de la capacité exceptionnelle de décision et d’action en démocratie devrait être apprécié à sa juste valeur. Et quand un candidat aux primaires socialistes revendique sa « normalité », ,il devrait peut-être au contraire inquiéter.

Face à M. Sarkozy, on peut certes faire entrer dans la « normalité » toutes les qualités imaginables, mais tout cela s’apparente à des vertus personnelles plus qu’à des qualités politiques, a fortiori à la capacité d’incarner da façon exceptionnelle – oui, exceptionnelle ! – une ligne politique. Opposer le seul rempart du « normal » à la situation exceptionnelle non choisie est un peu court. »

Chronique « présidentielles »

Présidentielles : les primaires ou l’abus de démocratie

– Tu as voté aux primaires du PS ?
– Non … je ne suis pas encarté au PS.
– Mais n’importe qui, de droite ou de gauche, pouvait voter !
– Ah! Bon. Ce n’était pas comme la dernière fois, en interne, avec Ségolène gagnante ? C’est devenu la course à l’échalote ….avec danger d’une surenchère de démocratie incontrôlée.
– Pourquoi ?
– Parce que le principe d’égalité n’est pas respecté. Un exemple tout simple : j’ai un ami, en Lozère, dans un bourg, et qui est notable …problème pour lui et bien d’autres : où est le respect du secret du vote ? Aussi bien en allant voter ou en s’abstenant, les citoyens ont été contraints de dévoiler leurs opinions politiques. Quand je suivais les cours de Droit constitutionnel au Panthéon avec le professeur Hauriou, je me suis toujours souvenu de l’article 3 de la Constitution de la V ème selon lequel le suffrage est toujours « universel, égal et secret. »

Chronique « présidentielles »

Élysée.fr Liberté Égalité Fraternité Présidence de la RépubliqueAu dernier dîner-débat de la « Revue des deux mondes », le lundi 26 septembre, l’invité, François Baroin, ministre de l’Economie et des Finances, a cherché, dans son discours, à bien établir la distinction entre « rigueur » et « austérité », difficile nuance à bien faire passer en terme de communication. Je me suis permis de lui glisser à l’oreille qu’entre « rigueur » et « austérité », il y avait « sobriété ». Peut-être communiquera-t-il cette suggestion à Henri Guaino, la plume du Président. Sobrement.

Chronique « présidentielles »

A-t-on envie de voter pour un candidat qui se dit « homme normal » ?

Le « normal » , c’est le vide, l’identification à une abstraction – « l’homme moyen supposé  » – qui risque de tuer l’idée même de politique, car si « n’importe qui » peut être Président ou même ministre, toute la force morale de la politique tend à s’évanouir. « Nous autres Français sommes convaincus qu’il existe une sorte de nécessité charismatique de l’homme politique – résidu du  » sacré  » antique qui nimbait l’homme politique ! – , si l’on veut que la politique ait de la force, de l’élan. Un candidat qui croit s’identifier à « tout-le-monde », s’il ne se trompe pas d’abord lui-même, trompe les autres, car il confond « se distinguer » avec le mépris. La distinction est, en effet, le contraire du mépris car c’st l’exigence du meilleur pour soi et pour les autres. La « distinction » pousse le candidat sur le terrain, dans un relationnel direct, non aseptisé par les conseillers en comm’ et les exigences de « sécurité ».  Il peut y avoir alors un vrai « spectacle », celui de cette alliance profonde du peuple et de ses dirigeants.