Benoît XVI et la « laïcité positive »

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Figaro3

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Le Pape François : Pouvoir et Service

François

Tribune pour le journal La Montagne.

« Les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. »(Marc X, 44)

Lorsqu’un pouvoir civil est en perte de vitesse, sa pseudo-sacralité est démasquée par les bouffons, par l’ironie, en usant d’un langage qui n’est pas innocent : le Président devient « dieu », du temps du Président Mitterrand. Quand le faux sacré du pouvoir est démasqué par les « guignols », c’est que le vrai sacré, qu’on avait cru refoulé, est réellement et bien présent.
Comment peut-on faire la différence entre le pouvoir profane, qui parfois se drape de sacrés oripeaux et celui que le Christ demande à Pierre d’exercer dans son Royaume ? A Pierre et à ses successeurs, les papes dans l’Histoire. Le premier aime à faire sentir son pouvoir, et le deuxième point.
Faire sentir son pouvoir, cela se manifeste parce qu’on se prend au sérieux – autrement dit à l’incapacité d’avoir un peu d’humour sur soi-même ! -, parce qu’on se sert d’abord avant d’être au service des autres et parce qu’on est capable de courage dans des situations où l’intérêt public et moral l’emporte sur l’intérêt particulier et les sondages.
Le Nazaréen le sait, Lui, qui prononce ces paroles juste avant de monter à Jérusalem pour la Fête des Tentes, c’est à dire de pénétrer en Judée là où « les Juifs cherchaient à le tuer ».
En France, avant la révolution du « siècle des lumières », le pouvoir royal était sacré et le religieux primait sur la morale. Tenant son pouvoir de l’onction sacrée à Reims, le monarque oint exerçait des pouvoirs délégués par la puissance divine, et notamment celui du droit de vie et de mort sur ses sujets. La grâce royale prenait alors sa signification première. De même le respect et le cérémonial qui précédait et accompagnait la majesté royale. L’alliance du trône et de l’autel était ainsi naturelle, inscrite légitimement dans l’Histoire, en héritage direct de l’ancienne Alliance du peuple juif et de Yahwe-Dieu. Avec la Révolution, le pouvoir a été radicalement désacralisé dans la personne royale, dont le sang coule, pour faire retomber ce sang sur le peuple qui devient nouvelle source de « sacralité ». Mais comme le « peuple » était une entité trop irresponsable, la Nation récupéra la nouvelle sacralisation, puis l’Etat . Avec la Révolution, la morale prima sur le religieux, oubliant que de moyen qu’elle devait demeurer, elle ne pouvait être une fin en elle-même : pure et froide, elle périt avec l’ « Incorruptible ». Encore dans le sang.
L’immoralité s’étant provisoirement vengée par le Directoire, un nouveau pouvoir fort prétendit la sacralisation, mais le geste « sacrilège » de l’Empereur à Notre-Dame de Paris lui dénia, aux yeux de certains, un vrai fondement sacré. La monarchie constitutionnelle puis la République retrempèrent alors leur pouvoir dans le sang du peuple à nouveau « sacralisé ». L’onction devint électorale. Mais quelles que soient les formes que prennent ces pouvoirs, la même question demeure : « font-ils sentir leur pouvoir » ? Et : « Qui est au service de qui ? »

A la différence d’un pouvoir profane, qui se ferait trop sentir, le pouvoir que le Christ a demandé d’exercer à Pierre et à ses successeurs, dans son Eglise, est celui dont le  » joug est léger », c’ est à dire un pouvoir d’exigence, d’incitation et non de condamnation; celui qui sert les autres avant de penser à soi; celui du courage. Sur ce dernier point, le pouvoir ecclésial aurait plus de raisons que d’autres de ne pas céder à la faiblesse des modes, des démagogies ou des pressions, puisqu’il n’est soumis ni aux élections, ni aux sondages.
Les disciples déjà se disputaient pour les plus hautes places, mais le Nazaréen, qui monte vers sa Passion, prononcera, peu après, en plein coeur du Temple, symbole du pouvoir religieux et politique, ces paroles :  » Qui parle de lui-même cherche sa propre gloire, mais qui cherche la gloire de celui qui l’envoie, celui-là est vrai et il n’y a pas d’injustice en lui. »(Jean VII, 18)

Tout le monde sait aujourd’hui que Benoît XVI ne cherchait guère sa propre gloire et sa renonciation en témoigne. Ainsi devrait-il en être pour son successeur dont on n’attend pas qu’il soit une star.