Ce Pain qui aiguise le Désir de Dieu

Fête du Corps et du Sang du Christ

Le Pain de l’Eucharistie nous repose la question que le Christ aimait poser à ses disciples : « Qui suis-je ? » Question dynamique et ouverte, au coeur de notre reconnaissance de la Présence.

Comment d’abord ne pas nous souvenir que cette nourriture mystérieuse, si bien prophétisée par la manne du désert, a été appelée par la tradition spirituelle le pain du voyageur ?Le voyage est le symbole de notre condition humaine pérégrinante : nous ne faisons que passer, traverser une Terre qui nous est réellement étrangère, si nous avons le vrai Désir de la seule patrie à laquelle nous sommes appelés par la voix du Père.

Ces paroles ne sont pas si austères qu’elles nous invitent à mépriser les joies et les plaisirs de la vie terrestre – pas du tout ! -, mais elles nous rappellent simplement, au-delà des fraicheurs des oasis ou des vents brûlants des steppes immenses, que le bon voyageur a peu de bagages, qu’il ne saurait trop s’attacher aux contrées traversées et que son meilleur passeport est pour l’éternité .Une des grandes vertus du voyage est de nous rappeler au détachement et à la grande et puissante saveur de la liberté intérieure, celle qui du goût de l’espace nous porte jusqu’au Désir insatiable de l’Infini.

Le Père Teilhard de Chardin, qui était allé attendre quelqu’un à la gare de Pékin et observait les voyageurs à l’arrivée de l’express transmongol , découvrit avec étonnement que la traversée des steppes et des déserts de l’Asie centrale n’avait nullement réussi à transfigurer « tous ces faciès d’épiciers et de banquiers ».L’Espace de lui-même ne transforme pas, n’enrichit pas .Sans doute celui qui revient de loin peut, grâce à une révélation que lui inspire l’Espace, avoir gagné une zone supérieure de l’Esprit : en ce sens, le voyage peut avoir valeur d’initiation et d’ouverture au Désir d’être initié. Mais ce n’est pas le résultat immédiat de son déplacement : un voyageur sans pensée et sans « manne », après le circuit le plus étonnant, risque de retomber à zéro quand il regagne son point de départ.

Recueillant ce qui était « fin comme du givre, sur le sol », les fils d’Israël murmuraient: « Qu’est-ce que c’est ? » Le vrai voyageur en esprit est celui qui se nourrit de la manne, c’est à dire de cette question mystérieuse et incessante du Désir d’Infini, qui alimente juste ce qu’il faut pour continuer sa quête , puisque ce Pain du ciel ne pouvait être mis en réserve , être thésaurisé , sans pourrir … Manger le Pain mystérieux de l’Eucharistie , c’est reconnaitre notre condition nomade, itinérante qui se fonde sur un sentiment aigu de la différence   , de la distance, de la séparation, de la rupture de l’habitude : prendre ce pain si humble et si doux dans ses mains , en sachant prier par ce murmure: « Qu’est-ce donc ? Qui es –Tu , Toi le Dieu de mon Désir ? »

Le pain eucharistique nourrit notre désir de voyageur spirituel , sentiment stimulé par l’inadaptation , la singularité , l’imagination , le sacrifice ; ce sentiment est menacé par l’habitude , la proximité , l’adaptation , la possession et l’assouvissement qui est un signe de servitude : nous ne saurions approcher de l’Eucharistie avec un esprit de repus : Elle nous comblera , en ce sens qu’Elle aiguisera notre Désir !

Père Alain De La Morandais

 

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