Commentaire sur St Jean VI

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Commentaire sur St Jean VI, 35-40

« Le Père me les donne…

ils viendront à moi …

Que je n’en perde aucun … »

 « Le Père me les donne » :

Le Père comme Créateur confie ses créatures à son Fils , engendré non pas créé , mais appelé à vivre une vie de créature incarnée ; son Incarnation en fait le premier coresponsable de la création , responsabilité à partager avec ses frères en humanité ; une coresponsabilité n’infère pas une égalité mais un partage des responsabilités (cf. mythe fondateur de Caïn et Abel qui auraient du gérer une coexistence entre nomadisme et sédentarisation , alors que leur rivalité engendre une violence meurtrière et fondatrice de la première cité) .

« Ils viendront à moi » :

cette annonce est celle d’un mouvement , d’une dynamique qui se met en marche (évolution –révolution) , qui construit sa destinée (et non son destin – fatalité) par sa liberté : c’est l’Esprit – Souffle qui garantit cette dynamique en insufflant par sa force physique et spirituelle un actif contre la tentation de la passivité.

 

«  Que je ne perde aucun … »

Comment la créature peut-elle se perdre sinon en reniant son Créateur (mythe de Pinocchio) par le mensonge ou bien, tout au contraire , en s’en imaginant l’esclave par l’invention d’un Dieu tyran , vengeur et jaloux ? Le bon chemin pour éviter la perdition sera celui de l’adoption , en créant une relation réciproque de filiation .C’est cette adoption , reconnue dans la réciprocité , qui les conduira jusqu’à l’adoption éternelle comme « fils de Dieu » par la résurrection , action transitive du Fils sur ses frères .

Commentaire sur St Jean VI, 52-59

« Celui qui mange ma chair … »

A défaut de cannibalisme proprement dit , il s’agit, dans cette parole qui a valu nombre d’injures et de quolibets aux premiers chrétiens , d’une sorte de cannibalisme spirituel , qui peut nous conduire au moins à trois points de réflexion :

1 – Dans toute forme de manducation alimentaire , humaine ou animale , c’est le supérieur qui assimile l’inférieur . Quand je mange un steack , c’est la chair du bœuf que j’assimile et qui devient ma propre chair humaine . D’une part parce que la chair du bœuf est morte , ce qui me permet de m’en nourrir , et d’autre part parce que , en tant qu’humain , je suis supérieur au bœuf . Sauf à être charognard , dans le règne animal la plupart du temps c’est le vivant qui nourrit le vivant , grâce au sang .. D’où l’importance dans la parole mystérieuse du Christ de ne pas séparer « chair » et « boisson » . Vider l’être animal de son sang c’est le faire mourir. Inversement la transfusion sanguine sauve la mort. Boire le sang symbolique et réel du Christ c’est s’assurer une transfusion mystique sanguine . Une réanimation avant la vraie mort …

2 – Le vrai cannibalisme entre humains n’est pas si barbare qu’il n’y paraît puisque manger la chair de l’ennemi courageux vaincu c’est se réapproprier ses forces, son courage . C’est un acte charnel qui dépasse évidemment la faim physique : c’est le désir de s’assimiler le courage de l’ennemi, à la fois à titre dissuasif et aussi pour se redonner le courage de vaincre encore et toujours . Souvenez vous de l’Apocalypse : l’Agneau n’est pas que victime , il est « vainqueur ».

3 – Attention ! Signal d’alerte ! Nos amours humaines peuvent devenir « cannibales » à leur manière , tant qu’elles restent soumises à la passion . La passion qui tue en dévorant et finit par se tuer elle-même . Observez une maman toute à la joie de choyer et protéger son nouveau né , en le couvrant de baisers , que murmure-t-elle : – Je te mangerai tout cru !

Il y a en nous des puissances mortifères de dévoration dont nous devons nous prémunir en mangeant la Parole de Dieu , la mastiquant lentement , la savourant , la digérant . Et puis le Pain et le Vin . Nous réanimant .

L’Agneau , figure victimaire par excellence , sera vidé de son sang mais deviendra , selon l’Apocalypse , l’ « Agneau vainqueur » et Paul de Tarse , après son chemin de Damas , de persécuteur deviendra persécuté.

Commentaire sur st Jean XIV, 1-6

« Personne ne va vers le Père sans passer par moi … »

Le Désir du retour du Fils vers le Père est un des fils rouges de ce que nous rapporte Jean sur les désirs du Fils . Premier désir : son propre retour vers son Père par qui Il est « engendré non pas créé » , qui est l’ Originant et l’Amour Premier . Autre désir : que ceux qui l’aiment , passant par Lui, rejoignent le Père Créateur.

Le Désir du Fils est d’autant plus avivé par l’absence du Père , durant sa vie terrestre , par la Présence – la sur Présence ! – absente , par l’ Invisible du Père .

Et pourtant cette Invisibilité de la Présence du Père est sensible maintes et maintes fois , surtout dans des moments cruciaux de la Vie du Fils . Prenons en seulement trois : les tentations au désert , les noces de Cana et la supplice final de la Croix .

1 – le désert , symbole de l’absence des tentations du monde et de la recherche pure de l’Esprit et de l’apparent échec de la création car tout se joue en survie et en lutte contre la mort . Dieu absent. Père absent . Le Diable , intelligent séducteur , en profite en se rendant présent non seulement par la parole mais par son fantôme de corps .

– 2 – Le Diviseur se sert de trois tentations mais propres au Créateur , pas à son Fils :

– changer les pierres en pain : créer ex nihilo , faire sortir la vie qui nourrit et fait survivre de la matière morte !

– dominer tous les royaumes de la Terre , tentation de Créateur Tout Puissant ,Omnipotent , de dictateur divin : perversion de la puissance . Le Fils n’a reçu du Père aucune mission de pouvoir terrestre :  « Mon Royaume n’est pas de ce monde. »

3 – Les noces de Cana : une   cérémonie d’alliance d’amours humaines ordinaires , destinées par leur fécondité à perpétuer l’amour et peut être à témoigner que la fidélité est quand même de l’ordre du possible. Un signe d’espérance.

La Mère est là , plutôt présente et même si présente qu’elle intercède auprès du Fils quand survient la crise … jusqu’à recevoir une réponse qui peut paraîtres cinglante aux observateurs : « Mon heure n’est pas encore venue. » L’Heure sanglante de la fidélité au Père , à la mission qu’Il lui a confiée par le sacrifice ultime : non plus le vin des noces mais des coupes remplies de sang.

4 – La Croix : l’épreuve tragique ultime entre le Fils et le Père la dernière tentation : l’absence du Père ! L’absence trahison du Père , l’absence infidélité du Père !  « Pourquoi m’as tu abandonné ? »

Père Alain De La Morandais

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