PÉDO­PHI­LIE LE COUP DE GUEULE DE L’ABBÉ DE LA MORAN­DAIS ! (VSD)

  
Après la révé­la­tion ces dernières semaines d’affaires d’abus sexuels dans le diocèse de Lyon, l’élec­tron libre de l’Église de France dénonce le conser­va­tisme de l’épis­co­pat. Entre­tien. 

A 80 ans, le père Alain de La Moran­dais reste le seul ecclé­sias­tique à s’ex­pri­mer sans détour sur les scan­dales de pédo­phi­lie et d’agres­sions sexuelles qui secouent le diocèse de Lyon depuis plusieurs semaines. À Lyon, Philippe Barba­rin est visé par deux enquêtes préli­mi­naires pour « non-dénon­cia­tion de crime » et « mise en danger de la vie d’au­trui ». Sa confé­rence de presse, mardi 15 mars, a ajouté au malaise : « La majo­rité des faits, grâce à Dieu, sont pres­crits, certains peut-être pas, c’est la justice qui se pronon­cera. » Une formule malheu­reuse, qu’il a aussi­tôt reti­rée. Pour le père Alain de La Moran­dais, à « l’im­pru­dence » du cardi­nal s’ajoute une commu­ni­ca­tion cala­mi­teuse.
VSD. Croyez-vous toujours en la bonne foi du cardi­nal Barba­rin?
Abbé de La Moran­dais. Ce « dieu merci » est d’une maladresse incroyable. Je l’avais déjà trouvé plus que maladroit au moment du mariage gay, à tel point que je me suis demandé, comme d’autres, si ces affaires ne parti­ci­paient pas d’un règle­ment de comptes. Étant donné l’âge des prêtres incri­mi­nés, nous sommes toujours dans une culture du silence sur le sexe dans l’église. 
Dans votre dernier livre paru en 2014*, vous abor­dez fron­ta­le­ment cette ques­tion. Pourquoi êtes-vous le seul à le faire dans l’Église?
Parce que dans les instances actuelles, ils sont tous profon­dé­ment conser­va­teurs. Le cardi­nal Barba­rin a pour­tant contri­bué à l’élec­tion du pape François (jugé coura­geux et réfor­ma­teur, NDLR). Mais ce qui se joue encore aujourd’­hui, c’est : il faut sauver l’ins­ti­tu­tion, exac­te­ment comme cela se produit encore dans l’ar­mée ou d’autres corps sociaux. Ce qui explique que même des évêques comme Mgr Michel Dubost, qui aurait pu s’ex­pri­mer diffé­rem­ment, ne le font pas. (L’évêque d’Évry a apporté son soutien à Mgr Barba­rin, NDLR).
Comment expliquez-vous que l’Église de France n’ait pas évolué alors que le pape Benoît XVI a dénoncé les crimes pédo­philes dès 2011 et demandé publique­ment pardon aux victimes ?
C’est simple : nous avons affaire à des évêques carrié­ristes, ce qui n’était pas le cas de ceux de la « géné­ra­tion Concile » que j’ai côtoyés à Rome durant le concile Vati­can II (marquant en 1965 l’ou­ver­ture de l’église catho­lique au monde moderne, NDLR).
L’épis­co­pat a pour­tant mis en place un système d’alerte et des cellules d’aide aux victimes dans les évêchés…
Il y a deux ans, j’ai été amené à relayer auprès du nonce le cas de deux personnes qui sont venues me voir pour dénon­cer des faits de harcè­le­ment sexuel. Le nonce s’est tu et n’a pas donné suite. Cela dit, certains évêques comme Mgr Jacques David, évêque d’Évreux, font bien leur boulot en enga­geant le prêtre abuseur à aller se dénon­cer lui-même au procu­reur, comme l’in­diquent les direc­tives du Vati­can. À l’in­verse, j’ai connu aussi des cas comme celui du père Lefort, prêtre et méde­cin condamné à huit ans de prison et dont je suis abso­lu­ment persuadé qu’il était inno­cent. Il avait été accusé de viols par des enfants séné­ga­lais dont il s’oc­cu­pait. Une affaire surve­nue, je le précise, avant le scan­dale d’Ou­treau (qui a remis en ques­tion la sacra­li­sa­tion de la parole de l’en­fant, NDLR).
recueilli par Natha­lie Gillot 

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