Le Désir du Fils

Jean XIII,31-35

« Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres… Vous êtes mes amis, je vous appelle mes amis. »

A entendre ces versets pour la énième fois, soit nous sommes tentés de tomber dans la somnolence de la rengaine, soit – pour une fois ! – nous avons envie de nous insurger : « – Quoi ? A ne retenir que ces paroles suaves et bénignes, ne risque-t-on pas de présenter les Evangiles comme une « pastorale » – ouvrage littéraire bucolique conventionnel ! – , sucrée et dont la mièvrerie des sentiments cacherait l’âpreté des passions qui agitent le coeur de l’homme, sitôt qu’il est question d’amour ? Donc de désir. »

A quelques jours du départ de son fondateur, n’y aurait-il pas quelque involontaire imposture à présenter la petite Eglise primitive comme un groupuscule idéalisé où tout baigne dans les bons sentiments ? Le Christ nous appelle ses « amis ». Soit. Nous ne doutons pas de la qualité souveraine du Désir éminent et pur qui Le porte vers nous. Hier et aujourd’hui. Maintenant et toujours.

Aime – t – Il davantage celle-ci ou celui-là que moi ? Cette question nous reste plutôt étrangère, non pas parce que le remugle de l’envie ne pourrait pas brouiller la pureté de nos intentions affectives, mais parce que – Dieu merci ! – il n’y a que la certitude du salut pour tel ou telle, hypothétiquement plus proche que nous du coeur de Dieu, qui pourrait nous donner la réponse. Et que cela demeure le secret de Dieu.

Le Christ, nous appelant ses « amis », manifeste un état de fait réel – celui de son Désir à notre endroit, et il ne dépend pas de nous qu’Il ne nous aime quand même, si pervers que nous soyons – mais Il manifeste aussi un Désir optatif : celui que nous nous aimions les uns les autres. Et là, cela dépend aussi de nous.

Tant que nous n’aurions qu’à jouir de l’Amour divin comme on prend un bain de soleil, chacune et chacun, isolés sur son carré de sable au bord béat de l’azur infini, tout irait bien, car tout le Soleil qui me réchauffe le corps est tel qu’il est tout et uniquement pour moi, de telle sorte que ce que j’en reçois n’enlève rien à mon voisin qui en reçoit tout autant. Mais les choses se gâtent si nous comprenons mieux les paroles du Fils: «  Je vous aime mais il ne suffit pas que vous receviez mon amitié pour devenir mes « amis »,

il vous faut partager mon amitié pour vous avec les autres, oui, avec vos frères humains, vos semblables … »

Las ! L’amour de Dieu n’est pas qu’un bain de soleil !

Ses exigences nous poussent sur le terrain piégé des sentiments, c’est à dire là où nous allons tout naturellement nous heurter aux rivalités, aux jalousies, aux passions vives du coeur humain.

Rappelons nous simplement l’épisode d’après la Résurrection, au bord de la mer de Tibériade, lorsque le Ressuscité demande à Pierre s’il l’aime « plus » que les autres .Fort de la réponse positive, chaleureuse et douloureuse à la fois du disciple, qui a trahi, le Fils de Dieu lui confère la primauté, la responsabilité première de son Eglise, tout en lui annonçant son martyre. Et que fait Pierre, qui marche là, devant, seul avec le Maître ? Il se retourne vers celui qui les suit, Jean : « – Et lui, Seigneur ? » Imaginons Pierre : le voici réassuré de la confiance redonnée publiquement par le Maître, fier peut-être des responsabilités reçues, troublé par la prophétie d’un avenir violent, et que manifeste-t-il pour le tiers, pour celui que Jésus « aime » ? … Est-ce le rival écarté ? Est-ce l’ami dont le futur peut devenir aussi menacé que le sien ?

Pierre a tort de s’inquiéter : les conflits qui éclateront dans l’Eglise ne viendront pas de Jean, mais le chemin affectif de Pierre passe, comme le nôtre, par celui du champ miné des passions du coeur humain.

Répondre à l’injonction pressante du Fils de nous aimer à moins de fonctionner comme un automate, sans pulsions, ni désirs, ni passions ! – ne relève pas de la bleuette ou de la romance rose, où tout voguerait délicieusement dans les bons sentiments.

Si nous avons pris l’Evangile pour une aimable pastorale – une sorte de Soft Story , – , changeons de chaîne : il y a toujours ailleurs encore des marchands d’illusions ! L’amour n’est pas un confort.

Pour aimer jusqu’au bout, le Christ ne nous a pas promis la paix du pot-au-feu mitonné, chacun pour soi et Lui pour tous, mais des conflits, des rivaux, des ennemis même, de la solitude et des larmes et du sang.

En un mot : la Croix ! Et ce n’est pas toujours une décoration.

Père Alain de La Morandais 

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Commentaire sur St Jean VI

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Commentaire sur St Jean VI, 35-40

« Le Père me les donne…

ils viendront à moi …

Que je n’en perde aucun … »

 « Le Père me les donne » :

Le Père comme Créateur confie ses créatures à son Fils , engendré non pas créé , mais appelé à vivre une vie de créature incarnée ; son Incarnation en fait le premier coresponsable de la création , responsabilité à partager avec ses frères en humanité ; une coresponsabilité n’infère pas une égalité mais un partage des responsabilités (cf. mythe fondateur de Caïn et Abel qui auraient du gérer une coexistence entre nomadisme et sédentarisation , alors que leur rivalité engendre une violence meurtrière et fondatrice de la première cité) .

« Ils viendront à moi » :

cette annonce est celle d’un mouvement , d’une dynamique qui se met en marche (évolution –révolution) , qui construit sa destinée (et non son destin – fatalité) par sa liberté : c’est l’Esprit – Souffle qui garantit cette dynamique en insufflant par sa force physique et spirituelle un actif contre la tentation de la passivité.

 

«  Que je ne perde aucun … »

Comment la créature peut-elle se perdre sinon en reniant son Créateur (mythe de Pinocchio) par le mensonge ou bien, tout au contraire , en s’en imaginant l’esclave par l’invention d’un Dieu tyran , vengeur et jaloux ? Le bon chemin pour éviter la perdition sera celui de l’adoption , en créant une relation réciproque de filiation .C’est cette adoption , reconnue dans la réciprocité , qui les conduira jusqu’à l’adoption éternelle comme « fils de Dieu » par la résurrection , action transitive du Fils sur ses frères .

Commentaire sur St Jean VI, 52-59

« Celui qui mange ma chair … »

A défaut de cannibalisme proprement dit , il s’agit, dans cette parole qui a valu nombre d’injures et de quolibets aux premiers chrétiens , d’une sorte de cannibalisme spirituel , qui peut nous conduire au moins à trois points de réflexion :

1 – Dans toute forme de manducation alimentaire , humaine ou animale , c’est le supérieur qui assimile l’inférieur . Quand je mange un steack , c’est la chair du bœuf que j’assimile et qui devient ma propre chair humaine . D’une part parce que la chair du bœuf est morte , ce qui me permet de m’en nourrir , et d’autre part parce que , en tant qu’humain , je suis supérieur au bœuf . Sauf à être charognard , dans le règne animal la plupart du temps c’est le vivant qui nourrit le vivant , grâce au sang .. D’où l’importance dans la parole mystérieuse du Christ de ne pas séparer « chair » et « boisson » . Vider l’être animal de son sang c’est le faire mourir. Inversement la transfusion sanguine sauve la mort. Boire le sang symbolique et réel du Christ c’est s’assurer une transfusion mystique sanguine . Une réanimation avant la vraie mort …

2 – Le vrai cannibalisme entre humains n’est pas si barbare qu’il n’y paraît puisque manger la chair de l’ennemi courageux vaincu c’est se réapproprier ses forces, son courage . C’est un acte charnel qui dépasse évidemment la faim physique : c’est le désir de s’assimiler le courage de l’ennemi, à la fois à titre dissuasif et aussi pour se redonner le courage de vaincre encore et toujours . Souvenez vous de l’Apocalypse : l’Agneau n’est pas que victime , il est « vainqueur ».

3 – Attention ! Signal d’alerte ! Nos amours humaines peuvent devenir « cannibales » à leur manière , tant qu’elles restent soumises à la passion . La passion qui tue en dévorant et finit par se tuer elle-même . Observez une maman toute à la joie de choyer et protéger son nouveau né , en le couvrant de baisers , que murmure-t-elle : – Je te mangerai tout cru !

Il y a en nous des puissances mortifères de dévoration dont nous devons nous prémunir en mangeant la Parole de Dieu , la mastiquant lentement , la savourant , la digérant . Et puis le Pain et le Vin . Nous réanimant .

L’Agneau , figure victimaire par excellence , sera vidé de son sang mais deviendra , selon l’Apocalypse , l’ « Agneau vainqueur » et Paul de Tarse , après son chemin de Damas , de persécuteur deviendra persécuté.

Commentaire sur st Jean XIV, 1-6

« Personne ne va vers le Père sans passer par moi … »

Le Désir du retour du Fils vers le Père est un des fils rouges de ce que nous rapporte Jean sur les désirs du Fils . Premier désir : son propre retour vers son Père par qui Il est « engendré non pas créé » , qui est l’ Originant et l’Amour Premier . Autre désir : que ceux qui l’aiment , passant par Lui, rejoignent le Père Créateur.

Le Désir du Fils est d’autant plus avivé par l’absence du Père , durant sa vie terrestre , par la Présence – la sur Présence ! – absente , par l’ Invisible du Père .

Et pourtant cette Invisibilité de la Présence du Père est sensible maintes et maintes fois , surtout dans des moments cruciaux de la Vie du Fils . Prenons en seulement trois : les tentations au désert , les noces de Cana et la supplice final de la Croix .

1 – le désert , symbole de l’absence des tentations du monde et de la recherche pure de l’Esprit et de l’apparent échec de la création car tout se joue en survie et en lutte contre la mort . Dieu absent. Père absent . Le Diable , intelligent séducteur , en profite en se rendant présent non seulement par la parole mais par son fantôme de corps .

– 2 – Le Diviseur se sert de trois tentations mais propres au Créateur , pas à son Fils :

– changer les pierres en pain : créer ex nihilo , faire sortir la vie qui nourrit et fait survivre de la matière morte !

– dominer tous les royaumes de la Terre , tentation de Créateur Tout Puissant ,Omnipotent , de dictateur divin : perversion de la puissance . Le Fils n’a reçu du Père aucune mission de pouvoir terrestre :  « Mon Royaume n’est pas de ce monde. »

3 – Les noces de Cana : une   cérémonie d’alliance d’amours humaines ordinaires , destinées par leur fécondité à perpétuer l’amour et peut être à témoigner que la fidélité est quand même de l’ordre du possible. Un signe d’espérance.

La Mère est là , plutôt présente et même si présente qu’elle intercède auprès du Fils quand survient la crise … jusqu’à recevoir une réponse qui peut paraîtres cinglante aux observateurs : « Mon heure n’est pas encore venue. » L’Heure sanglante de la fidélité au Père , à la mission qu’Il lui a confiée par le sacrifice ultime : non plus le vin des noces mais des coupes remplies de sang.

4 – La Croix : l’épreuve tragique ultime entre le Fils et le Père la dernière tentation : l’absence du Père ! L’absence trahison du Père , l’absence infidélité du Père !  « Pourquoi m’as tu abandonné ? »

Père Alain De La Morandais

Le vrai Pasteur

Jean X, 27-30

L’image du berger, du pasteur, dans cette parabole de saint Jean, puise ses racines profondes et vivantes dans tout l’Ancien Testament, depuis le livre de la Genèse jusqu’aux Psaumes et aux prophètes.

Peuple nomade, ayant vécu si longtemps au sein d’une civilisation pastorale, l’image du pasteur revient couramment et parle clair au coeur et à l’esprit de l’auditoire du Nazaréen.

Sans que le titre de Pasteur soit donné explicitement à Yahwe – il parait toujours réservé à Celui qui doit venir ! – , il n’en est pas moins vrai que les rapports du peuple élu avec son Dieu est sans cesse dépeint sous la figure du bon berger avec son troupeau.

C’est Yahwe qui conduit son peuple, qui le fait paître, qui recueille dans ses bras les agneaux, qui le pousse vers les eaux bouillonnantes et rassemble les brebis dispersées. C’est l’image même de l’autorité et de l’amour plein de bienveillance et de sollicitude.

pasteur-1.jpgLe Seigneur confie les brebis de son pâturage à ses serviteurs, mais les rois d’Israël ne reçoivent jamais explicitement le titre de « pasteur », même s’ils en assument les charges.  « Tous ces pasteurs, le vent les enverra paître ! » Yahwe s’irrite par la bouche de son prophète Jérémie contre ces pasteurs d’Israël qui se montrent infidèles à leur mission, ne s’occupant pas du troupeau et laissant les brebis se disperser et se perdre.

Yahwe Dieu va reprendre en mains son troupeau abandonné et la bouche d’Ezekiel annonce qu’il n’y aura qu’un seul pasteur, nouveau David et Messie : :
« Je susciterai un pasteur qui les fera paître, mon serviteur David … et vous, mes brebis, vous êtes le troupeau que je fais paître, et moi je suis votre Dieu. » (Ezech. 34,23-31)

Zacharie précisera, lui, le sort du pasteur à venir : il sera transpercé mais sa mort sera salutaire. Ce pasteur s’identifie concrètement au « Serviteur souffrant » d’Isaïe qui, « tel une brebis muette », doit par son sacrifice justifier et sauver les brebis dispersées.

On voit donc mieux comment le Christ, en affirmant « Je suis le bon pasteur », revendique très clairement un titre messianique : il veut dire ainsi qu’Il est le seul Pasteur, le vrai, le seul digne de ce Nom, c’est à dire celui qui était annoncé et attendu, et pas un autre.

La mission du Christ pasteur, accomplissant ainsi la prophétie de Jérémie, est de constituer le peuple de la Nouvelle Alliance, l’Eglise, peuple de Dieu. Cette mission de pasteur, le Christ ressuscité la confie à Pierre et au collège des Douze, à leurs successeurs, les évêques et les prêtres, vos pasteurs. Or cette mission, qui est la nôtre, à nous, vos prêtres, a deux exigences majeures dans la parabole de saint Jean :

« Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent ». Donc, le pasteur doit connaître son peuple et celui-ci doit le connaître. Première exigence. Deuxième : «  Je donne ma vie pour mes brebis ». Le vrai pasteur doit se libérer lui-même et libérer son peuple de ses péchés, du péché : le sauver en donnant sa vie pour lui.

C’est toute la fonction sacrificielle du prêtre, qui est ici mise en exergue, celle du « serviteur souffrant ».Sacrificateur et sacrifié, le prêtre l’est par la célébration du Sacrifice eucharistique. Il l’est aussi par sa responsabilité particulière de prière et de silence offert. Enfin, dans la tradition occidentale catholique, il l’est aussi par la promesse de célibat, gage d’une liberté pastorale peut-être plus grande, et par la libre et mystérieuse vertu – qui ne peut être qu’une grâce ! – de la chasteté.

Père Alain De La Morandais

Le courage de recommencer

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Ils ont passé la nuit à jeter leurs filets sans rien prendre. Au lever du jour, sur la parole d’un Homme inconnu, – pas encore re-connu ! – ils refont le même geste, celui qu’ils ont fait toute la nuit.

« Jetez vos filets à droite de la barque et vous trouverez ! » Sur le conseil d’un Homme auquel ils font confiance, ils ont le courage de recommencer. Après l’échec de toute une nuit, ils remettent ça ! Quel courage !Le courage est la vertu inaugurale du commencement », aimait à dire Charles Péguy.

Le courage est la patiente continuation des commencements. Pour avoir du courage, il est parfois nécessaire d’avoir peur. L’absence de peur, qui serait l’inconscience, n’est pas le courage.

Les gens de foi sont courageux mais ni aveugles, ni intrépides ou impavides. C’est la peur reniée, c’est la peur réprimée et supprimée, c’est la peur surmontée et non point l’absence de peur qui fait le courage. La peur sublimée fonde seule un courage positif, victorieux.

Vous avez eu peur ? Vous avez encore peur ? Et c’est tant mieux, parce que vous avez dû commencer et recommencer pour surmonter la peur : le courageux est obligé de recommencer chaque fois depuis le commencement comme si c’était la première fois.

La vertu du commencement est la plus haletante mais la plus discontinue … Le courageux ne peut se reposer sur le mouvement qui serait soi-disant acquis de son courage, parce que le courage n’est pas une rente, un capital.

Le courage n’est pas un savoir non plus, mais une décision. Si le courage était un savoir, les disciples n’auraient pas fait confiance à la Parole de l’Homme mystérieux sur le bord du lac, parce que, professionnellement, il y avait toutes les chances pour qu’ils en sachent plus que lui . Ce n’est pas la confiance dans un savoir qui les a décidé . Notre courage est d’abord dans la décision.

«  – Oh là ! Mais que faites vous donc de la raison ? » J’entends votre objection et je vous réponds que la raison a toujours raison, bien sûr. Mais le courage n’est pas un syllogisme, un beau raisonnement, car le raisonnement nous dit CE QU’IL faut faire et S’il faut le faire, mais il ne nous dit pas QU’il faille le faire.

Le courage n’est pas une sagesse . Même si la vertu de prudence – c’est à dire la qualité du discernement ! – doit l’éclairer. Le courage n’est pas une sagesse mais, pour parler le langage de Paul de Tarse, il est bien plutôt une « folie », une folie qui ne renie pas une sagesse mais la dépasse. La sagesse aurait, à l’évidence, commandé aux disciples de ne pas jeter à nouveau leurs filets sur la parole – sans sagesse ? – d’un Homme inconnu. Lui faire confiance, sans l’avoir reconnu, est d’une certaine manière un acte « fou ».

Ils n’avaient pas de preuves. Tant pis pour la raison qui soliloque. L’amour n’a pas besoin de preuves, ne se décide pas sur des preuves : il vit de SIGNES. Comme la foi. Sans preuves mais non sans signes. Comme tous les grands mystères, celui de la Résurrection est sans preuves. Des signes, rien que des signes. Celui de la fraction du pain pour les pèlerins d’Emmaüs, celui d’être appelé par son nom pour Marie auprès du tombeau vide, celui du poids des filets pour Jean et Nathanaël . Des filets si lourds, signes des fécondités à venir.

La route des fécondités inattendues qui, de feux en feux, à travers la nuit longue et aride, disent la Résurrection. A quoi reconnait-on le Ressuscité, aujourd’hui comme alors?

A ce que les filets, cent fois remontés vides, se mettent soudain à peser. La Résurrection, c’est l’annonce des fécondités nouvelles.

 

Père Alain De La Morandais

L’église contre la pédophilie : Nous n’aurons peut-être pas signé notre appel en vain

Pédophilie : les évêques de France s’engagent à faire la lumière sur tous les cas, « même anciens »

LE MONDE |  12.04.2016 à 15h27 • Mis à jour le 12.04.2016 à 17h34

Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon (à gauche) et l'évêque de Pontoise, Stanislas Lalanne (au centre), lors de la Conférence des évêques de France, à Lourdes, le 15 mars.
Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon (à gauche) et l’évêque de Pontoise, Stanislas Lalanne (au centre), lors de la Conférence des évêques de France, à Lourdes, le 15 mars. ÉRIC CABANIS / AFP

L’Eglise ne pouvait plus se contenter d’affirmer qu’elle avait changé. Qu’elle avait pris en compte le problème de la pédophilie en son sein.

Le conseil permanent de la Conférence des évêques de France (CEF), réuni depuis lundi 11 avril a annoncé, mardi, un ensemble de mesures destinées à prévenir les dérives pédophiles dans l’Eglise et à améliorer la prise en compte des victimes par l’Eglise catholique.

L’institution tente de sortir de la tourmente alors que le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, est visé par deux enquêtes pour non-dénonciation, notamment à la suite de la mise en examen fin janvier du Père Bernard P. pour des actes pédophiles commis il y a plus de 25 ans sur de jeunes scouts lyonnais.

Collaboration avec la justice

Outre la volonté affichée de faire « toute la lumière » sur les affaires même les plus anciennes et de clarifier la conduite qu’il convient de tenir lorsqu’elles surviennent, le président de la CEF, Georges Pontier, par ailleurs archevêque de Marseille, a annoncé la création de « cellules d’écoute » des victimes dans tous les diocèses ou les provinces. Un site Internet permettra d’entrer en contact avec ces structures.

« Le respect des victimes, notre devoir à leur égard et les exigences nouvelles du législateur obligent à porter à la connaissance des autorités judiciaires les faits portés à notre connaissance. De même, nous devons prendre les mesures canoniques qui s’imposent et enlever à l’auteur de ces actes toute responsabilité auprès de jeunes ou d’enfants. Notre collaboration avec les autorités judiciaires doit être totale, notre écoute des victimes ouverte et bienveillante », avait déclaré l’archevêque de Marseille dans une tribune au Monde, le 11 avril.

LE MONDE

Refus de l’indifférence par SOS MEDITERRANEE

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« Refus de l’indifférence », c’est le titre que Miguel Angel Estrella a souhaité donner au récital qu’il a offert le jeudi 31 mars à Marseille au profit de la toute jeune ONG « SOS Méditerranée ».
Il a profité de la présentation au public des œuvres de Mozart et Liszt, comme il aime le faire, pour expliquer leur contenu symbolique et préciser son engagement au profit de ce nouveau drame humain.
SOS Méditerranée est née en 2015 à la fois en Allemagne et en France, et vient tout juste d’être créée en Italie. Son objectif est de porter secours aux migrants durant leur traversée maritime. Les moyens financiers nécessaires sont énormes, mais il fallait surtout commencer à faire connaitre l’association le plus largement possible. Ce récital offert par Miguel Angel Estrella est, nous l’espérons, le premier d’une longue lignée de manifestations artistiques qui soutiendront cette association.
La période choisie coïncidait avec des évènements importants pour SOS Méditerranée :
Escale à Marseille les 19 et 20 février du bateau l’Aquarius, pour embarquer matériel et équipe de Médecins du Monde
Premiers sauvetages sur site, de 571 personnes les 7, 15 et 28 mars 2016.
Cette soirée a été un très beau succès, permettant de récolter plus de 12500 euros auprès de 450 auditeurs qui ont passé une soirée de communion autour de Miguel. Après la sérénité du Rondo de Mozart, il a plongé le public dans le drame de la Fantaisie en ut mineur, le préparant à aborder la complexité de cette impressionnante cathédrale sonore qu’est la Sonate de Liszt. Le bis qu’il a offert avec cette émouvante Milonga aussi dansante que mélancolique, a réussi cependant à apaiser l’auditoire. Comment ne pas faire le parallèle entre ce parcours émotionnel musical et le parcours bien réel des réfugiés sur lesquels se portait l’attention de la soirée.
Merci à Musique Espérance de d’avoir « prêté » Miguel à cette nouvelle cause humanitaire de grande ampleur.

Bernard Camau,
Directeur de la Société de Musique de Chambre de Marseille

 

Pour en savoir plus l’article de LA MARSEILLAISE

PÉDO­PHI­LIE LE COUP DE GUEULE DE L’ABBÉ DE LA MORAN­DAIS ! (VSD)

  
Après la révé­la­tion ces dernières semaines d’affaires d’abus sexuels dans le diocèse de Lyon, l’élec­tron libre de l’Église de France dénonce le conser­va­tisme de l’épis­co­pat. Entre­tien. 

A 80 ans, le père Alain de La Moran­dais reste le seul ecclé­sias­tique à s’ex­pri­mer sans détour sur les scan­dales de pédo­phi­lie et d’agres­sions sexuelles qui secouent le diocèse de Lyon depuis plusieurs semaines. À Lyon, Philippe Barba­rin est visé par deux enquêtes préli­mi­naires pour « non-dénon­cia­tion de crime » et « mise en danger de la vie d’au­trui ». Sa confé­rence de presse, mardi 15 mars, a ajouté au malaise : « La majo­rité des faits, grâce à Dieu, sont pres­crits, certains peut-être pas, c’est la justice qui se pronon­cera. » Une formule malheu­reuse, qu’il a aussi­tôt reti­rée. Pour le père Alain de La Moran­dais, à « l’im­pru­dence » du cardi­nal s’ajoute une commu­ni­ca­tion cala­mi­teuse.
VSD. Croyez-vous toujours en la bonne foi du cardi­nal Barba­rin?
Abbé de La Moran­dais. Ce « dieu merci » est d’une maladresse incroyable. Je l’avais déjà trouvé plus que maladroit au moment du mariage gay, à tel point que je me suis demandé, comme d’autres, si ces affaires ne parti­ci­paient pas d’un règle­ment de comptes. Étant donné l’âge des prêtres incri­mi­nés, nous sommes toujours dans une culture du silence sur le sexe dans l’église. 
Dans votre dernier livre paru en 2014*, vous abor­dez fron­ta­le­ment cette ques­tion. Pourquoi êtes-vous le seul à le faire dans l’Église?
Parce que dans les instances actuelles, ils sont tous profon­dé­ment conser­va­teurs. Le cardi­nal Barba­rin a pour­tant contri­bué à l’élec­tion du pape François (jugé coura­geux et réfor­ma­teur, NDLR). Mais ce qui se joue encore aujourd’­hui, c’est : il faut sauver l’ins­ti­tu­tion, exac­te­ment comme cela se produit encore dans l’ar­mée ou d’autres corps sociaux. Ce qui explique que même des évêques comme Mgr Michel Dubost, qui aurait pu s’ex­pri­mer diffé­rem­ment, ne le font pas. (L’évêque d’Évry a apporté son soutien à Mgr Barba­rin, NDLR).
Comment expliquez-vous que l’Église de France n’ait pas évolué alors que le pape Benoît XVI a dénoncé les crimes pédo­philes dès 2011 et demandé publique­ment pardon aux victimes ?
C’est simple : nous avons affaire à des évêques carrié­ristes, ce qui n’était pas le cas de ceux de la « géné­ra­tion Concile » que j’ai côtoyés à Rome durant le concile Vati­can II (marquant en 1965 l’ou­ver­ture de l’église catho­lique au monde moderne, NDLR).
L’épis­co­pat a pour­tant mis en place un système d’alerte et des cellules d’aide aux victimes dans les évêchés…
Il y a deux ans, j’ai été amené à relayer auprès du nonce le cas de deux personnes qui sont venues me voir pour dénon­cer des faits de harcè­le­ment sexuel. Le nonce s’est tu et n’a pas donné suite. Cela dit, certains évêques comme Mgr Jacques David, évêque d’Évreux, font bien leur boulot en enga­geant le prêtre abuseur à aller se dénon­cer lui-même au procu­reur, comme l’in­diquent les direc­tives du Vati­can. À l’in­verse, j’ai connu aussi des cas comme celui du père Lefort, prêtre et méde­cin condamné à huit ans de prison et dont je suis abso­lu­ment persuadé qu’il était inno­cent. Il avait été accusé de viols par des enfants séné­ga­lais dont il s’oc­cu­pait. Une affaire surve­nue, je le précise, avant le scan­dale d’Ou­treau (qui a remis en ques­tion la sacra­li­sa­tion de la parole de l’en­fant, NDLR).
recueilli par Natha­lie Gillot