C o u r a g e

Luc V,1-11

Ils ont passé la nuit à jeter leurs filets sans rien prendre.

Sur la parole, – la simple Parole ! – d’un homme inconnu, ils refont les mêmes gestes, ceux qu’ils avaient fait en vain pendant toute une nuit.

– Jetez le filet à droite de la barque et vous trouverez !

Sur le conseil d’un homme auquel – ils ne savent pas pourquoi ! – ils font confiance, ils ont le courage de recommencer. Après l’échec de toute une nuit, ils remettent ça ! Quel courage !Le courage est la « vertu inaugurale du commencement » (Charles Péguy). Le courage est la patiente continuation du commencement. Tout le monde a peur de commencer. Pour avoir du courage, il y a comme une peur à dépasser. L’absence de peur, qui serait comme l’inconscience, n’est pas le courage. Les gens de foi ne sont ni aveugles, ni intrépides ou impavides.

C’est la peur niée, réprimée et supprimée ; c’est la peur surmontée et non point l’absence de peur qui fait le courage. La peur refoulée fonde seule un courage positif, victorieux. Vous avez – eu peur ? Vous avez encore peur ? Et c’est tant mieux, parce que vous avez dû commencer et recommencer chaque fois depuis le commencement, presque comme si c’était la première fois. La vertu du commencement est la plus haletante mais la plus discontinue … Le courageux ne peut se reposer sur le mouvement soi-disant acquis de son courage, parce que courage n’est pas une rente, un capital. Le courage n’est pas non plus un savoir, mais une décision. Si le courage était un savoir, les disciples n’auraient pas fait confiance à la parole de l’Homme mystérieux du bord du lac, parce que professionnellement il y avait toutes les chances pour qu’ils en sachent plus que lui … Ce n’est pas la confiance dans un savoir qui les a décidé. Notre courage est d’abord dans la décision.

Et quelle part accordons-nous à la raison ? J’entends votre objection et je vous réponds que la raison a raison, bien sûr. Mais le courage n’est pas un syllogisme, un beau raisonnement car le raisonnement nous dit ce qu’il faut faire et s’il faut le faire, mais il ne nous dit pas qu’il faille le faire. Le courage n’est pas une sagesse mais, pour parler le langage de saint Paul, une « folie », une folie qui dépasse une sagesse. La sagesse aurait commandé, à l’évidence, aux disciples de ne pas jeter à nouveau leurs filets sur la parole sans sagesse d’un homme inconnu. Ils n’avaient pas de preuves : tant pis pour la raison ! L’amour n’a pas besoin de preuves, ne se décide pas sur des preuves : il vit de signes. Comme la foi. Sans preuves, mais non sans signes.

Un épisode semblable à celui décrit par Luc est relaté par Jean après la Résurrection, sans doute parce que, à l’image des plus grands mystères, celui de la Résurrection est sans preuves. Des signes, rien que des signes. Celui de la fraction du pain pour les pèlerins d’Emmaüs. Celui d’être appelée par son nom pour Marie auprès du tombeau vide; celui du poids du filet pour Luc et Jean, un filet si lourd, signe des fécondités à venir.

Les routes des fécondités inattendues qui, de feux en feux, à travers la nuit longue et aride, annoncent et redisent la Résurrection. A quoi reconnaît-on encore le Ressuscité, aujourd’hui comme alors ? A ce que le filet, cent fois remonté vide, soudain se met à peser. Puisse notre présence, notre « folie » à nous aussi, notre Prière d’assemblée vous aider au courage de l’endurance, de la patience : celui de la continuation des commencements !

Père Alain de La Morandais

 

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