Baptême du Seigneur

bapteme-de-jesusPour comprendre cette scène du baptême de Jésus dans le Jourdain, il faut sans doute ne pas la séparer du séjour des quarante jours dans le désert. Autrement dit, Jésus revit symboliquement le même itinéraire que celui des Hébreux du temps de l’exode : il est plongé dans l’eau et en remonte, ce qui évoque pour les Juifs le passage de la mer des Roseaux; après quoi, il est tenté pendant quarante jours au désert, tout comme le peuple d’Israël avait été mis à l’épreuve pendant quarante ans.

Jésus est l’aboutissement du peuple d’Israël, ce peuple auquel Dieu a parlé en l’appelant « mon fils ».Annonce prophétique de sa mort et de sa Résurrection, tel est le sens de cette immersion-et-émersion dans les eaux. Etre baptisé, dans le langage des évangiles, peut signifier « mourir », comme le suggère le mouvement du baptême dans le Jourdain : on disparaît dans les eaux pour resurgir à l’air libre où la vie peut s’épanouir. Peu de temps avant d’être crucifié, Jésus demandera aux disciples qui veulent partager sa gloire future :

« Pouvez-vous être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? » (Marc X, 38) Double baptême : par l’eau et par le sang ! Double baptême: par l’eau et par l’Esprit !

Le premier – par l’eau – annonce le second – par le sang -, dans le cas de Jésus et des martyrs. Le premier – par l’eau – annonce le second – par l’Esprit – , pour tous les chrétiens. C’est l’Esprit qui peut nous pousser au désert. On ne le choisit pas. La traversée du désert, dans le sens spirituel et psychologique, ce n’est pas le Paris-Dakar. Ni même un pèlerinage. C’est un itinéraire aride, où l’on ne se reconnaît plus soi-même dans ce que l’on avait d’enthousiasme, d’amour de la vie, d’énergie, d’imagination et de créativité. Cela ressemble à un passage dépressif.

Le désert est ce face-à-face qui peut consister à être éprouvé par l’absence : absence de ce Dieu, certes secret et silencieux, mais dont l’Amour était suffisamment ressenti pour que le doute n’ébranle en rien les certitudes du coeur. Plus brutalement, ce peut être le retrait d’une personne aimée, une blessure affective : c’est âpre, douloureux, décapant mais dans cette souffrance même Dieu infuse une grâce unique, particulière, celle de la liberté du coeur. C’est un baptême dans le Feu intérieur dont on peut ressentir plus fort, sensibilisé à la vulnérabilité des amours humaines, lorsque la voix du Père nous réassure de sa fidélité : « Tu es celui que j’aime. » « Celui-ci est mon Fils bien aimé, dit la voix du Père; en lui j’ai mis tout mon amour. »

L’expression « fils bien aimé » fait d’ailleurs penser au fils d’Abraham, Isaac, passé lui aussi par une sorte de mort et de résurrection puisqu’il devait être offert en sacrifice et qu’il s’en est sorti. .Dieu avait dit à Abraham : « Prends ton fils bien-aimé, celui que tu aimes, Isaac, et rends-toi au pays de Moryya. Là, tu l’offriras en sacrifice sur une des montagnes, Celle que je t’indiquerai. » (Genèse XXII, 2)

« Mon fils » est aussi un des noms que Dieu donne au Messie, le roi dont a besoin Israël, à qui il s’adresse dans un psaume vénérable: « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » (Ps. II, 7)

A chaque fois qu’en pénétrant dans une église notre main touche l’eau bénite pour nous signer, faisons mémoire de notre baptême, en nous redisant : « Oui, le Père m’aime : je suis son fils, je suis sa fille, bien-aimés! »

Père Alain de La Morandais

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