La Joie : 3ème dimanche de l’Avent

                     « Gaudete »

 

     « Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez … » «  Je vous reverrai et votre coeur se réjouira, et cette joie que vous aurez, nul ne pourra vous la ravir …Demandez et vous recevrez, si bien que votre joie sera complète. » Ces paroles du Christ ne nous invitent pas à la tristesse, ni à la morosité. En vérité, depuis sa Résurrection, tous les chrétiens sont les héritiers de sa Joie.

L’ Evangile commence par une immense allégresse : ce sont des annonces, des promesses, des miracles, des appels, un émerveillement continu. Tout le monde est bouleversé, parce que chacun reçoit au delà de ce qui est possible. Elizabeth, la stérile, enfante; Zacharie, l’incrédule, prophétise; la Vierge devient mère …les riches donnent … les pauvres reçoivent …les savants s’inclinent devant un enfant mystérieux …et le vieux Siméon ne craint plus de mourir.

Ce qu’il nous faut réapprendre, c’est que Dieu n’est pas comme nous le pensions, qu’Il est infiniment meilleur, beaucoup plus tendre, encore plus éblouissant que nous ne l’avions jamais imaginé. Qu’avons nous fait de l’invitation à la Joie ?

Le vrai drame de notre tristesse, c’est que nous n’attendons rien de Dieu. Nous avons besoin de redécouvrir que Dieu est capable de combler nos plus grandes exigences d’aimer. Notre âme est naturellement vaste, créée pour le plus grand Désir, mais nous préférons tronquer, amputer notre coeur de ce Souffle d’infini qui lui a été originellement donné  et qui voudrait encore sans cesse le porter au-delà de lui-même. Notre âme est vaste, son exigence est immense : il ne lui faut pas moins que Dieu pour la combler. Notre plus grande erreur est de croire qu’il ne nous manque qu’une chose, juste une petite chose, pour être dans la joie : un peu plus d’argent, un avancement, un peu de chance, que cette maladie soit guérie, que cette attente soit finie, ce mauvais moment passé …

Mais alors nous ne serons jamais touchés par la Joie, car il y aura toujours une autre attente, une autre envie.

Serions nous devenus inconsciemment des professionnels du malheur ? Cultivons nous je ne sais quel dolorisme qui nous donne toujours l’air accablé de ceux qui portent la détresse du monde entier ?Au fond, ne sommes nous pas suspects d’aimer une certaine tristesse ? Dans la tristesse, nous nous recherchons, nous nous retrouvons …Nous avons tous et toutes de bons motifs d’être tristes pour notre propre compte, des raisons qui nous permettent de nous apitoyer sur l’autre …Dans ce sens là, il y a toujours foule de chrétiens très à l’aise dans les enterrements. Alors que la Joie, elle, précisément, nous oblige à sortir de nous-mêmes et à nous mettre en état de partage avec l’autre. C’est beaucoup plus difficile de nous accorder à la joie d’un autre, de partager la joie d’un autre, parce que cela suppose un désintéressement, une délicatesse de coeur, un détachement de soi qui, généralement, nous dépasse. A cause de notre propre pesanteur.

Notre nature nous pousse tout naturellement à être possessifs, et c’est pourquoi le plaisir nous attire davantage. La Joie pousse au partage, à la dépossession, à la communication, à la communion : elle ouvre un espace si vaste que nous balançons entre l’attirance et la peur. Le plaisir peut se satisfaire de la solitude, du narcissisme, du repli. Pour l’honneur du plaisir, il faut rappeler qu’il n’est qu’un moyen et qu’avec lui seul on prend le risque de la dépendance – argent, tabac, alcools, sexe, pouvoir – voire de l’asservissement, tandis que la Joie est signe de liberté. Sans sobriété ni ascèse le plaisir se dégrade. La Joie, elle, n’est jamais au bout des assouvissements.

Avec le plaisir nous pouvons être assouvis, devenir pesants.

Avec la Joie, nous fuirons la tiédeur, pour peu que l’ Esprit souffle et nous ravisse.

 

Père Alain De La Morandais

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