La persévérance

L’évangile de ce dimanche ( Luc XXI,19) nous parle de la « persévérance » qui nourrit ma méditation : j’appellerai cette vertu la gestion quotidienne de l’espérance et je lui découvre au moins cinq ennemis : l’ennui, la tiédeur, la répétition, les doutes et la révolte. En revanche elle rabaisse heureusement la vanité.

L’ennui, dans l’oraison silencieuse, est une sensation intérieure de tourner à vide, d’être mouliné par des images sans relation avec l’objet de la méditation, de sentir surtout que le temps avance avec des pas de plomb, qu’ il n’ en finit pas de ne pas finir et que la tentation nous vrille de tout planquer là. Le coeur et l’intelligence ne sont pas saisis : ils ne trouvent pas d’intérêt à l’objet qui d’habitude leur ouvre l’esprit et la sensibilité. Ni l’amour du Père, ni le mystère de la personnalité du Christ ou le souffle étrange de l’ Esprit ne les retiennent. La curiosité spirituelle leur devient étrangère. Alors une minute devient une heure et une demi heure un temps devenu immobile, comme si toutes les horloges et les montres s’étaient arrêtées pour montrer du doigt notre futilité.

L’ennui engendre-t-il la tiédeur ou bien est-ce celle-ci qui engendre celui-là ? Je ne sais mais l’expérience nous apprend très tôt que la tiédeur s’éprouve comme un dessèchement intérieur, une aridité du coeur et de l’intelligence : la Parole ne nous inspire plus, l’imagination est refermée sur elle-même, la sensibilité ne nous porte plus et nous n’aspirons plus qu’au divertissement. Cette épreuve de la tiédeur n’est pas réservée à la foi : ainsi en va-t-il de même dans les oscillations du sentiment amoureux car l’amour ne se claironne pas comme un défi mais suppose une volonté déterminée de défier l’usure du temps : soufflant comme un vent, parfois violent, il peut arracher les tuiles, démâter, abattre, ébranler les nerfs, le temps ! Il peut laisser naître les fissures dans les murs, cacher les moisissures des longs ennuis d’hiver quand la parole devient frileuse et que le dialogue prend le risque de se figer ou de balbutier dans une complainte alanguie. La ruse du temps doit être prise à revers : il n’est de cendres qui ne cachent, au petit matin, des braises enfouies. Elles n’attendent que le souffle du veilleur.

La répétition, qui est la petite forge du volontarisme, nous endurcit jusqu’à la raideur au lieu d’assouplir nos coups de menton; au lieu de casser nos velléités, elle arrive à nous convaincre de perdre notre liberté et s’imagine nous la rendre en nous livrant aux fugacités stériles de la spontanéité.

Le doute ou plutôt les doutes sur la fructification ( « ça sert à quoi tout ça ? »), sur l’efficacité et surtout un manque de confiance en soi qui est l’inverse de la présomption. La prise de risque devient absente et c’est l’apathie qui gagne. Avec la morosité et un sentiment de culpabilité en prime.

Enfin des sentiments, apparemment justifiés, de révolte peuvent ébranler le désir de persévérer : ainsi devant les drames du terrorisme, qui souligne des responsabilités humaines capitales, comment ne pas être tenté par le désir de crier au Créateur : « Tu vois bien que tes créatures s’obstinent dans le crime de l’irresponsabilité et que trop d’innocents en payent le prix atroce : pourquoi ne pas mettre fin tout de suite à ta création ? »

L’ennui fait bailler et la tentation du sommeil est bien là qui met la vigilance en péril. Dans ses ébats premiers, ses frissons et ses passions, c’est bien l’amour qui vole le sommeil des amoureux; mais si trop tôt vient le temps de la raison sèche, le sommeil d’un excès de confort ou de suffisance peut nous engourdir et nous replier sur un bonheur qui devient sourd. La foi, comme l’amour, nous engagent au-delà de nous mêmes pour donner à croire à ceux qui hésitent, pour redonner à espérer à celles ou ceux qui se croient sans illusions, pour rendre au coeur endurci l’émoi du coeur battant, à nouveau attendri.

Père Alain de La Morandais

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Christ-Roi

Dans l’ancien Orient, l’institution royale se reliait toujours intimement à la conception de la royauté divine, commune aux diverses civilisations de ce temps là. C’était une institution sacrée qui, à divers degrés, appartenait à la sphère du divin.

Chef militaire et civil, le Roi était aussi le Grand Prêtre de la Cité. Cette fonction faisait de son titulaire le médiateur né entre les dieux et les hommes : il assurait aux hommes la justice, la victoire et la paix, et c’est par lui que venaient aussi les bénédictions divines sous la forme de la fertilité de la terre et de la fécondité humaine et animale. Tel est l’arrière-plan sur le lequel se détache, originale, la révélation biblique.

Original par rapport à l’environnement culturel ? Oui. Dès les origines, en Israël, la royauté comme institution temporelle se détache de la sphère du divin. La royauté n’appartient pas aux institutions les plus fondamentales du peuple de Dieu : c’est Yahwe-Dieu qui règne sur Israël, en vertu de l’ Alliance, mais aucun roi huma in n’incarne sa présence au milieu de son peuple. Personnage sacré, dont il faut respecter l’onction, le roi reste soumis autant que les autres hommes aux exigences de la Loi et de l’ Alliance, comme les prophètes ne manquent pas de lui rappeler. Longtemps après la gloire du roi David, soutenu par les prophètes et loué par les historiens, et celle plus équivoque de Salomon, plusieurs prophètes jugeront désastreuse l’expérience royale d’un point de vue purement religieux. Osée en annonce la fin et Jérémie envisageait l’abaissement de la dynastie de David.

Au temps où Jésus naquit et vécut sa vie publique, certes l’attente du Roi de la fin des temps est ardente dans le peuple juif mais elle revêt un caractère très ambigu par son côté politique accentué : on attend du Roi messie qu’il libère Israël de l’oppression étrangère. Le message de Jésus se dépouillera radicalement de ses résonances politiques, au désespoir de ses propres amis. Jésus était-il roi ? Pas dans le sens humain, trop humain, où son entourage aurait voulu l’entendre. Il n’a cessé de chasser ce malentendu désastreux. Durant son ministère public, il ne cède jamais à l’enthousiasme messianique des foules; il ne s’oppose ni à l’autorité d’ Hérode, ni à celle de l’empereur romain, à qui le tribut est dû : sa mission est d’un autre ordre.

Lorsqu’après la multiplication des pains la foule veut venir l’enlever pour le faire roi, il s’esquive. Pourtant …pourtant, une fois, une seule, il se prêtera à une manifestation publique lors de son entrée triomphale à Jérusalem : se montrant dans un humble appareil , chevauchant un ânon, selon l’oracle de Zacharie, il se laisse acclamer comme Roi d’Israël. Pourquoi ? Parce qu’il sait que ce succès même hâtera l’heure de sa Passion. Durant son procès religieux, l’interrogatoire porte sur sa qualité de Messie et de fils de Dieu. Mais dans son procès civil, devant Pilate, c’est sa « royauté » qui est en cause. «  – Es-tu le roi des Juifs ? », demande Pilate. Jésus ne renie pas ce titre mais il précise tout de suite que « son royaume n’est pas de ce monde », de telle sorte qu’il n’est pas le rival de César. Et Pilate semble bien avoir compris que cet homme-là n’était pas un concurrent, un politique.

Les autorités juives, dans leur aveuglement, et face à la menace qu’elles ressentaient bien, elles, contre leur pouvoir religieux, en vinrent à reconnaître à César un pouvoir politique exclusif. « Tout le monde l’avait trouvé trop grand. Ca se voyait trop qu’il était le Fils de Dieu! » (Charles Péguy)

Père Alain De La Morandais

Les anges ou l’invisible

94689329_oNos yeux nous donnent à voir, c’est-à-dire percevoir, ce que nos cinq sens nous permettent de connaître par la vue, le toucher, le goût, l’odorat et l’ouïe.

La Bible nous révèle que Dieu, nul ne l’a jamais vu et que nul ne peut le voir sans mourir. Et pourtant toute la Révélation a pour but de nous donner à voir que, tout invisible qu’Il soit, Dieu s’est fait connaître. S’il est vrai que Dieu peut être connu par l’homme, en demeurant l’invisible, cela veut dire au moins que la connaissance sensible n’est pas la médiation appropriée pour connaître Dieu.

Au sens strict, croire ce n’est pas voir grâce aux médiations sensibles, charnelles. Si nous voyons un être de nos yeux de chair, nous n’avons pas besoin d’y croire puisque la vue semble nous suffire pour être convaincu d’une évidence, encore que l’expérience visuelle a souvent besoin d’être complétée par celle du toucher, ou celle du goût, de l’odorat et de l’oreille.

Jésus, après sa Résurrection, fait toucher son corps, mange avec ses amis, donne des preuves expérimentales pour dissiper ce qui risquerait fort d’être interprété comme une illusion d’optique ou auditive.

Venu de l’invisible par excellence, qui est le Père, le Christ est passé par la condition humaine totale – de l’amour à la mort ! – puis a traversé les frontières ténébreuses de la Mort pour reparaître dans une forme corporelle à la fois identique et différente, et finalement retourner définitivement à l’invisible. Itinéraire unique, complètement original, inimitable et exclusif, dans toute l’histoire de l’humanité.

Le Père, personne ne l’a vu hormis le Fils. L’ Esprit Saint, personne n’a jamais affirmé en avoir eu une apparition. Le Fils apparaît, se rend présent corporellement, sensiblement, soit officiellement, c’est-à-dire au collège des disciples pour fonder l’Eglise, soit de façon privée ; de manière subite, ou bien par lente découverte.

Nous, aujourd’hui, nous n’avons ni vu, ni touché le Ressuscité. Nous croyons sur le témoignage de celles et ceux qui ont vu, par la médiation historique d’une Eglise qui, deux mille ans après, dure toujours et continue de témoigner. Nous croyons grâce à ces signes de crédibilité. Christ et aujourd’hui pour toutes et pour tous de l’ordre de l’invisible : les chrétiens affirment croire en Lui. Il se rend présent par son Eglise et par ses saints, par sa Parole et par ses sacrements : visibilia. Par le visible à l’invisible.

Le Père, le Fils et l’Esprit sont-ils les seuls êtres invisibles de l’univers invisible ? Il semblerait que non puisque la Bible et la Tradition nous parlent des anges : le fait est là, que cela nous indiffère, nous gêne ou nous réjouisse.

« Ange » vient du mot grec angelos qui signifie « messager ». C’est un mot qui indique donc une fonction, et non pas une nature. Le Credo – ou symbole de Nicée – ne propose pas directement les anges comme objets de notre foi, quoi qu’ils puissent être compris dans les invisibilia.

Si nous croyons au Père, au Fils et à l’Esprit, qui nous demeurent invisibles, dans la même suite logique, le fait de l’invisibilité des anges ne parait pas un argument suffisant pour nier leur existence, sinon il faut renoncer, dans le même mouvement intellectuel, à affirmer l’existence des Personnes de la Trinité.

Dans le langage de l’Ancien Testament, très tributaire des mythologies orientales, et notamment de la Perse, les anges sont les puissances qui veillent sur les hommes, qui présentent à Dieu leurs prières, qui président aux destinées des nations, voire qui expliquent aux prophètes leurs visions. Ce sont des médiateurs, des intermédiaires entre la souveraine et invisible majesté de Dieu et l’humanité.

Habitant une Lumière inaccessible, Dieu ne peut laisser voir sa face. Les hommes donc ne peuvent qu’en apercevoir un mystérieux reflet. Les anges sont le symbole de cette lumineuse et aveuglante réfraction divine. Plus proches des qualités divines que les hommes, les anges sont un mode de présence de Dieu dans sa création, partout, sous quelque forme que ce soit, où se manifeste la Bonté, l’Unité, la Vérité et la Beauté  participant à la perfection divine.

Prenant parfois apparence humaine pour transmettre le message divin, les anges ne sont pas soumis aux pesanteurs de nos lois physiques, et c’est pourquoi l’iconographie, s’inspirant des « victoires » du monde païen, les affuble d’ailes, manière d’indiquer une liberté supérieure à celle des humains.

Depuis sa naissance jusqu’à sa Résurrection, le Nouveau Testament entoure la vie terrestre du Christ de présences angéliques, ce qui est une façon de souligner sans contestation possible la nature éminente de sa transcendance divine.

Vous ne croyez pas aux anges ? Ils ne sont pas explicitement objets de foi dans le Credo. Rien ne nous dit, dans l’Ecriture, que vous serez jugés là-dessus. Vous sentez-vous les héritiers, sans bénéfice d’inventaire, les héritiers intégraux de la foi intégrale historique de l’Eglise ? Alors, il vous est nécessaire de savoir que le IV ème Concile du Latran (1215), dont l’enseignement a été repris par le Concile Vatican I, définit que les anges existent et qu’il affirme comme « vérité de foi » qu’ils sont des créatures de Dieu, envoyés pour secourir les hommes.

Ceci dit, pas plus que vos voisins plus sceptiques, vous ne serez jugés sur ce point.

Mais vous, qui réduisez le réel au visible, méfiez vous ! L’invisible vous jugera.

L’invisible ? C’est-à-dire la partie cachée, honteuse, peu aimable de ce que nous ne voulons pas voir. L’invisible peut être notre misère cachée, cela que nous occultons pour l’honneur de paraître.

L’ange est aussi la part invisible de nous-mêmes : ténébreuse ou lumineuse. Perverse ou sublime. Les tordus, les boiteux, les névrosés, les névropathes, les drogués, les chômeurs, les pédés, tous les exclus ont leur côté invisible, leur moitié angélique : celle que nous ne voulons pas voir, que nous fuyons. C’est elle qui nous jugera.

Père Alain De La Morandais

32e Dimanche B

1R 17, 10-16

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Hb 9, 24-28

Mc 12, 38-44

La liturgie d’aujourd’hui nous invite à voir comme Dieu voit, à épouser le regard de Jésus, à vivre comme Jésus vit. Non pas dans un éblouissement devant un spectacle sublime ou une action d’éclat, mais, au-delà des apparences, dans le geste de deux veuves où Jésus reconnaît une préfiguration de l’accomplissement de sa mission et du salut qu’il nous annonce.

La veuve de Sarepta ne se replie pas dans son dénuement : elle donne à boire à Elie. Elle n’anticipe pas sur l’appel de Dieu. Elle répond humblement par la confiance à la parole d’espérance du prophète : elle lui donne le peu qui lui reste pour manger une dernière fois, elle et son fils, et mourir ensuite de faim. Ayant été amenée de pauvreté en pauvreté à tout donner, son don devient inépuisable… Ce récit nous rappelle la promesse de Dieu à ceux qui lui obéissent sans réserve en lui faisant confiance. Nul doute que Jésus ait trouvé dans la méditation de cette humble et radicale confiance en la Parole de Dieu une préfiguration de son obéissance au Père et des fruits de l’Esprit qui devait en découler pour son Eglise naissante : ‘jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra’…

Jésus, après son entrée à Jérusalem le jour des Rameaux, se heurte de plus en plus aux responsables religieux. Il sait qu’ils ne l’accueilleront plus et que se profile l’heure de sa condamnation. Il s’assied face aux troncs, placés dans le parvis des femmes, où affluent les pèlerins de pâques soucieux d’apporter leur contribution pour achever de payer la toute neuve reconstruction du Temple. Il regarde les gens déposer de l’argent dans le tronc. Ce qui chez nous serait une indiscrétion inconvenante – car notre regard risque de chosifier un geste intime de générosité – devient pour le regard de Jésus une révélation de la qualité de la personne et de sa relation à Dieu. Car l’homme regarde l’apparence mais Dieu regarde le cœur. Certains se pavanent avec l’argent sale dévoré aux biens des veuves, mais de nombreux autres font l’humble offrande qui exprime leur foi en la présence de Dieu dans son Temple.

La veuve que Jésus regarde mettre en offrande pour le Temple tout ce qu’elle avait pour vivre exprime la remise totale d’elle-même à Dieu. Jésus, qui se déclare le plus petit dans le Royaume de Dieu, souligne ce geste d’abandon à la volonté de Dieu dans lequel il se reconnaît : lui qui, selon l’épître aux Hébreux, « s’offrira une fois pour toutes » jusqu’à la mort dans une totale confiance au Père pour enlever les péchés de la multitude.

Le regard de Jésus ne va pas à la quantité des dons de ceux qui affichent leur générosité mais à la qualité du don, souvent caché, qui seul nous conduit à la confiance qui obtient tout du Père.

Confiance en Dieu et don total s’appellent et se répondent. Chaque fois que nous lésinons sur le don de nous-mêmes à Dieu et aux autres c’est l’indice d’un tiédissement de notre confiance en Dieu et dans les autres. Bien sûr le don total signifie à vue humaine à la fois mort et accomplissement. C’est le péché qui nous présente uniquement la face obscure de la mort. Et aucun d’entre nous ne désire mourir. Jésus ne nous pousse pas vers la mort. Il nous entraîne vers l’accomplissement de la vie dans la confiance.

Notre confiance est tâtonnante, semée d’obscurités et de questionnements, bien loin d’une certitude arrogante. Jésus le sait bien qui connaîtra l’angoisse à Gethsémani. Il espère et suscite notre confiance comme un acte de foi sans cesse renouvelé, une lumière renaissant sans cesse des ténèbres qui nous menacent. Peu à peu nous entrerons dans « ce don inépuisable des mains vides » auquel le Seigneur nous appelle, que chanta Thérèse de Lisieux au milieu de ses ténèbres et que vivifie la Pâque du Christ. C’est pour cela que Jésus se donne une fois pour toutes jusqu’à la mort : pour nous proposer de mourir avec lui dans la même confiance en Dieu ; pour passer avec lui dans le monde du don réciproque sans fin qu’est la Vie éternelle en la Trinité.

En Jésus Dieu s’est fait pauvre afin de nous enrichir… de sa pauvreté : la désappropriation par amour, la vraie Vie à laquelle il nous appelle et dont nos actes d’amour présents sont l’apprentissage balbutiant.

Dans cette eucharistie nous communions au mystère pascal de Jésus, à sa mort et sa résurrection. Recevons ce viatique que nous donne l’humble Esprit d’Amour, dans lequel nous nous donnons avec confiance, jour après jour, avec Jésus et tous les saints, à notre Père et à nos frères. Amen !

Père Alain De La Morandais

La communion des saints

Toussaint-danse

Fête de la Toussaint

C’est aujourd’hui la fête,

la fête immense et glorieuse

de tous les saints,

les petits, les humbles, les obscurs,

les tâcherons, les besogneux,

ceux dont les noms ne seront jamais

gravés en lettres d’or

sur les frontons des temples,

ceux dont vous savez le nom sur les lèvres,

dont le visage vous est familier dans la mémoire,

ceux qui sont la Chair vivante

de cette grande Communion,

qui est le signe visible, historique

et charnel de l’ Incarnation perpétuée.

Convoquons ces amis, ces témoins !

Que leur prière intercède pour notre faiblesse.

Que leur exemple réveille notre paresse.

Quand notre lâcheté nous accuse,

nous qui ne sommes ni pauvres, ni persécutés,

puissent-ils être nos défenseurs !

La communion des saints désigne à la fois la communauté de vie de tous les membres du Corps mystique avec leur tête et entre eux. Communauté de vie avec la tête, c’est à dire avec le Christ et communauté de vie des membres entre eux.

Les saints entre eux, qui sont-ils ? Ceux dont parle Paul dans sa lettre aux Ephésiens, quand il écrit : « Vous n’êtes plus des étrangers, ni des hôtes. Vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu. Car la construction que vous êtes a pour fondation les apôtres et les prophètes, et pour pierre d’angle le Christ Jésus Lui-même. »(Ephés.II, 19) Avons-nous bien entendu ? Appelés à la sainteté que nous sommes, déjà nous sommes concitoyens des saints. Nous sommes de la maison, de la Maison divine !

Dans la communion des saints nous participons tous à l’héritage : « Tout ce que l’ Eglise a reçu devient commun : le fruit de tous les sacrements appartient à tous les fidèles. Le vrai chrétien ne possède rien qu’il ne doive estimer être commun à tous. »Dans la communion des saints, il n ‘y a pas de propriété spirituelle individuelle. Il n’y a plus de limites de races, de cultures, de sexe, d’idéologies, de fortunes.

Pour celles et ceux qui vivent dans une recherche et une découverte de vie de foi et d’amour, avec eux nous croyons qu’il y a une énergie spirituelle universelle qui établit entre nous une communion, une solidarité. Déjà, par notre seule expérience humaine quotidienne, nous savons que nous valons davantage ensemble qu’ isolés, que nous avons besoin d’être plusieurs pour devenir nous mêmes, que nous avons besoin de nous sentir aimés pour aimer, que nous avons désir de communier à l’amour de Dieu pour communier à celui des hommes. Que cette puissance d’amour qui est en nous , bien au-delà des pulsions et des nécessités du corps, nous appelle sans cesse au-delà de nous mêmes et que cette puissance d’énergie qui est là ne saurait avoir sa source, son origine en nous mêmes.

La communion des « saints » par cette vie de l’ Esprit qui nous unit, nous interpelle, nous relance sans cesse, nous rend responsables les uns des autres, comme le petit Prince se découvrit responsable de sa rose, quand il sut qu’il l’aimait.

Responsables de l’amour donné, responsables de l’amour reçu. Responsables de l’amour refusé, compté ou mesuré !Au-delà de ce que nous sentons ou percevons, nous sommes reliés à l’humanité entière – effet spirituel de la mondialisation : celle d’hier, d’aujourd’hui et demain. C’est cela le Christ total, la récapitulation cosmique de l’humanité en voie de divinisation.

Père Alain De La Morandais