« Nous avons vu et nous attestons … »

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Tout le Livre des Actes, comme les textes de St Jean, tourne autour du « témoignage », notamment parce que ce sont les Livres sacrés, fondateurs de l’ Eglise primitive et que le prix du sang a été payé par nombre de ses membres.

Est « témoin » celui qui, dans une situation de procès est autorisé à attester l’existence d’un fait ou son sens à un auditoire qui l’ignore et ne peut le vérifier. Ainsi dans l’usage du terme par Paul, Mathieu ou Marc : témoigner de la justice de Dieu, de la Résurrection de Jésus, de l’authenticité du comportement de Paul. Les Juifs requièrent deux témoins pour rendre valide une déposition.

Fidèle à la tradition d’ Isaïe, Jésus, selon Luc, a fait du Collège des Douze ses témoins, non seulement de sa Résurrection, mais aussi de toute sa vie terrestre. L’ Esprit Saint est avec eux pour témoigner. Viennent ensuite d’autres grands témoins comme Paul, Etienne et les autres …

Avec Jean le mot, sans se détourner du sens précédent, s’enrichit d’une valeur spéciale : dans un sens unique, Jésus est le témoin de la Vérité, ce qu’Il a vu et entendu auprès du Père. Récuser ce témoignage, c’est faire de Dieu même un menteur. Au coeur du croyant, l’ Esprit Saint rend témoignage à Jésus, de sa filiation divine et de la justice de sa cause.

Le témoignage ultime est celui du sang, celui qu’après avoir prophétisé les deux témoins ont versé. En français, on l’appelle du mot même de « martyr » : le témoin est associé à la destinée de celui dont il témoigne. Depuis l’ Eglise du temps des Actes, la vocation du chrétien est celle de devenir des « témoins » : de Jean le Baptiste jusqu’ aux moines de Tibérine et aux chrétiens d’Orient persécutés aujourd’hui , toute l’histoire de l’ Eglise, sa crédibilité, repose sur ces plus hauts témoins. Payer le prix du sang est une grâce d’ exception, mais si nous acceptons bien de ne pas transformer les saints et les martyrs en boucs émissaires des vertus que nous n’avons pas envie de pratiquer, reconnaissons qu’il nous est souvent difficile, dans la vie privée comme dans la vie publique, d’ appliquer la règle d’ or : voir et dire en vérité ce que nous avons vu !

Qui a vraiment vu et peut témoigner, à plusieurs, de ce qu’il a vu ? Qui croire dans ce qui est dit ? Le péril ordinaire de toute communauté humaine n’est pas l’exercice du témoignage mais celui de la rumeur, qui est ne quelque sorte le témoignage à l’envers. Nous sommes rarement témoins, mais plus souvent « colporteurs de rumeurs », non par malignité, par hypocrisie ou souci de dissimulation, mais par ennui, curiosité, vanité, légèreté ou prurit de vengeance.

C’est moins pire que l’indifférence ou le mépris, mais cela nuit à la crédibilité de toute une communauté, puisqu’à travers un sel de ses membres, c’est le Corps tout entier qui peut se gratter.

Pour l’instant, afin d’apprendre à devenir témoins véridiques, personne ne nous appelle au martyre, mais humblement, sur un trottoir, une place, dans un square ou un salon, apprenons à savoir ignorer la rumeur; parfois même, si nous sommes fondés à le faire, à lui serrer le cou.

Nous serons vite reconnus à cette petite différence, surtout si elle s’enracine dans la distance intérieure d’un certain silence qui peut nous porter à relativiser les vaguelettes et les tensions qui font la vie très ordinaire de tout groupe humain. Apprenons ainsi à devenir des témoins de Paix.

Père Alain De La Morandais

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