François de Witt, La preuve par l’âme

Le Père de La Morandais vous recommande le livre de François de Witt,  La preuve par l’âme : Un polytechnicien démontre notre immortalité aux éditions  Guy Trédaniel.

Unknown4e de couverture : Que nous soyons athées ou croyants, peu importe, nous avons tous une âme. Elle vient d’ailleurs, elle est porteuse d’un beau projet, nous ne réalisons pas toujours. Mais nous avons toujours une seconde chance, et une troisième, car nous sommes immortels.

– Une conviction ? Non, une vérité confirmée par une enquête minutieuse de trois ans qui a conduit l’auteur à explorer les frontières de la connaissance-psychanalyse, paranormal, épi génétique, astrophysique, mécanique quantique- comme les intuitions des philosophes et les fulgurances des mystiques.

– Notre âme nous accompagne sans nous mettre la pression, elle s’exprime par le coeur, elle passe dans une autre partie du monde à notre mort physique, elle communique avec nous. Et surtout elle n’a qu’un message universel : transmettre l’amour.

– Notre vie a un sens, notre passage sur Terre a un sens. La preuve par l’âme le prouve !

Philippe Levillain, La papauté foudroyée

La papauté foudroyée : la face cachée d'une renonciation par Levillain
4e de couverture : 

Le 19 avril 2005, Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, doyen du Sacré Collège, était élu par un conclave largement « wojtylien ». Il choisit le nom de Benoît XVI. Son apparition fut accueillie avec un enthousiasme modéré par la foule amassée sur la place Saint-Pierre. Dès le 13 mai, il mettait en œuvre le procès en béatification de Jean-Paul II. Par cet acte de piété soutenu avec force par l’opinion publique, il tenait sous le boisseau toutes les questions épineuses que Jean-Paul II n’avait pas résolues. De la question lefebvriste au drame de la pédophilie, des abus des Légionnaires du Christ aux scandales financiers, le dernier pontife romain témoin et acteur de Vatican II mit plusieurs années à s’imposer. Cette volonté d’unité et de rectitude de l’Église conduisit Benoît XVI à relever des défis qui générèrent l’affaire Vatileaks. Benoît XVI, en renonçant le 11 février 2013, gagna en popularité en tant que figure sacrificielle. Mais il ouvrit une voie périlleuse pour l’institution.

Chrétiens d’Orient : appel à la France et au monde Par Patrick Karam

Le Père de La Morandais vous recommande cette tribune publié dans LE FIGARO : Chrétiens d’Orient : appel à la France et au monde Par Patrick Karam

Messe du Jeudi Saint à Jérusalem

FIGAROVOX/TRIBUNE – Pour Patrick Karam, président de la Coordination des chrétiens d’Orient en danger (Chredo), l’affrontement n’est ni entre la chrétienté et l’islam ni entre l’Occident et l’Orient mais entre les civilisations millénaires et la barbarie.Ancien délégué interministériel, Patrick Karam est président de la Coordination des chrétiens d’Orient en danger (Chredo).

Le refus de la RATP d’apposer, sur les supports d’une campagne de publicité pour un concert du groupe vocal Les Prêtres, la mention «Au bénéfice des chrétiens d’Orient», au motif qu’une telle mention s’inscrirait «dans le contexte d’un conflit armé à l’étranger» et constituerait une atteinte au «principe de neutralité du service public» doit être condamné avec la plus grande fermeté.

Nous ne pouvons accepter que les chrétiens d’Orient soient considérés comme étant parties à un quelconque conflit armé. Comment peut-on mettre sur le même plan les agresseurs, les criminels, en l’occurrence les groupes armés islamistes, et les victimes civiles, désarmées, d’exactions graves qui peuvent s’apparenter à un crime contre l’humanité ou à un génocide?

Il y a une spécificité de la question chrétienne en Orient. Contrairement aux autres communautés sunnites, chiites ou encore kurdes, les chrétiens n’ont ni territoire sanctuaire où ils pourraient se réfugier, ni armée ou milice pour les protéger, ni parti politique pour défendre leurs droits à l’exception notable du Liban, ni protecteur international pour les financer et les soutenir. Ils sont les plus vulnérables et abandonnés à la mauvaise conscience de l’Occident.

Au moment de la Pâques chrétienne, le message du Christ ressuscité nourrit notre espoir que ces populations présentes depuis deux millénaires sur les terres de naissance du christianisme survivent une fois de plus à l’ignominie et à l’horreur absolue.

C’est pourquoi, la Coordination des chrétiens d’Orient en danger (Chredo), ses organisations affiliées ainsi que les responsables religieux des Églises d’Orient qui nous soutiennent tiennent à s’adresser aux dirigeants de la France et du monde pour leur demander d’assumer leur responsabilité pour éviter la disparition des derniers chrétiens en Orient et un affrontement entre les civilisations. Cette responsabilité passe ainsi par quatre engagements fondamentaux:

1. Nous appelons la France à obtenir du Conseil de sécurité des Nations unies la saisine de la Cour pénale internationale (CPI) pour génocide et crimes contre l’humanité, et nous appelons les États à soutenir cette saisine. Terroriser les civils, tuer des innocents, massacrer à grande échelle en raison de la religion ou de l’origine, asservir des êtres humains et réduire en esclavage sexuel des femmes, violer les droits, les biens, les lieux de culte sont des crimes contre l’humanité et doivent être condamnés par la communauté internationale.

Nous appelons aussi la France et les États à soutenir concrètement la plainte de la Chredo pour génocide et crimes contre l’humanité déposée en septembre 2014 devant la CPI et qui fait l’objet d’une instruction.

2. Nous confirmons que les musulmans et les chrétiens en Orient sont frères, qu’ils appartiennent à un même univers et aux mêmes nations. Ils ont vécu ensemble pendant des siècles. Ils doivent pouvoir vivre avec les mêmes droits et jouir des mêmes libertés.

Nous demandons donc aux responsables politiques, aux penseurs, aux journalistes occidentaux de ne pas instrumentaliser ces crimes pour propager des stéréotypes sur l’islam et remettre en question la position des musulmans dans les sociétés occidentales.

3. Nous faisons appel à tous les chrétiens, nos parents, pour leur demander de rester dans leurs pays d’origine, jusqu’à ce que la vague d’extrémisme dont nous souffrons tous prenne fin. Nous lançons également un appel aux pays du monde entier afin qu’ils accordent des visas d’asile seulement en cas d’extrême nécessité, car l’émigration permet aux forces d’oppression d’écraser et de déstabiliser les États et de démembrer les sociétés civiles. Et parce qu’il ne suffit pas d’appeler les chrétiens d’Orient à demeurer sur leur terre, nous plaidons pour la création d’un fonds d’aide spécifique international à la reconstruction destiné à permettre le retour des chrétiens d’Orient et des minorités sur leur terre. Ce fonds devra prendre en charge la reconstruction des maisons, des écoles, des hôpitaux et des églises. Nous demandons instamment au ministre français qui s’engage à soutenir la demande de la Chredo de concrétiser au plus vite sa promesse par la réunion d’une conférence de donateurs pour mettre en place ce fonds.

4. Nous affirmons que l’Orient, musulmans et chrétiens réunis, considère que la lutte contre l’extrémisme, le radicalisme et le terrorisme, quelles que soient leurs origines et quels que soient leurs objectifs, est la responsabilité de tous. Il n’y a pas d’affrontement entre la chrétienté et l’islam, il n’y a pas de conflit entre les civilisations, ce n’est pas la guerre entre l’Occident et l’Orient. Toutes les civilisations millénaires doivent affronter ensemble, solidairement, la barbarie la plus odieuse et la plus inhumaine: c’est la guerre des civilisations contre la barbarie la plus abjecte. Nous rappelons que la barbarie et le terrorisme perpétrés par des groupes qui manipulent l’islam concernent toute la communauté internationale, Occident comme Orient; que plus aucun pays ne pourra dans le futur être à l’abri de telles dérives, soit par l’intrusion de groupes armés sur son sol, soit par des actes terroristes à une échelle jamais atteinte; qu’il est donc urgent de réaffirmer sans ambiguïté la nécessaire solidarité entre les pays concernés. Nous demandons à la communauté internationale de mettre en œuvre tous les moyens pour éradiquer au plus vite cette gangrène qui menace tous les États de la région, convaincus que plus on tarde et plus les risques pour l’Orient et l’Occident s’aggravent.

Le vrai Pasteur Jean X, 27-30

A2928L’image du berger, du pasteur, dans cette parabole de saint Jean, puise ses racines profondes et vivantes dans tout l’Ancien Testament, depuis le livre de la Genèse jusqu’aux Psaumes et aux prophètes.

Peuple nomade, ayant vécu si longtemps au sein d’une civilisation pastorale, l’image du pasteur revient couramment et parle clair au coeur et à l’esprit de l’auditoire du Nazaréen.

Sans que le titre de Pasteur soit donné explicitement à Yahwe – il parait toujours réservé à Celui qui doit venir ! – , il n’en est pas moins vrai que les rapports du peuple élu avec son Dieu est sans cesse dépeint sous la figure du bon berger avec son troupeau.

C’est Yahwe qui conduit son peuple, qui le fait paître, qui recueille dans ses bras les agneaux, qui le pousse vers les eaux bouillonnantes et rassemble les brebis dispersées. C’est l’image même de l’autorité et de l’amour plein de bienveillance et de sollicitude.

Le Seigneur confie les brebis de son pâturage à ses serviteurs, mais les rois d’Israël ne reçoivent jamais explicitement le titre de « pasteur », même s’ils en assument les charges.  « Tous ces pasteurs, le vent les enverra paître ! » Yahwe s’irrite par la bouche de son prophète Jérémie contre ces pasteurs d’Israël qui se montrent infidèles à leur mission, ne s’occupant pas du troupeau et laissant les brebis se disperser et se perdre.

Yahwe Dieu va reprendre en mains son troupeau abandonné et la bouche d’Ezekiel annonce qu’il n’y aura qu’un seul pasteur, nouveau David et Messie : :
« Je susciterai un pasteur qui les fera paître, mon serviteur David … et vous, mes brebis, vous  êtes le troupeau que je fais paître, et moi je suis votre Dieu. » (Ezech. 34,23-31)

Zacharie précisera, lui, le sort du pasteur à venir : il sera transpercé mais sa mort sera salutaire. Ce pasteur s’identifie concrètement au « Serviteur souffrant » d’Isaïe qui, « tel une brebis muette », doit par son sacrifice justifier et sauver les brebis dispersées.

On voit donc mieux comment le Christ, en affirmant « Je suis le bon pasteur », revendique très clairement un titre messianique : il veut dire ainsi qu’Il est le seul Pasteur, le vrai, le seul digne de ce Nom, c’est à dire celui qui était annoncé et attendu, et pas un autre.

La mission du Christ pasteur, accomplissant ainsi la prophétie de Jérémie, est de constituer le peuple de la Nouvelle Alliance, l’Eglise, peuple de Dieu. Cette mission de pasteur, le Christ ressuscité la confie à Pierre et au collège des Douze, à leurs successeurs, les évêques et les prêtres, vos pasteurs. Or cette mission, qui est la nôtre, à nous, vos prêtres, a deux exigences majeures dans la parabole de saint Jean :

« Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent ». Donc, le pasteur doit connaître son peuple et celui-ci doit le connaître. Première exigence. Deuxième : «  Je donne ma vie pour mes brebis ». Le vrai pasteur doit se libérer lui-même et libérer son peuple de ses péchés, du péché : le sauver en donnant sa vie pour lui.

C’est toute la fonction sacrificielle du prêtre, qui est ici mise en exergue, celle du « serviteur souffrant ».Sacrificateur et sacrifié, le prêtre l’est par la célébration du Sacrifice eucharistique. Il l’est aussi par sa responsabilité particulière de prière et de silence offert. Enfin, dans la tradition occidentale catholique, il l’est aussi par la promesse de célibat, gage d’une liberté pastorale peut-être plus grande, et par la libre et mystérieuse vertu – qui ne peut être qu’une grâce ! – de la chasteté.

Père Alain de La Morandais  

Les pèlerins d’Emmaüs

pelerins_Rembrandt_2-16263Ces dernières années, certains prédicateurs ou commentateurs d’évangiles, qui se croyaient avisés et à la page, ont cru bon d’essayer de faire comprendre le côté positif de l’absence de Jésus, que manifeste historiquement le récit de l’Ascension, en paraphrasant la parole psychanalytique : la présence par l’absence !

Bien sûr on peut prendre l’exemple d’une forte personnalité qui ne libère et n’épanouit les autres qu’en fonction de ses absences : « Il est bon pour vous que je m’en aille. » Mais avec le Christ ressuscité il en va tout autrement : Il ne s’agit pas pour Lui d’être absent pour être plus présent mais il s’agit de se manifester Autre pour être reconnu comme Lui-même.

A la lecture du chapitre 24 de Luc, ce qui impressionne c’est la manière de Luc de parler de Jésus ressuscité : il le désigne en disant : « Lui-même ». C’est Lui-même qui s’approche : bien que présent, Il reste un absent pour ceux qui sont près de Lui. Les femmes disent que les anges ont dit de Lui-même : « Il est vivant. » mais les disciples ne l’ont pas vu Lui-même: Résultat de cette première initiative : Il est là , Lui, mais Il n’est pas vu comme étant Lui. Deuxième initiative : Lui prend la Parole pour expliquer que les Écritures parlent de Lui. Troisième initiative : Lui même veut aller plus loin, mais Il demeure avec eux. Lui-même est à table et rompt le pain. Résultat global pour les trois initiatives :

Lui-même est enfin connu comme vraiment étant Lui. C’est ainsi que Lui est tout à coup triplement reconnu :

– comme présent;

– comme Écriture;

– comme signe dans le geste du pain rompu.

Mais c’est lorsqu’Il devient présent , présent de sa Présence à Lui, reconnu comme Lui, qu’alors Il devient, Lui, absent …

Ainsi, au moment, où ils peuvent s’écrier : « C’est Lui ! », Lui n’est plus là. Autrement dit, tant qu’ Il est présent, Il reste « absent », tout en faisant chemin d’une triple manière avec eux, tout en prenant trois initiatives qui opèrent une triple rencontre.

Maintenant qu’Il est redevenu présent non seulement sur leur chemin mais dans leur coeur, voilà que présent dans leur vie, dans leur personne, Il est absent de leur chemin et qu’ils vont aller retrouver les autres, à Jérusalem, pour rendre compte de ce nouveau mode de présence plein d’initiative, en se disant les uns aux autres : « Il est vraiment ressuscité ! »

Avec le récit suivant – l’apparition aux Onze – , Luc va faire progresser la compréhension du mode de présence du Ressuscité. Luc va souligner ce qui surprend devant Lui. Comment peut-on dire « C’est Lui », si ce n’est pas le même ?

Or, jusques là, par le récit des pèlerins d’Emmaüs, il a voulu nous conduire à cette reconnaissance : c’est bien Lui, dans son identité, mais ce n’est plus Lui tel qu’ Il était. Et cela de deux manières : – d’une part, Il est transformé, changé dans la façon de se présenter Lui-même;

– d’autre part, Luc souligne la souveraine liberté d’initiative qu’a désormais Jésus d’apparaître ou de disparaître. Ainsi, tandis qu’ Il accompagnait les deux disciples sur le chemin d’Emmaüs, Il apparaissait aussi d’une autre manière, dans un autre endroit, dans d’autres conditions. Ainsi Luc veut amener ceux qui le lisent à reconnaître que le Ressuscité est bien le Jésus déjà connu des disciples avant sa mort, au cours de son ministère terrestre, et à découvrir que, s’il est bien le Même dans son identité, Il n’est plus le même dans sa réalité. Pour exprimer par des mots saisissables la réalité transformée, Luc procède à une mise en valeur de la présence subite de Jésus par une double évocation :

– la première souligne la différence : Lui, Jésus, non nommé, se dresse au milieu d’eux, suscite l’effroi, la stupeur, le trouble, le doute chez les Onze : c’est Lui …mais on croirait voir un esprit !

– la seconde évocation insiste sur la réalité de la présence, sur la continuité et l’identité ainsi exprimée par quelques notations plastiques : « Voyez mes mains et mes pieds ! » ; autrement dit : « Moi, je suis Lui ! » On peut le toucher et il est capable de manger. Ces deux évocations : esprit et corps, font contraste et sont regroupées autour de la parole : « Moi, je suis Lui ».

Luc ainsi concentre toute l’expérience pascale des témoins et les détails narratifs concourent à la mise en valeur du sens. Luc n’emploie pas le mot « corps », mais par la superposition de deux dessins différents, en hiatus l’un par rapport par l’autre, il donne du relief à la vérité qui jaillit de leurs différences conjointes.

Il réussit ainsi à transmettre ce fait essentiel : Celui qui prend l’initiative n’est plus seulement le Maître retrouvé, le Serviteur souffrant, le Seigneur manifesté : c’est Lui, dans son identité la plus vraie, dans sa continuité la plus réelle, dans son initiative la plus souveraine.

C’est vraiment Lui-même parce qu’ Il n’est plus le Même : c’est bien Lui, parce qu’ Il a changé, parce qu’ Il est Autre. Il est maintenant devenu cet Autre que Luc annonçait déjà lors de la Transfiguration , en disant : « l’aspect de sa personne devint autre. »

Luc exprime ainsi la double initiative contenue dans les expressions pauliniennes de « corps de gloire » ou « corps de résurrection » : Jésus n’est pleinement Lui qu’en devenant Autre.

Il ne se donne pas seulement à voir à ses disciples, Il veut se montrer comme étant vraiment Lui-même, parce qu’ Il est Autre.

Père Alain de La Morandais

Histoire de Judas : regard avec les yeux du cœur // Le Figaro

Le Père de La Morandais vous recommande cet article du FIGARO de Marie-Noëlle Tranchant

Dès l'ouverture du film, la scène où Judas porte Jésus, épuisé par ses quarante jours de jeûne, donne le ton du film

Après  Les Chants de Mandrin, Rabah Ameur-Zaïmeche signe une fiction étrange, contemplation magnifique de la présence de Jésus.

La première scène, admirable, du film de Rabah Ameur-Zaïmeche Histoire de Judas réunit Jésus et Judas dans un paysage de désert. Un homme grimpe péniblement une dune sous le vent, jusqu’à une petite cabane misérable: Judas (interprété par le réalisateur) vient chercher Jésus épuisé par ses quarante jours de jeûne. Il porte sur ses épaules, précautionneusement, tendrement, le corps de l’ami, amaigri et encapuchonné, comme un ballot précieux.

Il y a deux plans différents dans le film. Celui de la narration indiqué par le titre: récit fictif dont le héros est le disciple à la sombre réputation. Et celui de la méditation, de la contemplation, apporté par l’image ; et là, c’est la figure de Jésus qui captive.

À la suite des nombreux écrivains qui ont cherché à réhabiliter Judas, ou en tout cas à expliquer son comportement et à comprendre son rôle dans l’économie du salut (de Thomas de Quincey à Borges en passant par Bloy, Boulgakov, Kazantzakis, Claudel…), Rabah Ameur-Zaïmeche a voulu «transformer cette figure de répulsion en figure héroïque».

Et il l’exonère de la trahison de la façon la plus radicale: Judas n’était pas là au moment de la Passion, il était parti en mission du côté de Qûmran, chargé d’éliminer tout témoignage écrit sur la vie de Jésus… Ce qui donne au scénario un petit côté thriller à la Da Vinci Code, curieux sinon très convaincant dramatiquement. Pour le réalisateur, c’est surtout symbolique: «Écrire, c’est figer. Les mots doivent rester vivants. Le Christ n’a pas voulu que ses paroles soient consignées. Elles doivent être aussi libres qu’un vol d’hirondelles. Il ne suffit pas de les lire, il faut en être imprégné jusqu’à la moindre cellule.»

Cette imprégnation fait la beauté profonde du film: Rabah Ameur-Zaïmeche regarde avec les yeux du cœur. Il avait deux ans quand ses parents ont quitté l’Algérie pour Montfermeil, en 1968. Il a grandi entre leur piété musulmane et son attirance pour la foi chrétienne. «Petit, je dessinais Jésus, je découpais des vitraux dans des papiers transparents. C’était une façon de me fondre dans l’ambiance», explique ce réalisateur.

Depuis, il a fait, à travers le sens de la transcendance et celui de l’amour fraternel, du sentiment que la mort nous accompagne et qu’il est urgent de vivre l’instant avec le meilleur de nous-mêmes, un long parcours spirituel. Et, après avoir affirmé son talent dans des films à caractère plus social, il livre ici l’intime de ce «chemin du cœur», où le visage du Christ est central. Ce visage qu’il montre souvent caché dans Histoire de Judas : «On se doit de le peindre avec grâce, mystère et profondeur.» Son art de cinéaste l’inscrit dans la beauté et la sensualité du monde parce que, dit-il, «les éléments, la lumière, le vent, le sable, la texture de la peau ou de la chevelure, cette matière finalement est beaucoup plus insondable que l’invisible». Voir la belle scène de l’onction du parfum par Marie de Magdala, où la douceur de l’abandon dépasse l’érotisme pour aller jusqu’à cette prémonition de l’ensevelissement.

L’imagination artistique de Rabah Ameur-Zaïmeche rejoint ces «compositions» que les auteurs spirituels comme Ignace de Loyola recommandent pour nous rendre présents à la vie terrestre du Christ. «Donner chair à l’esprit demande de la délicatesse et du recul. Je ne me place pas dans le domaine de la foi religieuse, mais sur un terrain beaucoup plus concret, dans des paysages terrestres, au milieu d’un peuple pauvre et qui vit dans des conditions rudes, et dans l’oppression politique. En même temps, tout cela est périssable, c’est pourquoi j’ai filmé la rencontre de Jésus et de Pilate dans les ruines d’un temple romain, à Timgad. Elles rappellent, anachroniquement, un empire lointain et disparu.» Pour Rabah Ameur-Zaïmeche, la conscience d’être simplement «des voyageurs sur la terre» doit nous conduire à ne pas nous perdre en bavardages et en querelles, mais «à nous émerveiller et à respecter tout ce qui est vivant».

“L’amour est contagieux” du Pape François

Le Père de La Morandais vous recommande “L’amour est contagieux” du Pape François publié chez Albin Michel.

9782226316523mDepuis qu’il est monté sur le trône de Pierre, le pape François s’est adressé à tous sans distinction : catholiques, bien sûr, mais aussi croyants d’autres confessions chrétiennes et d’autres religions, non-croyants, chefs d’État et diplomates, dirigeants d’entreprise et des médias, jeunes de tous les pays, réfugiés de Lampedusa … À chacun, il transmet une parole de paix, de fraternité et de compassion. Mais ses discours sont souvent animés aussi d’une sainte colère, qui s’élève contre une « culture du rebut », contre la dictature de l’économie et la « mondialisation de l’indifférence » à l’égard des pauvres et des migrants. Il interpelle sans relâche les puissants, et n’a pas de mots assez durs pour les « dévots du dieu pot-de-vin » dont la vie est une « pourriture vernissée », et qui nourrissent leurs enfants du « pain sale de la corruption ».

François n’épargne pas non plus les « chrétiens de salon » qui confondent piété et piétisme et oublient les exigences concrètes de l’Evangile de la justice. Il proclame venu le temps de la Miséricorde, et voudrait que l’Eglise se fasse « hôpital de campagne » dans un monde où règne la guerre de tous contre tous.

A travers ce recueil de textes, discours et homélies, mais aussi de ses « méditations matinales » inédites, on comprend que ce pape a lancé une véritable révolution, fondée sur la contagion de l’amour.

« Heureux ceux qui croient sans avoir vu »

Saint-Thomas_d'Aquin_2Jean XX, 19-31

Sans avoir vu de nos yeux de chair, sans avoir touché de nos mains ! Il s’agit, bien sûr, de cette vision sensible, que réclament tant le Thomas, de celle qu’a eue Marie Madeleine, sans croire, sans voir pour autant, de celle des pèlerins d’Emmaüs, qui voyaient sensiblement mais qui étaient comme ne voyant pas tant que ne s’ouvrirent pas à la Lumière de la Foi leur coeur et leur intelligence.

Avec vous, et bien d’autres, je crois dans le Christ ressuscité, je Le vois, mais, bien sûr, pas de mes yeux d’homme qui peuvent vous regarder. Je crois sans voir, et ma foi me donne une nouvelle vision des choses. Mais pourquoi, pourriez-vous objecter, pourquoi devrions nous êtres privés de toute expérience sensible dans notre foi, puisque le Christ a voulu Lui-même se montrer, se faire toucher dans la réalité charnelle de sa chair nouvelle ? Pourquoi l’expérience sensible nous est-elle refusée, puisque nous sommes hommes, chair et esprit qui avons besoin de connaitre par nos sens ? Les sens ne sont donc pas tellement méprisables pour qu’un Dieu les ai fait  chair de Sa Chair, et par la chair d’une Femme. Les apôtres, les femmes ont vu de leurs yeux vu, touché de leurs mains tremblantes … Pourquoi devrions nous êtres plus forts qu’eux et nous contenter de voir sans voir, de croire sans voir ?

Le Christ fut trop Homme pour méconnaitre la valeur de l’expérience sensible et tous les signes par sa main accomplis sont là pour en témoigner : depuis le vin de Cana, depuis ses larmes devant le tombeau de Lazare jusqu’aux ténèbres des cieux au moment de sa mort … tous les signes accomplis par le Messie sont là pour inviter à croire, pour aider à croire. Ils sont là, signes sensibles, pour inviter à voir, à croire à une autre réalité, invisible celle-là aux yeux de chair. L’évangile de ce jour nous parle de ces signes et nous indique clairement leur fonction : «  Il est encore beaucoup d’autre signes que Jésus accomplit en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et qu’en croyant, vous ayez la Vie en son nom. »

La raison profonde de cela vous la voyez bien : un signe, qu’il soit sensible ou non, invite, engage à le dépasser pour voir et comprendre ce qui est signifié, pour voir la réalité cachée, invisible…Le signe invite, engage mais il ne vous forcera jamais à croire.

Connaissez-vous dans l’histoire du monde, une personne qui ait jamais pu forcer quelque autre personne à l’aimer ? Non, sans doute. Car un des secrets de tout amour est dans les profondeurs insondables de cette liberté qui est inséparable de tout amour vrai .

Pensez aux personnes que vous aimez profondément, et qui vous aiment, avez-vous l’évidence totale et complète de cet amour ?

Lorsque je fais une expérience de chimie ou de physique, je la fais une fois, deux fois et dix et des centaines de fois si nécessaire, et je sais que si je respecte, à chaque fois, les lois du genre, je serai absolument certain – une certitude d’évidence ! – de mon résultat. Avons-nous la même certitude sur cet amour auquel nous pensons ?

Oh ! Il y a des signes, – combien de signes aujourd’hui ! – qui nous mettent dans une certaine certitude qu’il n’y a pas à douter de cet amour – et les signes sensibles de l’amour humain ont une valeur trop importante pour que nous soyons tentés de les mésestimer ! – et pourtant, aucun de ces signes ne pourra nous contraindre à aimer. Ils sont signes, ils invitent à découvrir une autre réalité, plus invisible, plus secrète, plus difficile, plus aride parfois sans doute, mais la vraie réalité à laquelle le signe ne peut que nous inviter à croire. Se fier et croire, n’est-ce pas du même ordre ?Les signes du temps du Messie ne sont pas tout à fait ceux qu’Il nous propose aujourd’hui … comme ceux d’avant la Résurrection ne sont point ceux d’après la Résurrection. En rester à une foi qui ne saurait vivre que par les signes de la sensibilité, c’est se condamner à devenir un Thomas qui ne pourra jamais mettre son doigt dans les plaies du Christ, une Madeleine qui prend le Messie pour le jardinier.

«  Comme s’il voyait l’invisible, il tint ferme ». Langage de l’Espérance. Tel Moïse dans la nuit de son désert, l’homme de Foi ne voit pas toujours plus l’invisible que les autres, mais il tient, comme s’il voyait.

Dieu l’a appelé par son nom, puis l’a laissé dans les ténèbres mais il a cru dans la Parole.  «  Je sais en qui j’ai cru. »(II,Tim.1,12)

Père Alain De La Morandais