De la fidélité aux racines : modernité et tradition // suite

2947631480.gif  «  Et si le christianisme était précisément la solution ? Non pas le christianisme vécu , qui est toujours imparfait , mais le christianisme fondamental et intégral , le christianisme trinitaire , le christianisme de l’Evangile , celui qui trouve un équilibre entre la radicalité du Royaume et les compromis du monde ( où le bon grain et l’ivraie doivent coexister) , entre la paternité du Père et la fraternité du Fils , entre le vertical et l’horizontal . N’est-ce pas cet équilibre dont nos démocraties modernes ont profondément besoin ? Mais cet équilibre ne peut s’atteindre que sous la lumière vigilante et tonique de ce troisième terme qu’est l’Esprit . Cet Esprit qui , selon saint Jean racontant la rencontre du Christ et de Nicodème , nous commande de naître une seconde fois , où que l’on soit né . C’est sur cette exigence fondamentale du christianisme , qui réconcilie tout , dont Charles de Foucauld a donné un étonnant exemple , dont les modalités sont multiples , souvent simples et modestes , plus ou moins conscientes , que je terminerai mon propos. »

En définissant l’aristocratie comme un service , Jean Baptiste de Foucauld se réfère à la « chevalerie » , ce qui nous place en perspective historique , et lui ouvre , en conclusion , un horizon spirituel en l’appelant à devenir une seconde naissance : est fidèle à l’esprit aristocratique celui qui naîtrait à nouveau , une deuxième fois .

Il écrit : « L’aristocratie est fondamentalement service. Elle est chevalerie ou elle n’est pas. » La chevalerie est une institution d’origine laïque que l’Eglise a transformée . Par définition, et originellement , le chevalier était l’homme qui accomplissait son service militaire à cheval : au moment de sa majorité , lorsqu’il est capable d’accomplir son devoir militaire , le jeune noble est armé « chevalier » . Pour devenir chevalier , il devait recevoir l’investiture d’un autre noble qui était aussi chevalier . À l’époque carolingienne , cette cérémonie avait un caractère purement laïc , et sous l’impulsion de l’Eglise elle s’est sublimée jusqu’à être considérée comme un second baptême , en prenant un caractère éminemment religieux .

Cette évolution de la chevalerie s’est opérée progressivement , à partir du Xème siècle, puisque c’est à ce moment que l’Eglise a commencé à bénir les armes du jeune noble , quand elles lui sont remises au temps de sa majorité ; dans divers manuscrits de cette époque , on trouve des orationes super militantes dans lesquelles on peu relever des formules comme celles ci : « Exaucez, ô Seigneur, nos prières et bénissez cette épée , dont votre serviteur désire être ceint, , afin de pouvoir défendre et protéger les églises , les veuves , les orphelins et tous les serviteurs de Dieu contre la cruauté des païens. » En 878 , le pape Jean VIII imposa à tous les chevaliers qui voulaient gagner la vie éternelle l’obligation de combattre l’infidèle . Celle ci a persisté : ce sont les chevaliers qui ont été les soldats de la croisade d’Espagne , au XI ème siècle, et qui, en l’absence des rois , en 1095-1096 , se sont ébranlés à la voix d’Urbain II et ont délivré Jérusalem . Il était prescrit en outre aux chevaliers de rester fidèles à leurs seigneurs , dont ils doivent protéger la vie au risque d’exposer la leur , de s’abstenir de tout pillage , de combattre jusqu’à la mort pour le salut de la société chrétienne , de pourchasser les hérétiques et les schismatiques , de défendre les pauvres , les veuves et les orphelins , de ne pas violer la foi promise , de ne jamais être parjures envers leurs seigneurs.

L’Eglise a pris possession peu à peu de la chevalerie et s’en est servie pour adoucir les rudes mœurs seigneuriales , pour dériver vers des taches équitables et généreuses la bouillante activité des nobles désormais chargés de protéger les faibles et tous ceux qui sont incapables de se défendre. Certains conciles , apercevant dans la chevalerie l’indispensable complément des institutions de paix , ont invité les jeunes seigneurs à « jurer la paix de Dieu » : par ce serment ils rééditaient celui qu’a prononcé le chevalier au moment où il a pris les armes , lorsqu’il a juré de défendre tous les serviteurs de Dieu contre « la cruauté des païens » , de ne verse désormais que le sang des infidèles ou celui des méchants oppresseurs de l’innocence ou de la faiblesse.

Père Alain de La Morandais

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