Annonciation

getimage.phpIs.7, 10-14 Hb.10, 4-10 Lc.1, 26-38

Le ‘Fiat’ de Marie a inspiré peintres et poètes, nourri la méditation et l’engagement d’une foule innombrable de Chrétiens, inspiré, de façon inégale, Docteurs et prédicateurs… Je voudrais juste dire que son ‘Fiat’, Marie l’a dit tout au long de sa vie, jusqu’à la croix et à l’Ascension ; et que ce ‘Fiat’ est le type du ‘oui’ que le Chrétien, nous, est appelé à exprimer aussi jusqu’à la fin.

Marie dit ‘oui’ à la demande que lui adresse l’Ange de la part de Dieu. Marie dit encore ‘oui’ à l’imprévu et à l’insécurité du déplacement à Bethléem au moment de la naissance de Jésus. Puis c’est le ‘oui’ à la prophétie inquiétante de Syméon, ‘oui’ à la fuite en Egypte, ‘oui’ au retour à Nazareth. On saute une douzaine d’années, pendant lesquelles l’enfant, nous dit Saint Luc, grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, avec sur lui la faveur de Dieu (Lc.2, 40) ; à cette date, celle de sa Bar Mitzva, le ‘oui’ de la Mère devient déjà crucifiant : Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? (Lc.2, 49). Marie retenait toutes tous ces événements dans son cœur (Lc.2, 51), sans comprendre, mais consentante. 15 à 18 ans vont se passer, tissés de ‘oui’, les ‘oui’ au quotidien, ceux, nombreux, à la souffrance, aux rudesses de la vie, ceux aussi aux joies, qu’on se garde de retenir, d’engranger, parce qu’ils doivent, au contraire, stimuler. A 30 ans environ, quand Jésus quitte Nazareth pour sa mission, nouveau déchirement, le ‘oui’ de tous les Parents voyant leur enfant partir pour son destin. On s’aperçoit alors que Marie suit Jésus, mais à distance. De loin en loin, elle apparaît, proche et discrète à la fois : Sa mère et ses frères arrivèrent près de lui… On les lui annonça… Mais il leur répondit : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. » (Lc.8, 19-21) Sans un ‘oui’, là encore, comment garder la paix et la confiance ? Un peu plus tard, c’est une femme, dans la foule, qui s’émerveille de la maternité de Marie : Heureuse celle qui t’a porté et allaité ! Mais lui, répondit : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent. » (Lc.11, 27-28). Arrive la fin, brutale, précipitée. On sait que Marie, avec quelques femmes, suivait Jésus dans sa montée au calvaire : encore ‘oui’ ! Puis, au pied de la croix, toujours ‘oui’, quand elle accueille Jean pour son fils (Jn.19, 26) et ressent jusque dans sa chair le dernier soupir de Jésus. De son ‘oui’, le matin de Pâque, il n’est rien dit, mais comment aurait-elle pu douter, elle qui, plus que tout autre, gardait dans son cœur, depuis l’Annonciation, le mystère de son Fils. Nous retrouvons enfin Marie avec les Onze, à l’Ascension, puis dans la chambre haute où, dans une prière assidue, ils attendent ensemble d’être baptisés dans l’Esprit Saint (Ac.1, 5 et 14) ; par son ‘oui’ confiant à l’effacement définitif de Jésus, Marie porte l’Eglise sur les fonts baptismaux.

Ce ne sont pas des ‘oui’ successifs qu’a dits Marie pendant plus de trente ans ; c’est un unique ‘oui’, celui de son amour pour Dieu se déployant dans le temps de sa vie, en fonction des événements de l’actualité, au rythme de la croissance de Jésus, en harmonie avec sa propre évolution à elle. Le ‘oui’ de Marie est un perpétuel acte d’abandon et d’obéissance à la volonté de Dieu sur elle, un ‘oui’, donc, qui s’approfondit et grandit sans cesse, qui devient de plus en plus son être même dans son élan le plus vital. Le ‘oui’ de Marie à Dieu ne s’épuise pas d’être redit indéfiniment, puisqu’il est un ‘oui’ d’amour toujours renouvelé ; l’usure du temps non plus n’en émousse pas la ferveur, puisqu’il est un jaillissement perpétuel toujours naissant.

Nous aussi nous avons, un jour, dit ‘oui’ au Christ : ‘oui’ à son appel à tout quitter pour témoigner de sa venue, de sa Pâque, ‘oui’ à son invitation à sceller une union humaine, signe de l’Alliance de Dieu avec nous, ‘oui’ encore à sa demande de rendre tel ou tel service à l’Eglise, à la société, aux membres souffrants de son Corps… Mais ne vivons-nous pas souvent sur une lancée qui n’est plus vivifiée par ce ‘oui’ prononcé une fois, jamais ou plus redit, rangé, de toute façon, dans l’album de nos souvenirs. Peut-être accomplissons-nous consciencieusement les gestes propres à notre état, mais notre cœur n’est plus brûlant, anesthésié par l’habitude, installé dans des rites sécurisés et sécurisants, craignant toujours les imprévus qui pourraient perturber notre confort… Le secret de Marie n’est pas sa force de caractère, ni sa capacité à supporter la douleur, ni sa persévérance dans le don d’elle-même, mais l’amour de Dieu répandu dans son coeur par l’Esprit Saint (Ro.5, 5), qu’elle entretient comme une flamme fragile, mais toujours vive.

Père Alain de La Morandais

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