» Si le grain de blé ne meurt … »

Jean XII, 20-33

 Ähren

           « Pendant des jours il enseignait dans le Temple mais, les nuits, sortant, il séjournait au Mont des Oliviers. Mais à l’aurore, de nouveau, il arrivait au Temple et tout le peuple venait vers Lui, et, assis, il les enseignait. » (Lc. XXI, 37-38)

             Ce matin là, il prononça sa parabole la plus courte, qui tient en une phrase : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. »

             Si cet apologue dénonce toutes nos stérilités – nos possessivités, nos crispations ! – et s’adressant au coeur de chacune et de chacun d’entre nous appelle à la conversion – donc à la dépossession ! – , permettez nous, plutôt que d’en faire seulement un support moral et psychologique utile à nos examens de conscience, de le méditer avec vous comme un prélude à la Semaine sainte, qui commencera, dimanche prochain, avec la célébration populaire des Rameaux.

           Certes l’image du grain de blé est la vôtre, la mienne, et le critère de la fécondité est la grande règle vérificatrice de toute notre vie, tant dans ses articulations spirituelles que psychologiques et physiques, mais dans la démarche de réconciliation sacramentelle, qu’est-ce qui importe le plus ? Le regard sur nous mêmes, comme trop possessifs, stériles et pécheurs, ou bien la redédouverte d’un regard lumineux et fort qui croit en nous, à notre changement, à nos nouvelles fructifications ? Pourquoi ? Parce que Lui-même, par le parcours humain de sa vie bien humaine, Il a été ce grain de blé , depuis sa naissance jusqu’au tombeau.

           Sous le signe symbolique du grain de blé, nous pourrions contempler la vie du Christ comme un triptyque, se récapitulant par trois derniers jours, liturgiquement célébrés par le « triduum pascal ».

             Le premier tableau commence par de l’invisible : l’enfouissement par l’action de l’Esprit concepteur d’un germe humano – divin dans le sein d’une Vierge, annoncée par les Prophètes. Passés les mois de gestation, le germe va éclore par une nuit nomade et quasi secrète … A peine admiré, reconnu, dans sa tendresse, le voici menacé.

           A nouveau enfoui, par un premier exode à travers le désert, dans le pays d’Egypte, une deuxième forme de germination souterraine le scelle aux yeux des hommes, jusqu’à ce que, passée la menace mortelle, le retour en Galilée l’enfouisse à nouveau de nombreuses années dans cette « vie cachée » de Nazareth. Deuxième tableau ou naissance : que de temps semblant perdu au regard de la seule efficacité humaine ! Que de silences et de non-dits dans cette mystérieuse et bien lente seconde gestation !

             La troisième naissance s’ouvre par un Baptême et par des Noces comme l’annonce d’une vie publique de trois ans : le germe n’est déjà plus, mais blé en herbe, il hâte sa croissance, mûrit et porte du fruit. L’épi royal portera publiquement douze grains symboliques – et même bien plus : « cent pour un » ! Tout se multiplie : l’eau changée en vin, les pains et les poissons, les guérisons, les conversions.

             Trois jours parachèvent cette vie terrestre, historique, livre par ce triptyque à notre méditation : Jeudi saint, ou le Jour du dernier repas; Vendredi saint, ou celui de la mort; et le troisième qui, dans son attente muette et suspendue, nous ouvre à l’aube de la Résurrection. Trois jours : un premier, intime, avec les siens. Un deuxième, public, scandaleux. Un troisième, dans l’enfouissement du tombeau pour l’ultime germination.

Père Alain de La Morandais

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