A mon commandement : « aimez vous ! » ?

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Le mot de « commandement », dans notre résonance culturelle, possède une connotation qui évoque plus les aboiements d’un adjudant de quartier que le double appel, fait de raison et de passion, de l’exigence divine à l’égard de l’ Homme.

On perçoit médiocrement, au premier regard, comment le verbe « aimer » peut ressortir uniquement de l’impératif, et notre première défense naturelle met d’abord en mouvement notre sensibilité que nous voyons mal ne pas contribuer à conjuguer le verbe « aimer ».

A moins de concevoir l’Amour divin – à la fois celui qui unit étrangement les Personnes divines entre elles et celui qui désire l’amour de l’Homme – comme une opération purement et excellemment rationnelle, provenant de la Perfection divine, il nous est difficile d’exclure de l’action humaine d’aimer toute part de la sensation, et même de la passion. Les textes prophétiques de l ‘ Ecriture nous dessinent, à travers les images du Feu et de la « jalousie » de Yahwe-Dieu, une esquisse brûlante de cet Amour divin pour la personne humaine.

L’expérience des mystiques et des philosophes concorde pour nous permettre d’appliquer à Dieu les mots de « passion » et de «volonté », laquelle est comme l’infante de la raison. Une infante qui n’est pas sans pouvoirs.

Ce que nous savons de l’amour humain, en le vivant ou en étant le témoin, nous fait connaître que la sensation toute seule peut provoquer en nous la passion, mais nous découvrons aussi, qu’une fois existante, la passion s’agrège la volonté; et que celle-ci peut refouler ou modérer la passion; la volonté peut même faire naître la passion ou la faire cesser.

Les rapports, apparemment antagonistes, entre la passion et la raison, sont ceux qui existent entre l’injonction – ou « commandement » ! – s’adressant à la volonté et la mise en acte de l’amour qui ne peut faire l’économie de la passion, à moins d’être un pâle pastiche;

Ces relations étroites entre la passion et la volonté nous montrent qu’il peut y avoir coïncidence de la passion et de la volonté, et plus même puisque la passion entraîne la volonté; que la passion n’est pas toujours vis à vis de la volonté enjôleuse ou obstacle : non seulement elle peut venir en séquence du vouloir, mais par l’intermédiaire subtil et puissant de l’imagination, la volonté peut provoquer la passion.

Dernier pouvoir – et non des moindres, même s’il ne s’avère pas toujours opérationnel ! – celui de la volonté qui peut dominer la passion, modérer son ardeur, la sublimer ou même la mettre à l’arrêt. Ce pouvoir est souvent difficile à exercer, car, selon le mot de Thomas d’Aquin, la passion, par rapport à nos facultés supérieures, n’est pas « comme un esclave, mais comme un affranchi ».

« Aimer », quel beau champ clos pour toutes les rivalités de nos libertés !

Toute la Loi et les prophètes dépendent de cet amour, et non pas l’inverse, ce qui signifie que le dernier paramètre de référence de notre couple passion-volonté n’est ni le Décalogue ou les Dix commandements, mais « aimer », et que si l’on a tué les prophètes, c’était au nom de la Loi. Et que le seul malheur qui puisse nous arriver, en fait d’amour, serait, selon le mot de l’ Apocalypse, de devenir « tiède » : ni « chaud, ni froid » , tu seras vomi de la bouche divine !

Père Alain de La Morandais

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