Samuel Grzybowski, l’œcuménique

Le Père de La Morandais vous recommande la lecture de cet article du Figaro.
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Par De Queiroz, Julie-Anne

PORTRAIT – Dans Tous les chemins mènent à l’autre, le jeune homme de 22 ans revient sur ce tour du monde interreligieux qui a changé sa vie et accéléré la trajectoire de l’association Coexister, qu’il a fondée il y a six ans, à tout juste 16 ans.

En l’espace de dix mois, il a passé plus de 375 heures la tête dans les nuages. Une prouesse pour un jeune homme qui s’avoue lui-même «phobique de l’avion». Pourtant, près d’un an après son retour de cet incroyable tour du monde, il n’a toujours pas véritablement atterri.

Tout commence en 2009. Samuel Grzybowski n’a alors que 16 ans et organise avec une dizaine d’autres jeunes de diverses confessions une vaste opération de collecte de sang, «Ensemble à sang %». En menant cette action conjointe, ils veulent lutter contre l’importation du conflit israélo-palestinien chez les jeunes et sur les réseaux sociaux, montrer qu’il s’agit d’un conflit «qui n’est pas à caractère religieux mais politique».

Cent cinquante dons plus tard, l’idée de rassembler les jeunes au-delà de leurs confessions fait son chemin, et Coexister voit le jour à Paris, où le jeune homme a grandi, entre un père journaliste et une mère graphiste, tous deux catholiques pratiquants. Pensée comme «le mouvement interreligieux des jeunes», l’association connaît une croissance rapide, et gagne en notoriété grâce à un projet plutôt inédit lancé à l’été 2013, l’InterFaith Tour, sorte de tour du monde des acteurs de l’interreligieux.

Embarquent alors pour dix mois d’aventures Samuel, Ilan, Ismael, Josselin et Victor, cinq garçons qui deviendront des amis au fil du voyage. Un chrétien, un juif, un musulman, un agnostique et un athée rassemblés par la même envie d’aller voir, aux quatre coins du monde, les initiatives existantes favorisant le dialogue des religions. C’est ce périple que Samuel Grzybowski raconte aujourd’hui dans Tous les chemins mènent à l’autre , publié aux Éditions de l’Atelier, une sorte de carnet de voyage dans lequel on retrouve le quotidien de ces 300 jours, ses joies, ses peines et ses doutes. Une façon, pour le jeune homme, «de réaliser que tout cela a bien existé».

Qu’est ce qui l’a le plus marqué, au cours de cette année hors du commun? «Tout, répond-il du tac au tac. C’est impossible de résumer une année aussi dense à un ou deux moments.» Des temps forts, pourtant, ce voyage n’en aura pas manqué. Leur rencontre avec le pape François, qu’il qualifie pudiquement d’«exceptionnelle», en fait partie. Mais ne saurait, selon lui, occulter «tous ces autres acteurs, plus ou moins connus, qui font des choses fantastiques dans leur coin». Car l’idée de ce voyage, parfois perçu à tort comme «de grandes vacances» par ses pairs, c’était justement d’aller voir les actions mises en œuvre sur tous les continents pour favoriser la coexistence des religions.

Le Caire, Tel-Aviv, Mascate, Varsovie… Au fil des mois, les cinq comparses franchissent les frontières, multiplient les destinations et les rencontres avec enthousiasme. Sans que cela soit pour autant toujours une partie de plaisir. Nous sommes le 25 décembre 2013. Revenu en France pour passer Noël auprès de ses trois jeunes frères, Samuel s’apprête à embarquer avec Josselin pour le Bangladesh, où ils doivent retrouver le reste de l’équipe pour la suite de leur périple. Mais, plus que l’impatience que l’on pourrait imaginer à l’idée de poursuivre une telle aventure, c’est le doute et l’épuisement qui prennent le dessus.

Tout d’un coup, il «ne supporte plus l’idée qu’on puisse faire le tour de cette terre». Dans son journal, il écrira: «Je me dis que finalement, on tourne en rond. On part d’un côté, on revient de l’autre. À quoi bon?» Une pensée rapidement chassée par les retrouvailles avec l’équipe et «les événements qui s’enchaînent», mais qui reviendra ponctuellement. Au fil du voyage, il se «repose toutes les questions fondamentales de l’existence, et y apporte quelques éléments de réponse». «En trois cents jours, on apprend à se connaître, et cela vient avec le doute», dit-il sobrement.

Après Tokyo, dont il raconte quelques anecdotes croustillantes, l’équipe s’envole pour la Chine, puis le reste de l’Asie, avant de gagner l’Amérique et Montréal, leur destination «presque» finale. «Presque» seulement, car, après ce tour du monde, c’est un tour de France qui s’annonce, dernier chapitre de cet opus et de l’InterFaith Tour. Fini les avions, place au camping-car. Les cinq camarades reprennent la route, s’arrêtant de ville en ville le temps d’une conférence, pour raconter leur aventure, à laquelle ils peinent encore à croire, et sensibiliser les jeunes à cette coexistence des religions qui leur tient tant à cœur.

Aujourd’hui, un peu moins d’un an après la fin de cette aventure, Samuel a repris la casquette de président de Coexister, une licence d’histoire et de sciences politiques en poche. Il reconnaît vivre «à  200 à l’heure», supervisant les diverses activités de l’association, axées sur le dialogue, la solidarité et la sensibilisation. C’est que sa structure a fait un petit bout de chemin, depuis sa création. On compte désormais 1800 adhérents, 600 jeunes bénévoles à travers la France et une poignée de salariés, ainsi qu’un budget conséquent. «On a vraiment eu un changement d’échelle avec le tour du monde», confie-t-il.

En octobre prochain, il quittera ses fonctions de président. «J’aurai atteint le nombre maximum de mandats, et il est important que personne ne puisse mettre la main sur l’association, que les idées neuves aient leur place.» Un peu jeune pour la retraite, il envisage sereinement cette passation de pouvoir et l’avenir ; pense à reprendre ses études. Des projets, il dit ne pas en manquer, mais se laisse le temps avant de se fixer. «Je n’ai pas envie de me prendre trop au sérieux», confie-t-il, lui qui a encore la vie devant lui et la certitude qu’il y a «beaucoup d’autres choses à faire».

Bio express

1992 – Naissance à Paris

2009 – Création de l’association Coexister

2013 – Obtention d’une double licence histoire-sciences politique à la Sorbonne

Juillet 2013 – Début de l’InterFaith Tour

Août 2013 – Certification d’entrepreneuriat social de Cambridge

Octobre 2015 – Fin de sa présidence  à la tête de l’association Coexister

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