La tentation de la puissance

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En relisant les récits des tentations de Jésus au désert, on peut se poser la question de savoir si la tentation de la puissance ait bien existé dans cet Homme – Jésus .

Les signes, les pouvoirs, les hauts-faits, autrement dit les miracles accomplis par le Nazaréen, sont considérés aujourd’hui comme une porte donnant accès à la conscience qu’il eut de Lui-même. Toute l’analyse des situations qui nous sont rapportées concernant les signes de Jésus nous révèle qu’il s’est interrogé sur lui-même et qu’il a pu vivre une situation de conflit et de tension à partir de laquelle se sont forgés, finalement et de façon irrévocable, le sens de son identité propre et de sa conscience de Lui-même. Le cœur de la tentation a-t-il été pour Jésus de douter de son pouvoir ?Rien ne le montre. Au contraire, tout se passe comme si le conflit intérieur qu’il traverse concerne plutôt la tentation de mal user de son pouvoir. C’est cette possibilité d’abus qui relie étroitement entre elles les trois tentations. De même, après le signe des pains multipliés, la tentation aurait pu être pour Jésus d’user de sa puissance pour convaincre les autres, et pour se prouver Lui-même ou pour prouver Dieu – et susciter par une telle manifestation de puissance une crainte à bon marché qu’il ne restera plus ensuite qu’à baptiser du nom de foi.

 A aucun moment, semble-t-il, Jésus n’a la tentation de douter de son pouvoir : c’est uniquement d’abuser de ce pouvoir qu’il ait peut-être pu être tenté. Et c’est dans cette mesure, et dans cette mesure seulement, que nous sommes autorisés à interpréter ce conflit comme un combat intérieur qui se livre dans la conscience même de Jésus. Il sait que sa puissance représente une terrible responsabilité et qu’il a la possibilité d’en mal user. Les trois tentations, par ce qu’elles révèlent en négatif, peuvent nous aider à comprendre la fonction que Jésus a attribué au don de la puissance miraculeuse qu’il a reçu. Nous pouvons, en effet, observer un certain nombre d’actions caractéristiques que Jésus se refuse à accomplir avec les pouvoirs miraculeux qui sont les siens au cours de son ministère public. Ainsi il ne se sert pas de sa puissance pour sa convenance ou sa commodité personnelles, ni même pour assurer sa défense ou sa sauvegarde, et moins encore pour attaquer ceux qui en veulent à sa vie.

A l’exemple du modèle que représente la seconde tentation, nous voyons Jésus refuser obstinément de se servir des miracles qu’Il peut faire pour PROUVER qui Il est ou ce qu’est sa mission, lorsqu’il est confronté à des accusations ou au refus de croire en Lui. Ces preuves eussent été bien utiles pour combattre l’opposition des Pharisiens, et cependant lorsqu’ils demandent « un signe venu du ciel » – comme la tentation de se jeter du haut du Temple – Jésus rejette catégoriquement cette demande. Il n’utilise pas non plus sa puissance pour créer la foi ou pour contraindre à croire ceux qui n’ont pas le désir de croire. Enfin nous avons un écho impressionnant de la troisième tentation lors de l’accusation de collusion avec Satan. C’était la seule solution qu’avaient inventé les ennemis de Jésus pour rendre compte di fait de sa puissance : elle s’accomplit sous la domination de Satan ! La réplique ironique de Jésus est sa seule réponse : comment le Mal pourrait-il lutter contre lui-même ?

Tous ces exemples de ce que Jésus n’a pas fait de sa puissance servent alors à mettre en lumière sa fonction ou sa signification positive. Tous ces pouvoirs miraculeux ne se déclenchent que pour répondre à des besoins humains :- pour que l’aveugle voit, que le sourd entende, que le muet parle, que le boiteux marche ; pour la guérison du lépreux, la libération du possédé ; pour que les ignorants reçoivent la sagesse et que le péché soit pardonné.

C’est cette réponse d’amour et de compassion qui constitue le caractère le plus profond des miracles et qui fait leur véritable unité. Jésus interprète la puissance qu’Il détient comme ne devant s’exercer que pour répondre aux besoins des hommes ; et Il enseigne que c’est cette réponse qui rend un homme juste au regard de Dieu, et que l’injustice correspondante est celle de l’homme qui, en présence de la détresse humaine, ne fait rien.

Père Alain de La Morandais

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