Luc Ferry: un service civil obligatoire? Impossible!

Le Père de La Morandais vous recommande la chronique du Luc Ferry dans le Figaro consacrée au service civique.


Luc Ferry est philosophe et ancien ministre de l’Éducation nationale.


Pour avoir travaillé pendant des années sur le sujet, d’abord comme ministre de la Jeunesse, puis comme auteur, avec l’amiral Béreau, du rapport au président de la République qui fut à l’origine de la loi actuelle(«Pour un service civique. Rapport au Président de la République», Éditions Odile Jacob), je suis étonné d’entendre dire tout et n’importe quoi sur ce dispositif.

Ici on demande qu’il soit facultatif, là obligatoire; ici qu’il soit bénévole, là rétribué; ici qu’il soit de six mois, là d’un an, voire fractionné en petites tranches; et mille autres suggestions encore, comme s’il s’agissait d’ouvrir le concours Lépine de la civilité républicaine. Soyons clair: c’est un sujet difficile sur lequel on ne peut se prononcer sans avoir consulté les partis politiques, les syndicats, les militaires et surtout les associations susceptibles d’accueillir les jeunes -ce que j’ai fait pendant plus d’un an avec les membres du conseil d’analyse de la société que je présidais.

Commençons par la principale pomme de discorde et disons les choses nettement: si l’on veut un service obligatoire afin de rétablir le fameux «creuset républicain», il ne pourra être au premier chef que militaire. Peu réaliste dans le monde sublunaire, l’hypothèse n’a du moins rien d’absurde en soi: c’est affaire de choix et de volonté politiques. En revanche, si l’on veut un service civil, il faut savoir que, pour des raisons incontournables et qui, contrairement à une idée reçue, ne sont pas essentiellement budgétaires, il ne pourra pas être obligatoire.

Au lieu de se raconter des histoires et d’accumuler moulinets et coups de menton grandioses, on ferait mieux de s’intéresser un peu aux faits. Et d’abord à cette donnée de base: une classe d’âge représente environ 800 000 jeunes, disons 700 000 si l’on tient compte du fait que certains, notamment pour des raisons de santé, ne seront pas concernés par le projet. Or nous ne disposons pas en France, si on se place en dehors du cadre militaire, de 700 000 «postes» ou «missions» d’intérêt général susceptibles d’être proposés aux jeunes. Sauf à aggraver le chômage en empiétant massivement sur l’emploi marchand ou à les engager dans des stages «photocopies/café» ne présentant aucun intérêt ni pour eux ni pour la nation, c’est chose tout simplement impossible. Au sein de l’armée, ce problème ne se posait évidemment pas, du moins pas en ces termes.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s