Chesterton ou l’éloge de la tempérance

Le Père de La Morandais vous recommande ce texte : Chesterton ou l’éloge de la tempérance publié sur le site PHILITT.

Catholique anglais du début du XXe siècle, Gilbert Keith Chesterton est, au royaume de l’absurde, un génie qui joue de l’esprit britannique afin de démystifier la modernité. Bien loin de la rigueur froide, puritaine et systématique, Chesterton rend du sens à la sobriété et théorise une vie sainte et saine. Une foi certaine mais tranquille, une modération sans complexe : un art catholique du bien  vivre. 

 

La défense du catholicisme chez Chesterton est simple : les principes moraux, l’austérité apparente ne sont pas une discipline que le croyant s’inflige par un masochisme tordu. Ils ont du sens, et sont des guides vers une vie heureuse. Ils sont des tuteurs plus que des fardeaux, des repères, un cadre sans lequel il est aisé de tomber dans la dépendance, l’abus et qui surtout permet au croyant de ne pas s’éloigner de Dieu.

 

L’art de vivre comme tradition

« Ne buvez jamais parce que vous en avez besoin, car ce serait boire d’une façon rationnelle, c’est le chemin le plus sûr vers la mort et vers l’enfer, buvez au contraire parce que vous n’en avez pas besoin car c’est irrationnel et c’est l’antique santé du monde. »

Une oeuvre majeure de G. K. ChestertonUne oeuvre majeure de G. K. Chesterton

Au fond d’un fauteuil club, Partagas D-4 dans une main, Nouveau Testament dans l’autre, le cognac posé sur la table. C’est un peu cela la bonne vie chrétienne que propose Chesterton : pas question de s’encanailler, ni même de transgresser, mais de rendre grâce en somme. Rendre au sacré son corollaire qu’est l’exception : le plaisir ne se trouve jamais que dans la parcimonie. La rareté fait bien souvent le prix des choses, et la répétition peut être un danger, une systématique voire même une prison.

Mais parce qu’aujourd’hui la sobriété n’est pas, ou n’est plus, une évidence, Chesterton nous ramène au temps ancien de l’éducation, de la transmission et de la tradition. Il nous fait songer à cette vieille France où le bon père de famille prenait son fils entre quatre yeux pour lui enseigner tout l’art de boire le bon vin. Un monde où le poids des coutumes et de l’éducation est plus fort que l’État et ses interdits.

 

À la logique d’efficacité, d’optimisation permanente, qui marque notre monde moderne, l’auteur préfère l’assurance de celui qui ne court après rien mais flâne allègrement, prend le temps d’être lui-même. C’est la création limitée, le fait d’être à la fois maître et dépendant sans excès qui procure à l’homme une joie qui lui appartient. Plutôt que de courir dans sa roue dans un effort interminable et suicidaire, Chesterton jouit de ses limites sans chercher à les dépasser. En les acceptant pleinement, il se rend libre.

 

Du sacré dans le quotidien

Chesterton initie celui qui le lit au XXIe siècle : en un sens il évoque et invoque la valeur perdue du rituel, qui manque à ceux qui abusent. Un rituel simple et bon vivant, mais qui n’en perd pas pour autant son lien avec le sacré, son sens profond : celui de prendre un temps gratuit, un temps pour soi. Un temps pour rien, qui rend alors possible l’élévation, belle et spontanée. Quand on a fait abstraction de tout, pour le catholique qu’il est, il ne reste que Dieu, soi, et la délectation.

 

Le rituel, que ce soit celui du fumeur de havanes, du buveur d’absinthe ou de cognac est long, c’est un équilibre qui requiert attention et concentration. C’est l’antithèse du fumeur de cigarettes nerveux, de l’amateur de shooters de vodka. Le rituel ne saurait être systématique, au risque de perdre sa valeur, faisant de celui qui l’exécute une machine. Or le rituel est lien, mais on ne lie rien avec une machine, le rituel est humain.

cognacLe cognac, symbole d’un certain art de vivre

Et lorsque dans l’Évangile le Seigneur appelle à célébrer, il rappelle que sa présence est permanente et heureuse, et qu’elle se prolonge à travers l’autre. La fête est partage, communion. Partager la simplicité, partager la modération c’est aujourd’hui plus que jamais se placer sous le regard de Dieu, qui ne supporte pas de nous voir nous faire du mal quand tant de nos congénères font de l’excès la règle, au point d’en avoir besoin plus qu’ils n’en ont réellement envie. La sobriété permet d’échanger, de partager. La beuverie, le shoot et la déglingue collective font de la fête une guerre ultraviolente menée contre sa propre condition. Ils célèbrent la mort mais tombent dans un piège inévitable : celui de vivre l’enfer. Tandis que la tempérance et la modération comme le pardon préservent de la meurtrissure de la culpabilité.

 

Chesterton affirme aussi que cette exception est peut-être tout ce dont nous avons besoin au fond, et qu’il nous serait aisé de renoncer au  «progrès », à nos technologies, nos sciences, nos systèmes pour retrouver « le bonheur que nous avons connu avec des camarades dans une taverne ». Il faudrait que chacun de nous se le demande, sincèrement.

 

Un antipharisianisme moderne

Finalement, Chesterton est l’antipuritain, l’anti-intégriste. Un antifa à sa manière : un antipharisien. Il comprend que le mal n’est pas dans la création des hommes, le diable n’est pas intrinsèquement constitutif du vin, du cigare, ni même (c’est dire !) de la belle femme ! Il n’y a ici pas de bien ou de mal qui puisse se définir autrement que dans son rapport à l’homme, et au bout du chemin, au divin. Autrement dit il n’y a de bien ou de mal que dans l’usage que l’on fait du vin, du cigare, et dans le rapport que l’on entretient avec la belle femme. Rejeter en bloc tout ce que la modernité, comme la réaction, fait de mal avec l’objet, l’idée ou le symbole, c’est renoncer à assumer sa responsabilité de faire le bien, c’est accepter le totalitarisme ravageur des ravagés. À s’éloigner de tout ce que les hommes utilisent pour faire le mal, on s’éloigne de tout, et a fortiori de tout le monde : dans le siècle, ni le chrétien ni personne ne peut vivre sa foi dans une telle prison mentale qui tient plus de l’idéologie que de la rigueur.

 

C’est aussi cela que dit Chesterton en énonçant que  «le monde est plein d’idées chrétiennes devenues folles». Car il ne méconnaît pas non plus, c’est une évidence, que la vie chrétienne est une vie tendue vers Dieu, mais que sa miséricorde nous ramène avec amour à l’humilité qui s’impose. Celui qui jamais ne faute, qui jamais n’échoue, qui jamais ne tombe ne connaît pas la beauté d’être pardonné par celui qui aide à se relever. Et finalement, presque par chance, l’être parfaitement sain n’existe pas. Mais c’est pourtant ce à quoi voudrait nous faire croire un monde moderne athée et à bien des égards plus puritain encore que certains fervents croyants. « L’ennui avec le fait de toujours tenter de préserver la santé du corps est qu’il est très difficile de le faire sans détruire la santé de l’esprit. » À vouloir tuer la souffrance, tuer la contrainte, tuer la mort demain, le monde moderne nous invite une fois encore à nous tourner vers Chesterton.

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Tous les chemins mènent à l’autre : Chroniques d’un tour du monde interreligieux de Samuel Grzybowski

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Le Père de La Morandais vous recommande la lecture du livre Tous les chemins mènent à l’autre : Chroniques d’un tour du monde interreligieux de Samuel Grzybowski, chez les éditions de l’atelier. 

Présentation de l’éditeur

La guerre des civilisations et des religions n’est pas fatale. Avec un juif, un musulman, une bouddhiste, un athée et une agnostique, Samuel Grzybowski est parti à la rencontre des artisans du dialogue au cours d’un tour du monde. Un étonnant carnet de route autour du globe. De l’Egypte à Israël en passant par la Palestine, de la Serbie à la Bosnie en passant par la Croatie, de la Turquie au Liban, de la Malaisie à l’Indonésie, du Japon à la Chine, du Nigéria au Kenya, de l’Argentine au Canada, Samuel Grzybowski a rencontré celles et ceux qui construisent des ponts entre les hommes et les femmes de différentes cultures et religions. Ils vivent souvent dans des lieux de fractures où la paix et la réconciliation ne vont pas de soi. Mais ils ont l’espérance chevillés à l’âme. Ils témoignent avec ténacité et joie qu’il n’y a qu’une famille humaine. Diverse et reliée. Ce récit d’un tour du monde d’un an entrepris par un chrétien, un musulman, un juif, un agnostique et un athée est un extraordinaire antidote aux discours de méfiance et de haine à l’égard de l’étranger, du différent, du vulnérable. Tous les chemins mènent à l’autre. A condition d’accepter de marcher.

Biographie de l’auteur

Samuel Gzrybowski a 21 ans. En 2007, il a fondé Coexister, le mouvement interreligieux des jeunes qui rassemble dans différentes régions de France juifs, chrétiens, musulmans, bouddhistes, agnostiques et athées pour promouvoir la connaissance de l’autre et la construction du vivre ensemble. Pendant un an de juin 2013 à juin 2014, avec Ilan, juif, Ismaël musulman, Josselin, agnostique et Victor athée, il a visité 51 pays pour rencontrer les artisans du dialogue des cultures et des religions.

Marc Lavoine, de Lénine à la Vierge Marie

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Découvrez le portrait de Marc Lavoine publié dans Le Figaro par Astrid de Larminat.

SUCCÈS – Le chanteur des Yeux revolvers publie un récit inspiré de ses jeunes années. L’occasion d’évoquer sa famille dominée par la figure du père, un flamboyant militant du PCF

Il est anxieux, Marc Lavoine. Il parle, il parle. Ne termine pas ses phrases comme s’il avait peur d’être mal compris, raconte une anecdote, évoque ses amis d’enfance avec lesquels il joue au poker, passe à autre chose, se saisit d’un objet qui lui tombe sous les yeux, jette un coup d’œil à la télévision qui marche sans le son, relève les yeux, ses yeux fameux, pas des yeux de tombeur, un regard d’enfant rêveur et charmeur. «Vous connaissez l’histoire de ce gars à qui on demande comment ça va et qui répond: en un mot, bien. Et en deux mots? Pas bien.»

C’est sur ce fil subtil qu’est écrit son livre (1), un beau récit inspiré de ses jeunes années à Wissous, à l’ombre des avions décollant de l’aéroport d’Orly. «Oh ma banlieue, mon pays, mes racines», écrit-il. L’Homme qui ment, c’est l’histoire d’une époque, les années 1960 puis 70 – rêve et désillusions – et celle d’une famille dominée par la figure du père, un flamboyant militant du PCF qui éduqua ses enfants dans le mythe révolutionnaire, et un invétéré coureur de jupons qui menait double, triple voire quadruple vie et ne s’en cachait pas auprès de ses deux fils, leur présentant même ses maîtresses en les priant de garder le secret.

Pas facile de «mûrir coupé en deux» entre ses parents. Pourtant lorsqu’on le questionne à ce sujet,Marc Lavoine esquive: «Mes parents étaient formidables.» Il ne les juge pas, compatit avec l’un et l’autre, les admire malgré tout, dit sa gratitude envers eux, avec une rare finesse de sentiments. Tout le reste est pardonné: «La colère et la rancune sont une prison.» Même lorsqu’on le traitait de «gras-double» à l’école et au collège – eh oui, le beau gosse a connu la douleur et la solitude des gros -, il se souvient qu’il ne voulait pas riposter par la haine.

Il y a quelque chose de sibyllin chez ce chanteur qui est aussi comédien. Comme si cet homme foncièrement sincère était habitué à donner le change ; à faire comme si, pour ne pas laisser voir son étrangeté. Petit garçon déjà, il ne se sentait pas tout à fait comme les autres. Le soir, assis sur son lit, devant la fenêtre à demi ouverte, il se berçait – cela lui arrive encore, avoue-t-il – en se chantant des chansons et en dodelinant d’avant en arrière comme certains hommes en prière et les enfants autistes.

L’autisme. Sur ce sujet, il est intarissable et soudain, il n’a plus peur de parler. Depuis vingt ans, il accompagne un groupe de jeunes autistes qui écrit un journal, Le Papotin, en interviewant des personnalités. «Ils font tomber les masques!» dit Lavoine qui se rappelle avec émotion les trois heures d’entretien que Jacques Chirac leur avait accordées à l’Élysée. «Ce monde des jeunes autistes, c’est le mien, je le comprends. C’est le monde de mon enfance que je n’ai jamais quitté. Ils m’ont fait un bien fou.»

Il a un univers intime hétéroclite. Aux murs de son appartement, des nus féminins, un Christ en croix sur un guéridon, un autre Christ sur l’étagère, entouré d’une petite tête de Lénine et d’une figurine à l’effigie de Mao ; à côté, une statuette de la Vierge Marie et sur la table basse, trois gros cierges qu’il a rapportés de l’église Notre-Dame-des-Victoires toute proche. Et deux soldats de plomb, des tirailleurs sénégalais. Il se lève, les prend dans sa main: «Ils ont défendu la France.»

Drôle de panthéon! «J’ai toujours été démodé. Je suis assez puritain, un peu vieille France. Je suis assez comme ma mère. Assez chrétien, en fait.» Si sa famille et son entourage étaient communistes, sa mère était catholique, en cachette. Il l’a su quand il lui a demandé un jour d’aller au catéchisme. Elle lui a répondu que c’était impossible, son père ne voudrait pas, mais qu’il pouvait croire en secret. «Vers l’âge de cinq ans, j’avais eu une sorte de vision, explique-t-il. J’ai vu le globe terrestre et les hommes en tomber. J’ai eu alors la sensation d’entendre, dans un coup de vent, quelqu’un qui m’a dit: voilà ce que tu vas faire.» Cette petite voix qui chuchote à son oreille «comme un souffleur» ne l’a jamais quitté. Pour l’entendre, il faut écouter, se taire, dit-il. Parfois, elle l’entraîne dans les églises. Pourtant il ne connaît aucune prière. Quand il parle à Dieu, il improvise. «C’est miraculeux, quand même…» murmure-t-il en regardant sa main, qu’il plie et déplie, sans qu’on sache bien de quoi il parle.

Son cauchemar, c’est de ne pas être en accord avec ses valeurs. C’est pourquoi il a créé avec son ami Abdel Aïssou, directeur général du groupe Randstad France, une fondation qui soutient des projets locaux d’insertion des jeunes par l’emploi. Actuellement, il parraine une opération contre le gaspillage alimentaire, avec des agriculteurs du nord de la France qui donnent leurs légumes qui ne sont pas au calibre à l’entreprise McCain pour qu’elle en fasse des soupes haut de gamme.

Il attrape sur la table le texte d’une pièce de théâtre à laquelle il travaille, Le Poisson belge, de Léonore Confino, avec Géraldine Martineau, qui sera créée en septembre à la Pépinière. Puis du coq à l’âne: «Ça m’arrive encore d’être mal dans ma peau. Dans ces moments-là, je me rappelle une réplique de Trintignant dans Fiesta – “T’as qu’à t’en foutre”.» Il devient songeur: «J’ai peur qu’on ne me prenne pas pour qui je suis vraiment. Peut-être que j’ai une bien meilleure opinion de moi-même que je ne le pense.» Il sourit. Insaisissable, désarmant.

(1) «L’Homme qui ment», Marc Lavoine, aux éditions Fayard.

Le prêtre Alain de La Morandais à Phalempin : «Il faut arrêter d’être faux cul»

PUBLIÉ LE 21/01/2015 // LA VOIX DU NORD

PAR MARIE-CATHERINE NICODÈME

Le prêtre médiatique Alain de La Morandais n’est pas en odeur de sainteté dans l’Église. Il appelle cette institution à plus d’ouverture et à revenir aux messages de l’Évangile. Il présentera jeudi soir à Phalempin son dernier livre, « Lettre ouverte aux fidèles et rebelles de l’Église ».

 Alain de La Morandais, présent aux Rencontres littéraires demain à Phalempin, appelle dans son dernier livre les fidèles de l’Église à s’ouvrir. Photo D. R. Yves Tennevin

– Qu’avez-vous pensé de la demande inattendue du pape aux catholiques de ne pas procréer comme des lapins ?

« Elle m’a beaucoup amusé. Ce n’est pas un langage très pontifical. Il a pris une image simplifiée, populaire, pour expliquer que nous ne sommes pas au niveau des animaux. C’est surtout un appel à la responsabilité qui s’adresse principalement aux Philippins. C’est à prendre au deuxième degré. Le pape François est un homme intelligent. C’est aussi une façon de dire que derrière la procréation, il y a surtout l’éducation. »

– Il défend une paternité responsable et en même temps, la contraception médicale reste interdite, c’est paradoxal…

« Ce ne sont pas les lapins qui m’ont gêné mais ce retour aux méthodes dites naturelles. Quand j’étais aumônier de lycée, je rencontrais des mamans qui me disaient qu’elles ne pouvaient pas aller au-delà de deux-trois enfants. Pour moi, comme le dit très bien Thomas D’Aquin, le péché est d’aller contre sa conscience. »

– Demain soir, à Phalempin, vous présenterez votre livre « Lettre ouverte aux fidèles et aux rebelles de l’Église ». Que leur dites-vous ?

« Pour les rebelles, s’il y a des choses qui vous choquent, ne quittez pas l’Église, c’est important. Le Christ ne nous emmerde pas avec la sexualité, la contraception… Si vous voulez faire bouger les choses, restez. Comme moi ! Ne laissez pas la place aux conservateurs qui gardent leur doctrine et se replient sur eux-mêmes pour se protéger. Tout ça, c’est contraire à l’Évangile, au Christ qui part à la rencontre de tous.

Aux fidèles, je leur dis : Ouvrez-vous. Allez rencontrer les pauvres. Optez pour la collégialité. Non pour cette pyramide cléricale avec un monarque absolu. Dans certains pays, les prêtres peuvent se marier, avoir des enfants. »

– Concernant le mariage homosexuel, vous avez indiqué y être favorable avant de changer d’avis. Quelle est votre position ?

« Mes propos ont mal été interprétés. J’ai dit que je préférais voir un enfant élevé par un couple homosexuel plutôt que, prostitué dans les rues de Manille. Avec cette question, il faut être en vérité. Ce qui m’a gêné dans ces manifestations de cathos est de dire que l’homosexualité menace la famille. C’est faux ! Ce n’est pas facile à porter. Mieux vaut être en vérité et accepter la personne telle qu’elle est. L’Église aurait mieux fait d’accepter le PACS, on n’en serait pas là aujourd’hui. »

– Vous n’êtes pas en odeur de sainteté dans l’Église. Quel regard portez-vous sur cette institution ?

« Quand on ouvre sa gueule, on ne fait pas carrière. Je n’ai pas fait carrière. C’est un choix. Je me suis aussi occupé des harkis, ce n’était pas très bien vu non plus. Je prends tout ça pour une grâce. Pour moi, seul le message de l’Évangile compte. Par contre, j’ai beaucoup d’espérance pour l’Église, grâce au pape justement qui reprend l’esprit du Concile qui était jusque-là mis sous le tapis. »

– Dans les médias, vous n’hésitez pas à confier votre difficile combat contre votre libido ou des sujets tabous. Pourquoi ?

« Il ne faut pas être faux cul. Le célibat, c’est difficile. Mais j’ai beaucoup plus d’admiration pour les gens fidèles qui réussissent leur mariage, l’éducation des enfants. Ce sont des saints. Moi, je n’aurais pas pu. »

Rencontre ce jeudi, à 20 heures, 6, rue Léon-Blum, à la médiathèque de Phalempin. Entrée libre. 

“Habemus papas !” de Antoine-Joseph Assaf

Le Père de La Morandais vous recommande la lecture du livre HABEMUS PAPAS de Antoine-Joseph Assaf

couv_habemuspapasHABEMUS PAPAS !

Lettre ouverte aux « papes de Rome »

« Le pape de Rome », c’est le titre donné au successeur de Pierre par les chrétiens d’Orient : à Benoît XVI, qui les invita à une croisade de l’Esprit ; à François, qui est venu les visiter en pèlerin de la Paix. C’est à ces deux papes, l’actuel et l’émérite, qu’Antoine-Joseph Assaf, philosophe franco-libanais, docteur d’État de la Sorbonne, adresse filialement cette salutation jubilatoire : Habemus papas !

Conférencier à l’École de Guerre et conseiller politique, l’auteur n’ignore rien des tensions qui travaillent les terres foulées, il y a deux mille ans, par un jeune et génial rabbin nommé Jésus. Son apostrophe érudite, palpitante, crépusculaire, mène du royaume de Jérusalem aux abords de l’État islamique, où agonise une présence chrétienne millénaire. Inlassable narrateur, il se fait tour à tour témoin, historiographe, islamologue, pour rentrer dans l’intelligence théologique d’une geste orientale qui féconda le catholicisme romain. Et distinguer, au terme de sa méditation, les portes du véritable Royaume…

Semaine de prière pour l’unité des chrétiens : L’unité est un miracle.

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Déjà les communautés chrétiennes des premiers temps avaient connu des problèmes de division. Ne nous en étonnons pas : l’ordinaire, c’est la division et l’extraordinaire , c’est l’unité. Comme l’a dit le cardinal Lustiger, en son temps : ” Ce n’est pas la division qui est un accident contre l’amour, c’est l’unité qui est un miracle de l’amour contre les divisions.” Il fut une période où la réalisation de l’unité oeucuménique consistait à vouloir “absorber” l’autre . Epoque révolue ! C’était le temps où le catholique disait : ” Qu’ils reviennent donc à notre Eglise qu’ils ont quittée !” Ce à quoi le “séparé” – protestant par exemple – répliquait : ” Mais que les catholiques se convertissent enfin à la Réforme !”, tandis que, de son côté, l’orthodoxe pensait : “Nous, nous sommes l’Eglise des origines : ce sont les autres qui se sont séparés !”

Ce stade est dépassé, ce qui ne signifie pas que la tentation de réagir de la sorte n’existe pas. Puis une nouvelle manière de concevoir l’unité a vu le jour : elle partait de l’idée que chaque Eglise, se voulant fidèles à Jésus Christ , possède sa part d’authenticité. Et d’en conclure : acceptons nous mutuellement tels que nous sommes . Commençons à établir entre nous des liens de fraternité , en découvrant respectueusement nos différences , à prier ensemble, à travailler au service de la justice et de la solidarité, à établir entre nous la communion eucharistique . Ainsi nous serons ensemble l’Eglise de Jésus Christ , avec ses infirmités , ses différences et aussi ses richesses . Cette attitude paraissait sensiblement plus positive que la première mais un peu frileuse : “on se trouve bien comme ça !” Aujourd’hui, il semblerait que l’oeucuménisme s’oriente lentement vers une troisième attitude où chaque Eglise pourrait écouter les questions que lui posent les autres au nom de la fidélité au Christ . Ecouter l’interpellation de l’autre n’est pas sacrifier sa propre conviction , qui représente justement la question que l’on pose à l’autre . Originellement, l’unité ne nous a pas été donnée comme une sorte de capital initial , comme une sorte d’héritage qui en serait venu à être dilapidé ou qui se serait effrité par des dévaluations successives . L’unité n’est pas un beau vase de porcelaine fragile ou de cristal rare qui , d’accident en accident , se serait brisé. Originellement , chacune et chacun d’entre nous est marqué par la division , la cassure intérieure , qui fut longtemps appelée “péché originel”.

Notre propre unité de personne humaine , qui passe par l’incessante réconciliation des forces qui s’opposent en nous , de nos contradictions , est un lent et progressif apprentissage de construction , d’édification . De même l’Eglise qui est le temple de Dieu fait de pierres vivantes .

Que d’efforts , de sueurs et de grimaces , de blessures , et surtout que de temps pour tenter de nous unifier nous mêmes ! Et nous nous impatientons devant la lenteur des Eglises à se réconcilier ? Il est à craindre plutôt que nous soyons au bout du compte davantage tentés par l’indifférence que par l’impatience … Peut-être qu’au fond de nous mêmes ces divisions des Eglises ne nous touchent guère ? “Laissons cela aux spécialistes et prenons en notre parti !” C’est une tentation . Mais cela reviendrait à désespérer de lutter, nous mêmes , contre nos propres faiblesses , contre tout ce qui nous divise . Autant dire que c’est alors compter pour rien la grâce du Baptême , le signe de l’Eucharistie et de la réconciliation ; Autant dire que ce n’est plus croire en la conversion de l’homme , ni dans l’appel de l’Esprit à sans cesse tendre vers l’unité et que c’est tenir l’Amour pour peu de chose !

Spirituellement , l’unité d’une Eglise se fait par le consentement du fond du coeur à une décision prise pour l’intérêt général, c’est à dire l’avenir, passant sans doute par le sacrifice d’autres désirs ou d’autres intérêts . Le garant de cette unité pour l’Eglise universelle, qui engage l’avenir, est l’évêque de Rome , élu par ses pairs , et non pas les témoins nostalgiques du passé , si remarquable qu’ait pu être leur dévouement ancien . L’unité d’une communauté d’Eglise passe toujours , dans les petites choses comme dans les grandes , par la Croix . La communion dans l’amour fraternel passe toujours , à un moment donné ou à un autre , par cela qui s’appelle “la Croix” : une certaine forme de sacrifice , de souffrance ; celle d’un enfantement, d’une nouvelle naissance . Se convertir , c’est répondre à Son appel , en se souvenant bien qu’ Il nous a prévenu : « je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups . » (Luc X, 2)

Père Alain De La Morandais