Dieu revient au Top : Les majors du disque ont la foi

Le Père Alain de La Morandais vous recommande la lecture de cet article de RFI.
Notre Dame de Paris

Des Prêtres à Grégory Turpin, des artistes ouvertement chrétiens s’invitent dans les bacs de disques, et pas seulement dans les magasins d’artisanat monastique. Mieux : les majors du disque s’intéressent à ce secteur, très puissant aux États-Unis et sous-évalué en Europe.

Oui, Dieu revient. Ou, du moins, c’est le sentiment qu’éprouvent les médias parisiens, étonnés de plusieurs performances commerciales, ces derniers années, d’artistes ou de projets ne dissimulant pas leur foi et leur engagement chrétien. Rien de comparable encore à l’enracinement de cette expression aux États-Unis, pays d’un pluralisme chrétien particulièrement fécond en expressions musicales (ainsi, trois Grammy awards sont décernés : best gospel performance or song, best contemporary Christian music performance or song et best roots gospel album).

Mais quelques signes mis bout à bout font sens : le troisième album des Prêtres, groupe de trois ecclésiastiques catholiques, a été classé numéro 1 des ventes dès la semaine de sa sortie, au printemps dernier, et a sans peine atteint le disque de diamant des 500 000 exemplaires vendus. Le chanteur Grégory Turpin vient de revenir, après le succès du disque Thérèse, vivre d’amour, composé et produit par Grégoire sur des textes de sainte Thérèse de Lisieux et chanté par Natasha St-Pier et Anggun, et auquel il participait.
Grégory Turpin a donc publié il y a peu son troisième album, Racines. Le jeune Occitan, passé par la vie monastique, la drogue et toutes les couleurs de la pop, est aussi la première signature du label Credo, créé au sein de la division classique de la major du disque Universal. Et c’est la curieuse rencontre de deux univers, qui amène des journalistes de variétés ou des programmateurs de radio à appréhender pour la première fois le dynamisme culturel « profane » du christianisme contemporain. Ainsi, Trouver dans ma vie ta présence que chante Gregory Turpin est connu par des millions de Français avant de passer une seule fois sur les ondes d’une radio : écrite et composée par Jean-Claude Gianadda au début des années 80, cette chanson s’est répandue de l’église catholique à tout le christianisme français – mouvements scouts compris – tandis qu’À toi la gloire est à l’origine un des hymnes protestants les plus célèbres, sur une mélodie d’Haendel.
C’est sans doute pourquoi la puissance de la chanson chrétienne est à la fois aussi discrète et surprenante. Discrète car les médias et une bonne partie de l’opinion considèrent qu’elle contrevient à une sorte de pacte laïc implicite, et surprenante car son audience se révèle de loin en loin imposante.

Le succès de Sœur Sourire et des Prêtres

Dans les années 50 et 60, un certain nombre de prêtres et de moines chantent. Il est vrai que, dans l’après-guerre et l’élan qui en résulte, face à la pression d’une jeunesse sans cesse plus nombreuse et pour laquelle l’Église cherche des contrefeux à « l’athéisme marxiste », la plupart des pays occidentaux voient apparaître des curés qui chantent. En France, ce sera le Père Duval, jésuite que son ordre laisse devenir chanteur à plein temps à partir de 1953 et qui fait chanter Qu’est ce que j’ai dans ma petite tête à plusieurs générations, le Père Cocagnac, ancien résistant dominicain qui donnera notamment des chansons à Graeme Allwright ou l’abbé Noël Colombier qui enregistrera entre autres un bel hommage au « mécréant » Georges Brassens…

Sœur Sourire conquiert le monde en 1963 avec Dominique, chanson écrite à propos du fondateur de l’ordre dominicain. Mais sœur Luc-Gabriel, née Jeanne-Paul Deckers, va connaître le Paradis et l’Enfer. Elle classe deux albums dans le Billboard américain, une performance inégalée pour un artiste francophone. Sa gloire internationale ne l’empêche pas de quitter les ordres en 1966. Sous le nom de Luc Dominique, elle va continuer à chanter Dieu, mais aussi les bienfaits de la contraception. Ce ne sera évidemment pas du goût des autorités dominicaines, pas plus que les rumeurs d’homosexualité la concernant, qu’elle ne dément pas.

Mais la pression de l’administration fiscale lui demandant des comptes sur les droits d’auteur et les royalties reversés à son couvent et à l’ordre dominicain compteront beaucoup dans sa décision de mettre fin à ses jours en 1985. La tragique fin de vie de Sœur Sourire a peut-être incité les gens d’église à plus de retenue vis-à-vis du monde des variétés, mais son succès a aussi confirmé que l’étrangeté de cette voie artistique et religieuse est un bon argument commercial.

C’est le coup de génie de Mgr Di Falco, né en 1941 et ayant grandi en écoutant le Père Duval en même temps que de la musique sacrée. Il comprend que, pour faire entendre la Parole, de vrais prêtres auront toujours plus de succès que des chanteurs professionnels munis de leur seule puissance vocale. Avec deux curés et un ancien séminariste au micro, le premier album des Prêtres sera neuf semaines en première place des ventes de disques en France en 2010.

 

Frère Alessandro chez Universal

On s’étonne ? Mais il n’est pas besoin de beaucoup chercher pour trouver des chansons à caractère plus ou moins directement religieux dans la variété – de Mireille Mathieu à Johnny Hallyday, de Nicoletta à Chimène Badi. Il est vrai que les grands maîtres de la chanson française moderne n’ont pas reculé devant le paradoxe. Ainsi, Georges Brassens peut se proclamer « Anticlérical fanatique/Gros mangeur d’ecclésiastiques », il reste que le nom de Dieu est un des mots les plus fréquemment employés dans les textes qu’il a écrits : soixante-trois chansons de sa main citent son nom, sans compter un certain nombre de chansons à la thématique plus ou moins ouvertement religieuse dont il est absent même si sa personne ou son action y apparaît partout, comme La Messe au pendu, ou des poèmes à teneur plus ou moins religieuse qu’il a mis en musique (La Prière de Francis Jammes, La Légende de la nonne de Victor Hugo, Pensée des morts d’Alphonse de Lamartine…). Et le rapport que Georges Brassens entretient à la religion et à la croyance continue de faire polémique, certains tenants d’une « brassensologie » orthodoxe affirmant qu’il est athée et que seule l’inspiration poétique jouant des pesanteurs et habitudes de la langue française expliquent cette fréquence des occurrences du nom divin dans ses chansons. Et, en face, d’autres commentateurs font remarquer que parler de Dieu dans une chanson sur trois n’est pas le signe d’un athéisme extrêmement cohérent.

Mais la France, pays pionnier dans l’établissement d’un état laïc, est aussi un pays irréligieux, ce qui aboutit à des paradoxes délicieux, comme lorsque Daniel Darc enregistre le texte du psaume 23 sur son album Crèvecœur – « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer… ». Lors d’une interview, une journaliste française lui demande s’il s’agit d’une traduction d’un gospel américain. Il explique qu’il s’agit du texte d’une Bible protestante en langue française. Et il voit qu’elle est soudain mal à l’aise. Comme il le dira dans un entretien, une dizaine d’années plus tard : « Elle est très mal, en fait. Elle est toute fière d’être athée, elle déteste le pape et les curés mais elle trouve formidables toutes ces chansons américaines avec God et Djizeusse. Et soudain, elle réalise que God et Djizeusse, c’est Dieu et Jésus ».

Et on n’en finit plus, surtout dans la vieille Europe du Sud catholique, de s’extasier de ce que Dieu puisse être chanté aujourd’hui et sur une musique d’aujourd’hui. Il n’est qu’à retourner voir sur Youtube les visages ébahis des membres du jury lors de l’audition à l’aveugle pendant la version italienne de l’émission The Voice de Sœur Cristina, religieuse voilée chantant du rock avec un feu surprenant. Mais c’est aussi d’Italie qu’est venu en 2012 un autre signe, avec la signature chez Universal du franciscain Frère Alessandro, premier moine engagé par une major depuis Sœur Sourire.

 

Les Prêtres Amen (TF1 Musique / Universal) 2014
Le site officiel des 
Prêtres 
Le Facebook des 
Prêtres

Grégory Turpin Racines (Credo / Universal) 2014
Le site officiel de 
Grégory Turpin
Le Facebook de 
Grégory Turpin

Natasha St-Pier et Anggun Thérèse, vivre d’amour (TF1 Musique / Universal) 2013
Le Facebook de 
Thérèse, vivre d’amour

Frère Alessandro Voice of Joy (Decca / Universal) 2013
Le site officiel de 
frère Alessandro

Sœur Cristina Sister Cristina (Division Classics Jazz / Universal) 2014
Le site officiel de 
sœur Cristina
Le Facebook de 
sœur Cristina 

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