Toucher : de l’annonciation à la visitation

LORENZO-LOTTO-ANNONCIATIONA la veille de la fête de l’ Incarnation, ce n’est pas pour rien que les effets de l’ Annonciation – autrement dit d’une Parole divine qui touche Marie – vont nous porter à méditer aussi sur la Visitation, au cours de laquelle la parole de Marie va jusqu’à faire tressaillir l’enfant qu’elle porte au plus intime de son corps.

Dans la scène de l’ Annonciation, nous contemplons une parole divine, portée par un messager angélique, qui touche si fort au coeur une femme que le consentement auquel elle s’abandonne en tressaillant se transforme en une réelle conception charnelle : la Parole divine acceptée, accueillie dans sa chair de femme, devient le Verbe de Dieu même, ensemencé mystérieusement sous la forme d’un infime embryon de belle race humaine. Là commence, dans cette secrète et amoureuse alliance des libertés, le mystère de l’ Incarnation : la puissance divine s’inscrivant dans les entrailles d’une femme !

Marie a été touchée jusqu’au plus intime des frontières indivisibles entre son coeur et sa texture charnelle : le Verbe de Dieu n’est pas un songe, une vision, une voix portée par un prophète ou un ange … Il est le Verbe qui se fait Corps d’ Homme ! Quand l’invisible se prépare aux germinations silencieuses qui feront émerger bientôt de l’embryonnaire un petit être humain, enfoui dans la béatitude intra-utérine, ce qui aurait pu paraître abstrait ou insaisissable – une parole, une promesse, un mot qui s’envolent ! – devient lentement bel et bien visible, et sensible, palpable, charnel : non seulement nous pouvons voir, mais encore mieux : toucher !

Et si cette méditation atteint en nous plus que nos puissances intellectuelles – c’est à dire ce qui est en nous aux jointures de l’âme et du corps ! – notre sensibilité elle-même sera touchée : peut-être jusqu’à en tressaillir.Rien du texte de Luc nous dit explicitement que Marie ait tressailli, mais tout le suggère, et cela est si vrai qu’en poursuivant la lecture jusqu’à la visitation, par deux fois, l’auteur inspiré use du mot « tressaillir », pour signifier combien la parole que Marie porte à sa cousine Elizabeth la touche tant que le double de son propre corps – l’enfant conçu – réagit physiquement en exultant dans ses entrailles.

Tant qu’une parole ne nous touche pas jusqu’à faire tressaillir notre corps, nous sommes encore dans le conceptuel, dans l’intellectuel désincarné …Tant que la Parole divine ne s’inscrit pas dans notre corps jusqu’à ce qu’il frémisse, exulte et pleure d’allégresse, nous sommes en dehors du champ réel du vrai spirituel. Une vérité qui ne nous passe pas par le corps – jusqu’à y laisser des traces ! – est une illusion, qui fait bien dire à l’expression populaire ce qu’elle signifie : « se payer de mots ! »Quand nous annonçons la foi, quand nous parlons d’amour, est-ce que le corps ne dénonce pas notre discours, en même temps que nous ventilons des mots ? Il le dénonce si l’on sent qu’il est hors du coup, dans le seul domaine des idées, et la vérification est là, expérimentale : nous ne sommes pas touchés !

C’est par le corps que nous touchons l’autre et le faisons tressaillir : à sa manière, le corps peut moins mentir !Quand il nous arrive de voir un visage pleurer de joie, le corps est plus qu’une parole : il devient Verbe et il s’inscrit pour toujours dans notre mémoire comme une espérance, comme un merci rendu : ces larmes sont comme un second baptême : elles purifient le coeur et nous apprennent à recevoir la caresse de Dieu, qui transfigure et irradie le visage et le corps tout entier.

Père Alain de La Morandais

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