La cuisine des anges – La Croix

Le Père de La Morandais vous recommande cette article publié dans La Croix.

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La cuisine des anges

JOVER Manuel

C’est une oeuvre emblématique de la sensibilité religieuse du Siècle d’or espagnol, qui mêle le divin à la réalité quotidienne même la plus triviale. On ne saurait pousser plus loin, en effet, cette intime interpénétration des domaines sacré et profane que ne le fait ici Bartolomé Esteban Murillo (1618-1682), en nous faisant assister à une scène de cuisine, où les cuisiniers sont… des anges.

Un miracle chez les franciscains

L’oeuvre fait partie d’un cycle, aujourd’hui dispersé, de treize tableaux commandés en 1645 par les franciscains de Séville pour le petit cloître de leur couvent, illustrant les miracles, les extases et les actes de charité de bienheureux franciscains.

Cette toile de grandes dimensions (450 × 180 cm) se réfère au miracle dont fut gratifié le F. Francisco, chargé de préparer les repas dans le monastère, et qui un jour trouva sa cuisine pillée. Désespéré, il se mit à prier et à demander de l’aide à Dieu, qui l’exauça: un repas fut préparé, par de célestes cuisiniers.

Sur la gauche, le supérieur du couvent et deux gentilshommes entrent et s’étonnent de trouver le moine en extase, comme suspendu dans un halo de lumière. Au centre, deux grands anges, l’un portant une grande jarre vide, l’autre une main posée sur un quartier de viande, discutent avec animation. Du mode de cuisson? Des quantités à cuire? Ils sont, en tout cas, très convaincants dans leur rôle et semblent très à l’aise dans leur mission. Et les autres ne chôment pas: l’un écume la marmite posée dans l’âtre, un autre dresse la table en alignant soigneusement les assiettes, les plus jeunes trient des légumes, broient des épices dans un mortier.

Collage d’espaces

Bref, tout se passe comme dans une vraie cuisine, et l’âpre réalisme des natures mortes, légumes, bassines en cuivre, jarres et pots en terre, assiettes en céramique blanche, ce réalisme presque « tactile » dont le jeune Murillo, à Séville même, avait trouvé de saisissants exemples chez ses aînés, Zurbaran ou Velasquez, confère le goût et l’odeur de la réalité concrète à cette scène miraculeuse. Les anges semblent chez eux dans cette cuisine. Et c’est le saint homme, lévitant dans son nimbe, qui paraît un « intrus », sa présence fantastique semble « trouer » l’image.

C’est qu’il y a, probablement, un collage d’espaces. Le moine en extase se situe sans doute dans sa cellule, où entrent les trois hommes, alors que le miracle advient dans un autre lieu, la cuisine. Mais aucune limite ne ferme les différents lieux qui se fondent ainsi l’un dans l’autre, en une progression latérale continue, dont les grands anges forment l’axe central et peut-être le pivot: en ce cas, on peut imaginer l’espace tourner autour d’eux tel un plateau desservant différents lieux et diverses actions, comme au théâtre.

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