Voix de celui qui crie …

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(Mc. I, 1-8)

Comment s’avancer jusqu’à la fête de la Nativité en demeurant des veilleurs, en ne sombrant pas dans le sommeil de l’hivernage spirituel ?Dès le premier dimanche de l’Avent, je vous invitais à réveiller les capacités qui peuvent être les nôtres d’écouter, et aujourd’hui, celles de parler, voire de proclamer ou de crier.

Osons nous parler ? Autrement dit, dans nos relations professionnelles ou sociales, nous arrive-t-il, par je ne sais quel respect humain, de craindre d’affirmer notre identité spirituelle ? Nous le savons, par expérience psychologique élémentaire :plus notre interlocuteur est en manque d’identité spirituelle, plus il attend de nous une claire affirmation de notre propre identité. C’est le renvoi de ce que nous sommes qui l’aide à devenir ce qu’il est .A plus forte raison pour un prêtre – «   – Pourquoi ne portez-vous pas une petite croix pour affirmer votre fonction sacerdotale ? «  Cette interrogation révèle plus la difficulté d’identification religieuse de l’   » agresseur  » que la dérobade religieuse de l’  « agressé « .Mais si cela peut aider l’autre à se construire, à se repérer, pourquoi ne pas laisser parler des signes clairs et distinctifs de son appartenance religieuse ?

Il n’y a pas si longtemps, dans la plupart des milieux intellectuels, il n’était pas si rare de se sentir environné d’une telle imprégnation marxiste de la pensée dominante que la liberté d’avoir une parole se référant au christianisme n’était pas donnée à tout le monde : le courage d’un  » parler vrai  » chrétien n’était pas chose facile et il n’y avait guère de prophètes de l’écroulement du marxisme .La fonction prophétique de proclamation est celle de mettre en valeur la nouvelle – la Bonne Nouvelle ! – , mais en s’effaçant devant elle. Jean-le Baptiste proclame l’arrivée du Messie, et dans sa parole même de proclamation, il s’efface devant lui . Tel est l’un des signes du vrai prophétisme :le vrai prophète ne récupère pas la parole ! Ni pour lui-même, ni pour la cause.

 

 

Savoir parler, savoir se taire. Savoir proclamer sans récupérer. La responsabilité du chrétien d’ouvrir la bouche est difficile dans la mesure où il n’est pas toujours aisé de trouver le ton juste : à trop en faire, on irrite et repousse, et trop rester dans la demi teinte, peut passer pour une crainte, une pusillanimité .Dans ce domaine, la loi médiatique de l’image est implacable. Prenons des risques quand même.

 » A travers le désert, une voix crie …  » Parler, proclamer ? Oui, mais crier ?

 

 

Dans notre vie ordinaire, s’il nous arrive de crier, c’est le plus souvent par impatience, à force d’avoir parlé sans avoir pû nous faire entendre : le cri est une forme d’expression de la violence de la parole. Le cri nous prend souvent par surprise, – cri de la souffrance, de l’émotion brutale, du désespoir, de l’appel au secours – et surprend celles et ceux qui sont touchés par l’expression soudaine de cette violence .Il y a une violence certaine de l’Esprit qui peut s’exprimer par le cri :  » Je suis venu apporter le feu sur la terre ! Pensez-vous que je suis apparu pour établir la paix ? « (Luc XII, 49) Il n’est pas possible de gommer ces phrases terribles de la Bonne Nouvelle. Mais suffit-il de crier pour jouer au prophète ?

Cette violence de l’Esprit me rappelle une anecdote : c’était en plein Mai 68 et certains, croyant lire des signes de l’Esprit dans les violences qui flamboyaient dans les cervelles, se réclamèrent de la  » non violence « , ce à quoi je leur objectais que, malgré le négatif par lequel ils s’imaginaient exorciser la violence, cette forme d’action demeurait une forme de violence et que s’ils s’inspiraient de l’Esprit pour ne pas faire violence aux corps, il leur vaudrait peut-être mieux parler de  » violence de l’Esprit   » que de non-violence.

Trente ans ans plus tard, ayant retrouvé un ancien étudiant de cette époque, devenu ethnologue spécialisé dans le monde canaque et ami d’un leader assassiné à cause de sa non violence, il m’avait confié:

 » – Toute sa lutte politique a été un combat spirituel, inspiré de ce que toi, tu appelais la violence de l’Esprit. Il a offert sa vie, par refus de la violence physique.  »

Père Alain de La Morandais

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