Dieu revient au Top : Les majors du disque ont la foi

Le Père Alain de La Morandais vous recommande la lecture de cet article de RFI.
Notre Dame de Paris

Des Prêtres à Grégory Turpin, des artistes ouvertement chrétiens s’invitent dans les bacs de disques, et pas seulement dans les magasins d’artisanat monastique. Mieux : les majors du disque s’intéressent à ce secteur, très puissant aux États-Unis et sous-évalué en Europe.

Oui, Dieu revient. Ou, du moins, c’est le sentiment qu’éprouvent les médias parisiens, étonnés de plusieurs performances commerciales, ces derniers années, d’artistes ou de projets ne dissimulant pas leur foi et leur engagement chrétien. Rien de comparable encore à l’enracinement de cette expression aux États-Unis, pays d’un pluralisme chrétien particulièrement fécond en expressions musicales (ainsi, trois Grammy awards sont décernés : best gospel performance or song, best contemporary Christian music performance or song et best roots gospel album).

Mais quelques signes mis bout à bout font sens : le troisième album des Prêtres, groupe de trois ecclésiastiques catholiques, a été classé numéro 1 des ventes dès la semaine de sa sortie, au printemps dernier, et a sans peine atteint le disque de diamant des 500 000 exemplaires vendus. Le chanteur Grégory Turpin vient de revenir, après le succès du disque Thérèse, vivre d’amour, composé et produit par Grégoire sur des textes de sainte Thérèse de Lisieux et chanté par Natasha St-Pier et Anggun, et auquel il participait.
Grégory Turpin a donc publié il y a peu son troisième album, Racines. Le jeune Occitan, passé par la vie monastique, la drogue et toutes les couleurs de la pop, est aussi la première signature du label Credo, créé au sein de la division classique de la major du disque Universal. Et c’est la curieuse rencontre de deux univers, qui amène des journalistes de variétés ou des programmateurs de radio à appréhender pour la première fois le dynamisme culturel « profane » du christianisme contemporain. Ainsi, Trouver dans ma vie ta présence que chante Gregory Turpin est connu par des millions de Français avant de passer une seule fois sur les ondes d’une radio : écrite et composée par Jean-Claude Gianadda au début des années 80, cette chanson s’est répandue de l’église catholique à tout le christianisme français – mouvements scouts compris – tandis qu’À toi la gloire est à l’origine un des hymnes protestants les plus célèbres, sur une mélodie d’Haendel.
C’est sans doute pourquoi la puissance de la chanson chrétienne est à la fois aussi discrète et surprenante. Discrète car les médias et une bonne partie de l’opinion considèrent qu’elle contrevient à une sorte de pacte laïc implicite, et surprenante car son audience se révèle de loin en loin imposante.

Le succès de Sœur Sourire et des Prêtres

Dans les années 50 et 60, un certain nombre de prêtres et de moines chantent. Il est vrai que, dans l’après-guerre et l’élan qui en résulte, face à la pression d’une jeunesse sans cesse plus nombreuse et pour laquelle l’Église cherche des contrefeux à « l’athéisme marxiste », la plupart des pays occidentaux voient apparaître des curés qui chantent. En France, ce sera le Père Duval, jésuite que son ordre laisse devenir chanteur à plein temps à partir de 1953 et qui fait chanter Qu’est ce que j’ai dans ma petite tête à plusieurs générations, le Père Cocagnac, ancien résistant dominicain qui donnera notamment des chansons à Graeme Allwright ou l’abbé Noël Colombier qui enregistrera entre autres un bel hommage au « mécréant » Georges Brassens…

Sœur Sourire conquiert le monde en 1963 avec Dominique, chanson écrite à propos du fondateur de l’ordre dominicain. Mais sœur Luc-Gabriel, née Jeanne-Paul Deckers, va connaître le Paradis et l’Enfer. Elle classe deux albums dans le Billboard américain, une performance inégalée pour un artiste francophone. Sa gloire internationale ne l’empêche pas de quitter les ordres en 1966. Sous le nom de Luc Dominique, elle va continuer à chanter Dieu, mais aussi les bienfaits de la contraception. Ce ne sera évidemment pas du goût des autorités dominicaines, pas plus que les rumeurs d’homosexualité la concernant, qu’elle ne dément pas.

Mais la pression de l’administration fiscale lui demandant des comptes sur les droits d’auteur et les royalties reversés à son couvent et à l’ordre dominicain compteront beaucoup dans sa décision de mettre fin à ses jours en 1985. La tragique fin de vie de Sœur Sourire a peut-être incité les gens d’église à plus de retenue vis-à-vis du monde des variétés, mais son succès a aussi confirmé que l’étrangeté de cette voie artistique et religieuse est un bon argument commercial.

C’est le coup de génie de Mgr Di Falco, né en 1941 et ayant grandi en écoutant le Père Duval en même temps que de la musique sacrée. Il comprend que, pour faire entendre la Parole, de vrais prêtres auront toujours plus de succès que des chanteurs professionnels munis de leur seule puissance vocale. Avec deux curés et un ancien séminariste au micro, le premier album des Prêtres sera neuf semaines en première place des ventes de disques en France en 2010.

 

Frère Alessandro chez Universal

On s’étonne ? Mais il n’est pas besoin de beaucoup chercher pour trouver des chansons à caractère plus ou moins directement religieux dans la variété – de Mireille Mathieu à Johnny Hallyday, de Nicoletta à Chimène Badi. Il est vrai que les grands maîtres de la chanson française moderne n’ont pas reculé devant le paradoxe. Ainsi, Georges Brassens peut se proclamer « Anticlérical fanatique/Gros mangeur d’ecclésiastiques », il reste que le nom de Dieu est un des mots les plus fréquemment employés dans les textes qu’il a écrits : soixante-trois chansons de sa main citent son nom, sans compter un certain nombre de chansons à la thématique plus ou moins ouvertement religieuse dont il est absent même si sa personne ou son action y apparaît partout, comme La Messe au pendu, ou des poèmes à teneur plus ou moins religieuse qu’il a mis en musique (La Prière de Francis Jammes, La Légende de la nonne de Victor Hugo, Pensée des morts d’Alphonse de Lamartine…). Et le rapport que Georges Brassens entretient à la religion et à la croyance continue de faire polémique, certains tenants d’une « brassensologie » orthodoxe affirmant qu’il est athée et que seule l’inspiration poétique jouant des pesanteurs et habitudes de la langue française expliquent cette fréquence des occurrences du nom divin dans ses chansons. Et, en face, d’autres commentateurs font remarquer que parler de Dieu dans une chanson sur trois n’est pas le signe d’un athéisme extrêmement cohérent.

Mais la France, pays pionnier dans l’établissement d’un état laïc, est aussi un pays irréligieux, ce qui aboutit à des paradoxes délicieux, comme lorsque Daniel Darc enregistre le texte du psaume 23 sur son album Crèvecœur – « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer… ». Lors d’une interview, une journaliste française lui demande s’il s’agit d’une traduction d’un gospel américain. Il explique qu’il s’agit du texte d’une Bible protestante en langue française. Et il voit qu’elle est soudain mal à l’aise. Comme il le dira dans un entretien, une dizaine d’années plus tard : « Elle est très mal, en fait. Elle est toute fière d’être athée, elle déteste le pape et les curés mais elle trouve formidables toutes ces chansons américaines avec God et Djizeusse. Et soudain, elle réalise que God et Djizeusse, c’est Dieu et Jésus ».

Et on n’en finit plus, surtout dans la vieille Europe du Sud catholique, de s’extasier de ce que Dieu puisse être chanté aujourd’hui et sur une musique d’aujourd’hui. Il n’est qu’à retourner voir sur Youtube les visages ébahis des membres du jury lors de l’audition à l’aveugle pendant la version italienne de l’émission The Voice de Sœur Cristina, religieuse voilée chantant du rock avec un feu surprenant. Mais c’est aussi d’Italie qu’est venu en 2012 un autre signe, avec la signature chez Universal du franciscain Frère Alessandro, premier moine engagé par une major depuis Sœur Sourire.

 

Les Prêtres Amen (TF1 Musique / Universal) 2014
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Prêtres 
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Prêtres

Grégory Turpin Racines (Credo / Universal) 2014
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Grégory Turpin
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Grégory Turpin

Natasha St-Pier et Anggun Thérèse, vivre d’amour (TF1 Musique / Universal) 2013
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Thérèse, vivre d’amour

Frère Alessandro Voice of Joy (Decca / Universal) 2013
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frère Alessandro

Sœur Cristina Sister Cristina (Division Classics Jazz / Universal) 2014
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sœur Cristina
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sœur Cristina 

La sainte Famille

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La fête liturgique de la sainte Famille est une fête moderne, puisqu’elle fut instituée par Léon XIII.
Dans les premiers siècles, la liturgie célébrait plutôt les grands évènements qui marquent les étapes de la Rédemption : Noël, Epiphanie, Pâques. Seule la curiosité populaire, qui s’exprimait dans les légendes des évangiles apocryphes, porta son attention sur la vie cachée de Jésus à Nazareth. La piété moderne a retrouvé d’instinct toutes les richesses de l’enseignement de cette vie cachée du Messie, à tel point qu’une nouvelle famille religieuse, les Petites Soeurs et les Petits Frères de Jésus, est née de l’héritage spirituel du Père de Foucauld et s’est donnée pour but d’imiter « la vie de l’humble et pauvre ouvrier de Nazareth ».Aucun de nous, bien sûr, n’a fait choix ni de sa famille, ni de sa race, ni de son milieu, ni de son éducation, ni même de la religion dans laquelle il a été éduqué. Cela est contenu dans le mystère de chacune de nos destinées et Dieu en est l’unique initiateur .Mais voilà qu’au contraire pour Jésus, son état de vie a été l’objet d’un choix souverainement libre ! Ce fait est unique et l’on comprend de suite l’importance particulière qui y est attaché : Dieu a choisi pour son propre Fils sa famille, sa mère, son milieu social, son mode de subsistance, sa place dans une société humaine donnée. C’est donc qu’il y avait un amour de préférence de la part de Dieu pour cet état de vie choisi pour son Fils, et par son Fils, puisque leurs volontés étaient communes.
Il y a aussi, dans cette décision divine, une volonté de nous apprendre quelque chose par ce choix même. Et voici l’état de vie choisi par Dieu pour son Fils bien aimé : Jésus nait dans une famille modeste, mais d’origine noble, dans un village assez obscur. La famille de Nazareth n’est certes pas dans la pauvreté, qui n’est jamais un bien, mais elle vit dans une condition laborieuse. Le Fils de Dieu va disparaitre pendant trente ans parmi les hommes, en adoptant l’existence la plus commune, la plus éloignée des situations extrêmes qui auraient pû le faire remarquer.
Il n’est pas utile de chercher à imaginer ce que pouvait être ce niveau de vie par référence aux distinctions sociales et économiques actuelles. Les institutions et la mentalité israéliennes de cette époque étaient si foncièrement différentes de la nôtre que tout rapprochement ne pourrait être qu’artificiel et vain. Ce qui est certain c’est que l’état de vie choisi par Jésus, pour sa famille et lui-même, fut celui des gens modestes qui gagnent leur vire au jour le jour dans une entreprise artisanale par le travail manuel . Jésus était ouvrier artisan avec son père, et il n’échappe à aucune servitude de sa condition : fatigue du labeur physique, perception du salaire, exigences des clients, injustices sociales propres à son époque, journées sans travail et toutes ces difficultés quotidiennes qui sont le lot des travailleurs de tous les temps, de toutes les époques et de tous les pays.
Aux yeux des siens et de ses concitoyens, c’étaient les gestes et les peines les plus quotidiennes qui remplissaient son existence toute simple et tout ordinaire .Une vie toute banale, comme la nôtre ? Oui, dans son aspect extérieur .C’est un ensevelissement dans l’obscurité, mais non pas un retrait de la société et des hommes de son temps. Au contraire, une immersion dans la vie . Ce n’est pas en s’isolant des hommes que Jésus mena cette vie cachée, mais, tout au contraire, c’est en se mêlant le plus possible à eux, en se perdant au mileu d’eux comme levain dans la pâte, que Jésus cache sa véritable personnalité. Un homme bien présent au monde, à ce monde dont il vivait déja toutes les peurs, les inquiétudes et les angoisses. Tel est un des aspects essentiels de la vie de Jésus à Nazareth : vie humble, familiale et laborieuse.« Il descendit avec eux et alla à Nazareth, et il leur était soumis. »« Il descendit, s’enfonça, s’humilia … ce fut une vie d’humilité :Dieu, vous paraissez homme ; homme, vous vous faites le dernier des hommes ; ce fut une vie d’abjection, jusqu’à la dernière des dernières places; vous êtes descendu avec eux pour y vivre de leur vie, de la vie des pauvres ouvriers, vivant de leur labeur; ils étaient obscurs, vous avez vécu dans l’ombre de leur obscurité. Vous allates à Nazareth, petite ville perdue, cachée dans la montagne, d’où « rien de bon ne sortait », disait-on; c’était la retraite, l’éloignement du monde et des capitales .Vous leur étiez soumis, soumis comme un fils l’est à son père, à sa mère ;c’était une vie de soumission, de soumission filiale; vous obéissez en tout ce qu’obéit un bon fils. »(Charles PEGUY)

Père Alain de La Morandais

Interdites d’école par Jeannette Bougrab

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Le Père de La Morandais a aimé le documentaire de Jeannette Bougrab INTERDITES D’ECOLE sur CANAL +.

64 MILLIONS DE PETITES FILLES TOUJOURS PRIVÉES D’ÉCOLE

En octobre dernier, le prix Nobel de la paix a été décerné à Malala, 17 ans, grièvement blessée par des talibans en 2012 parce qu’elle militait pour le droit à l’éducation. Comment peut-on encore aujourd’hui interdire à des petites filles d’aller à l’école? Jeannette Bougrab, ancienne ministre et présidente de la Halde, désormais membre du Conseil d’État, s’est rendue aux quatre coins de la planète pour rencontrer ces “damnées” de l’école et leurs bourreaux et en tirer un documentaire de 90 minutes.

 

>> RETROUVEZ UNE INTERVIEW DE JEANNETTE BOUGRAB ET LE DOCUMENTAIRE >> 

 

Le Pape poursuit sa lutte contre l’«esclavage moderne», Le Figaro

Le Père de La Morandais vous recommande l’article de Jean-Marie Guénois
dans le Figaro.

Le pape François, le 10 décembre, au Vatican.

En vue de la Journée mondiale pour la paix, célébrée le 1er janvier, le pape François a fait appel aux États, aux entreprises et aux consommateurs pour mettre un terme aux formes d’esclavage qui subsistent dans le monde contemporain.

Le pape François continue son offensive contre «l’esclavage moderne» en vue «d’éliminer la culture de l’asservissement». Certes, reconnaît-il, dans un long message très poignant et publié mercredi en vue de la Journée mondiale pour la paix, le 1er janvier prochain, «l’esclavage, crime de lèse humanité, a été formellement aboli dans le monde» mais, insiste-t-il, «le fléau toujours plus répandu de l’exploitation de l’homme par l’homme» subsiste.

C’est un «abominable phénomène» qui prend «de nouvelles formes» et qui «conduit à piétiner la dignité et les droits fondamentaux». Il touche selon François «des millions de personnes, enfants, hommes et femmes de tout âge». Ces derniers sont «privés de liberté» et se trouvent «contraints de vivre dans des conditions assimilables à celles de l’esclavage», manipulés par «des réseaux internationaux» et par «la corruption» à tous les étages.

D’où son appel direct aux États, en particulier, pour qu’ils «veillent à ce que leurs propres législations nationales sur les migrations, sur le travail, sur les adoptions, sur la délocalisation des entreprises et sur la commercialisation des produits fabriqués grâce à l’exploitation du travail soient réellement respectueuses de la dignité de la personne.»

D’où son appel aux entreprises parce qu’elles ont «le devoir de garantir à leurs employés des conditions de travail dignes et des salaires convenables, mais aussi de veiller à ce que des formes d’asservissement ou de trafic de personnes humaines n’aient pas lieu dans les chaînes de distribution.»

D’où son appel aux consommateurs. Avec «la responsabilité sociale de l’entreprise» il existe, souligne le Pape, une «responsabilité sociale du consommateur» car chaque personne devrait avoir conscience qu’«acheter est non seulement un acte économique mais toujours aussi un acte moral.»

Rompre «la mondialisation de l’indifférence»

Devant «ce phénomène mondial qui dépasse les compétences d’une seule communauté ou nation», le Pape veut rompre «la mondialisation de l’indifférence» en encourageant chacun à être «artisan d’une mondialisation de la solidarité et de la fraternité». Il veut bousculer les consciences parce que «certains d’entre nous, par indifférence ou parce qu’assaillis par les préoccupations quotidiennes, ou pour des raisons économiques, ferment les yeux.»

Ainsi s’emploie-t-il dans la dernière partie de ce long message, à décrire cette réalité à travers une litanie de la misère où chaque paragraphe est introduit par un «je pense» mais qui pourrait prendre la forme d’un «j’accuse».

«Je pense aux nombreux travailleurs et travailleuses, même mineurs, asservis dans différents secteurs, du travail domestique au travail agricole, de l’industrie manufacturière au secteur minier, tant dans les pays où la législation du travail n’est pas conforme aux normes et aux standards minimaux internationaux que, même illégalement, dans les pays où la législation protège le travailleur.»

Puis: «Je pense aussi aux conditions de vie de nombreux migrants qui, dans leur dramatique parcours, souffrent de la faim, sont privés de liberté, dépouillés de leurs biens ou abusés physiquement et sexuellement». Et «à ceux d’entre eux qui, arrivés à destination après un voyage dans des conditions physiques très dures et dominé par la peur et l’insécurité, sont détenus dans des conditions souvent inhumaines.»

«Oui, je pense au travail esclave!»

Vient alors ce cri: «Oui, je pense au travail esclave!» Pour «ceux que les diverses circonstances sociales, politiques et économiques poussent à vivre dans la clandestinité, et à ceux qui, pour rester dans la légalité, acceptent de vivre et de travailler dans des conditions indignes, spécialement quand les législations nationales créent ou permettent une dépendance structurelle du travailleur migrant par rapport à l’employeur, en conditionnant, par exemple, la légalité du séjour au contrat de travail…»

Il évoque également «les personnes contraintes de se prostituer» dont «beaucoup de mineures», les «esclaves sexuels», les «femmes forcées de se marier, à celles vendues en vue du mariage ou à celles transmises par succession à un membre de la famille à la mort du mari sans qu’elles aient le droit de donner ou de ne pas donner leur propre consentement.»

Et François de compléter: «Je ne peux pas ne pas penser à tous ceux qui, mineurs ou adultes, font l’objet de trafic et de commerce pour le prélèvement d’organes, pour être enrôlés comme soldats, pour faire la mendicité, pour des activités illégales comme la production ou la vente de stupéfiants, ou pour des formes masquées d’adoption internationale.»

Enfin, en relation directe avec l’actualité des chrétiens du Moyen-Orient et aux autres communautés soumises au joug de l’État islamique en Irak et en Syrie, François termine ainsi cette longue dénonciation: «Je pense enfin à tous ceux qui sont enlevés et tenus en captivité par des groupes terroristes, asservis à leurs fins comme combattants ou, surtout en ce qui concerne les jeunes filles et les femmes, comme esclaves sexuelles. Beaucoup d’entre eux disparaissent, certains sont vendus plusieurs fois, torturés, mutilés, ou tués.»

Noël 2014

Le Fils de Dieu s’est fait chair pour nous apprendre un combat . Le combat de la Lumière contre les ténèbres.
L’Enfant qui nait au creux d’un rocher nu de la terre de Judée inaugure un combat . Il s’engage charnellement contre la Mort . Une lutte inouïe . Toutes les forces du cosmos participent à l’enjeu , du fond de cette Nuit de l’ Histoire : un astre annonce , les anges frémissent et prophétisent la victoire , les pauvres et les puissants s’inclinent .
Mais à peine la Paix et la Gloire sont-elles promises que l’Enfant doit fuir sa patrie , traverser le désert et connaître l’exil , que la répression s’abat , féroce et sanglante , sur des enfants innocents , que les polices impériales dépêchent espions et délateurs pour protéger un trône !
Le Fils de l’Homme , à peine né , devient le compagnon des exclus , des étrangers , des nomades , des émigrés , de tous ceux qui n’ont pas de lieu pour se fortifier , pas de camps retranchés .
Au commencement était la lutte , celle des quatre éléments … et l’Esprit de Dieu planait sur les eaux .
Au commencement était l’ Enfant , celui qui annonce que l’homme n’est pas né pour mourir mais pour commencer . Et recommencer .
Noël , célébration des commencements et des recommencements n’est pas toujours la fête des petits bonheurs tranquilles : l’ Enfant nait dans la précarité , l’aventure . le massacre se prépare . La rumeur de sa naissance fait trembler le pouvoir .
Le Christ nait et renait , commence et recommence , dans un monde où il y a d’abord un rapport de forces .
La promesse de Paix et de Justice qui nous est faite est un défi à la soumission , à l’injustice , à la violence et à la guerre . Un défi qui passe par nos mains et par nos cœurs . Une liberté prête à renaître sans cesse et à recommencer , pour crier et chanter son refus de la fatalité .
On ne peut entreprendre de modifier tout rapport de forces que si on a la force de le faire -) cela peut commencer humblement par la fuite et l’exil ! – , une force d’âme . Et cette force d’âme peut tressaillir en nous par la promesse du Fils de Dieu , depuis Bethléem jusqu’au Golgotha : les forces de mort seront vaincues !
Cette nuit de Noël , une fois , une fois encore , une lutte nouvelle s’est inaugurée et a recommencé : celle de la Lumière contre toute Nuit !
Puissions nous , en ce soir de Noël , en être les témoins vivants , vigoureux et convaincus.

Pere Alain de La Morandais

Le Pape et un colibri caraïbe

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Dominant la rade de Fort de France, en Martinique, il est une terrasse comme blottie dans un jardin botanique tant la variété des espèces végétales offre un écrin de verdures et de fleurs aux bienheureux occupants de cette habitation, qui usent de ce refuge dès le lever du soleil , en dégustant le café du petit déjeuner, ou pour un air de sieste en balance dans le hamac indien et pour siroter le ti’punch du soir. Des lézards, qui portent le doux nom d’anolis, courent sous le toit de feuilles séchées de palmiers qui protègent des pluies tropicales, de sortes de petits ragondins au pelage roux font gémir les jeunes filles qui les prennent pour des rats triviaux et des oiseaux, aussi insolents que les piafs de Paname, s’emparent de la table à manger pour picorer des miettes ou même planter leurs becs jaunes dans la confiture de goyaves.
Les alizés font se becqueter les palmes des chamaerops, cousins de ceux de Bretagne ou des plaines du Béarn, et nombre d’arbrisseaux, de plantes et de feuillages bruissent jour et nuit comme des sources intarissables. Le visiteur curieux de nommer toutes ces espèces arboricoles – car leurs noms murmurés ou susurrés dans la bouche ajoutent aux charmes de cette musique singulière la joie du plaisir de mémoire – , après avoir reconnu les cocotiers et les bananiers, les bougainvillées, les hibiscus, les anthurium, les amandas et les oiseaux de paradis, les papayers ou l’arbre à pain, les avocatiers et les manguiers, peut se pencher et savourer la lecture de quelques étiquettes : dame de la nuit, chapeau chinois, bois d’Inde, queue de chat, plante serpent, chou cochon, figuier étrangleur, trompette d’ange, figuier clown, coco macaque, fleur de coquillage … et pince de homard pendante !
Reste que l’hôte le plus chamarré, le plus silencieux et le plus véloce, le plus subtil et digne de toutes les curiosités dans ce petit paradis de couleurs et de parfums est un oiseau minuscule, qu’il n’est qu’une manière de retenir quelques secondes pour l’admirer dans son vol suspendu en quasi immobilité : remplir son abreuvoir d’une eau coupé de sirop de grenadine. Le colibri, loin d’être goulu, plonge son long bec effilé et courbé dans l’orifice lui offrant son breuvage et, sans que l’observateur ait eu le temps de distinguer sa gorge verte comme une émeraude, et se fond dans les vernis verts qui le ravissent au regard ébloui.
Or, ce matin-là, un colibri encore jouvenceau entendit de la bouche d’un voyageur assis sur la terrasse un nom étrange qu’il n’avait encore jamais ouï de toute sa courte vie :  » – Cuba ! Cuba ! » Le soir, de retour au logis – les oiseaux-mouches passent leur journée a se nourrir de nectars fleurs et d’insectes – il demanda à son papa ce que pouvait bien signifier le mot de « Cuba ». Une fois renseigné, et même assuré que de lointains cousins vivaient là-bas, il s’endormit comme une pierre précieuse, non sans former un projet insensé.
Avant même que l’aurore « aux doigts de rose » n’ait baigné la nacelle de son nid, le jeune colibri avait filé d’un trait jusqu’au port, voltigé dans le pavillon bleu et rouge d’un cargo cubain, qui appareillait, et s’était glissé sous la bâche blanche d’un canot de sauvetage, où il eut la surprise de découvrir un passager clandestin, en l’espèce d’une mangouste qui voulait gagner Saint Domingue et le rassura sur la destination finale du navire. Le petit oiseau sut guider sa compagne de voyage vers les arrière-cuisines, qui y trouva pendant dix jours de quoi refaire ses forces, tandis qu’elle l’introduisit dans une cale remplie de sacs de cassonade, de bananes – figues , et jusqu’aux bouquets de fleurs qui ornaient chaque jour la salle à manger du pacha. Moyennant quoi leur traversée fut sans péril et sans gloire.
Parvenus dans le grand port de La Havane, la mangouste disparut sans un au-revoir et le colibri dépité survola la grande baie, se fourvoya au-dessus du Malecon, qui n’offrait pas un seul jardin au gracieux volatile affamé et parvint jusqu’au fastueux quartier chic de Miramar, qui abritait les villas opulentes, regorgeantes de frondaisons et de massifs abondamment fleuris. Il ne tarda pas à se lier d’amitié avec de nombreux cousins cubains, et même à filer l’amourette avec une mam’zelle colibri à la gorge rouge révolutionnaire; celle ci, probablement endoctrinée depuis belle lurette par le Parti du « commandante », se fit un devoir de l’arracher au luxe des ambassades pour le conduire jusqu’à la Plaza de la Révolucion, où ils se nichèrent toute une nuit d’amour dans l’oeil droit du gigantesque portrait du Che, recouvrant l’imposante et disgracieuse façade du Ministère de l’Intérieur, en face de l’interminable colonnade dédiée à José Marti, le père glorieux de l’Indépendance.
Au petit grand matin, une vaste rumeur les tira de leurs étreintes ensommeillées et ils découvrirent avec stupéfaction qu’une foule de plus en plus compacte s’agglomérait sur la Place, comme aux plus belles heures de la Révolution. Deux podiums majestueux avaient été dressés, l’un appuyé contre la Bibliothèque nationale et l’autre contre la colonne blanche de Marti :  » – Celle ci est traditionnellement réservée au Commandante », observa la colibrette, en se demandant :  » – A quel grand personnage est réservée celle d’en face ? »
A la fin de la chaude matinée, la Place, plus que comble, débordait de groupes de plus en plus compacts et résonnait de chants profonds et pacifiques, repris en choeur par ce qui représentait déjà un bon million de personnes. Un vieillard, revêtu d’une robe blanche, s’avança lentement sur un véhicule automobile au milieu des cris et des vivats de la foule qui agitait de petits drapeaux, tandis que le grand Barbudo, qui avait abandonné son battle-dress militaire, s’installait à la tribune officielle ventrue et chamarrée comme un gallion espagnol gorgé des ors et des épices d’Amérique. Une longue cérémonie, ponctuée de cantiques et d’acclamations, de danses et d’ abrazos, fit s’incliner, s’agenouiller, se relever, applaudir ou se recueillir la si considérable assistance.
Soudain un murmure immense de surprise fit s’exclamer le peuple, pétri pat l’émotion, la ferveur, la sueur et l’espérance : la calotte immaculée recouvrant le chef du vieil homme en blanc se détacha au-dessus de sa tête, s’éleva dans les airs et fut déposée entre les mains du Commandante.
Saisi par l’Esprit, le colibri, s’étant découplé de sa petite camarade, avait saisi l’instant de cette rencontre publique, digne des annales de l’Histoire, pour lui donner un signe d’envol et d’humour sur lequel toutes les gazettes du monde entier jasèrent jusqu’à nos jours. Mais jusqu’en Martinique personne ne sut qui fut le vrai héros inspiré de cette histoire unique.

Père Alain de La Morandais

Conte de Noël

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Une mésange demanda à une colombe :

 » – Dis-moi le poids d’un flocon de neige …? »
 » – Moins que rien !  » , répondit-elle.

La mésange dit alors :

 » – Dans ce cas , je dois te raconter une histoire : j’ étais posée sur la branche d’un sapin , près du tronc , quand il commença à neiger … Il ne s’agissait pas d’une grande tempête , non ! C’était comme dans un rêve : il neigeait silencieusement et doucement . Dans la mesure où je n’avais rien à faire , je me mis à compter les flocons qui tombaient sur les brindilles de ma branche . J’en étais à 3 741 952 quand un flocon de plus tomba sur la branche – « moins que rien ! » , as-tu dit ? – … et la branche cassa .

Ayant fini son histoire , la mésange s’envola.

La colombe , une autorité en la matière depuis Noé , médita un moment cette histoire et finalement se dit :

 » – Peut-être ne manque-t-il qu’une seule voix humaine pour que la Paix advienne
en ce monde. »

Toucher : de l’annonciation à la visitation

LORENZO-LOTTO-ANNONCIATIONA la veille de la fête de l’ Incarnation, ce n’est pas pour rien que les effets de l’ Annonciation – autrement dit d’une Parole divine qui touche Marie – vont nous porter à méditer aussi sur la Visitation, au cours de laquelle la parole de Marie va jusqu’à faire tressaillir l’enfant qu’elle porte au plus intime de son corps.

Dans la scène de l’ Annonciation, nous contemplons une parole divine, portée par un messager angélique, qui touche si fort au coeur une femme que le consentement auquel elle s’abandonne en tressaillant se transforme en une réelle conception charnelle : la Parole divine acceptée, accueillie dans sa chair de femme, devient le Verbe de Dieu même, ensemencé mystérieusement sous la forme d’un infime embryon de belle race humaine. Là commence, dans cette secrète et amoureuse alliance des libertés, le mystère de l’ Incarnation : la puissance divine s’inscrivant dans les entrailles d’une femme !

Marie a été touchée jusqu’au plus intime des frontières indivisibles entre son coeur et sa texture charnelle : le Verbe de Dieu n’est pas un songe, une vision, une voix portée par un prophète ou un ange … Il est le Verbe qui se fait Corps d’ Homme ! Quand l’invisible se prépare aux germinations silencieuses qui feront émerger bientôt de l’embryonnaire un petit être humain, enfoui dans la béatitude intra-utérine, ce qui aurait pu paraître abstrait ou insaisissable – une parole, une promesse, un mot qui s’envolent ! – devient lentement bel et bien visible, et sensible, palpable, charnel : non seulement nous pouvons voir, mais encore mieux : toucher !

Et si cette méditation atteint en nous plus que nos puissances intellectuelles – c’est à dire ce qui est en nous aux jointures de l’âme et du corps ! – notre sensibilité elle-même sera touchée : peut-être jusqu’à en tressaillir.Rien du texte de Luc nous dit explicitement que Marie ait tressailli, mais tout le suggère, et cela est si vrai qu’en poursuivant la lecture jusqu’à la visitation, par deux fois, l’auteur inspiré use du mot « tressaillir », pour signifier combien la parole que Marie porte à sa cousine Elizabeth la touche tant que le double de son propre corps – l’enfant conçu – réagit physiquement en exultant dans ses entrailles.

Tant qu’une parole ne nous touche pas jusqu’à faire tressaillir notre corps, nous sommes encore dans le conceptuel, dans l’intellectuel désincarné …Tant que la Parole divine ne s’inscrit pas dans notre corps jusqu’à ce qu’il frémisse, exulte et pleure d’allégresse, nous sommes en dehors du champ réel du vrai spirituel. Une vérité qui ne nous passe pas par le corps – jusqu’à y laisser des traces ! – est une illusion, qui fait bien dire à l’expression populaire ce qu’elle signifie : « se payer de mots ! »Quand nous annonçons la foi, quand nous parlons d’amour, est-ce que le corps ne dénonce pas notre discours, en même temps que nous ventilons des mots ? Il le dénonce si l’on sent qu’il est hors du coup, dans le seul domaine des idées, et la vérification est là, expérimentale : nous ne sommes pas touchés !

C’est par le corps que nous touchons l’autre et le faisons tressaillir : à sa manière, le corps peut moins mentir !Quand il nous arrive de voir un visage pleurer de joie, le corps est plus qu’une parole : il devient Verbe et il s’inscrit pour toujours dans notre mémoire comme une espérance, comme un merci rendu : ces larmes sont comme un second baptême : elles purifient le coeur et nous apprennent à recevoir la caresse de Dieu, qui transfigure et irradie le visage et le corps tout entier.

Père Alain de La Morandais