Moi, Asia Bibi, condamnée à mort, je m’adresse à la France

Le Père de La Morandais vous recommande la lecture de cet appel publié dans LE FIGARO.

A gauche, Ashiq Masih signe du pouce la lettre publiée par <i>Le Figaro</i>. A droite, sa femme Asia Bibi, en novembre 2010.

FIGAROVOX/EXCLUSIF – Le mari de la chrétienne pakistanaise menacée de pendaison pour blasphème raconte l’angoisse de sa femme, et transmet quelques mots de la captive à destination de ceux qui la soutiennent.


Le texte que publie «Le Figaro» a été dicté par le mari d’Asia Bibi, Ashiq Masih, puis traduit par la journaliste Anne-Isabelle Tollet, coauteur, avec Asia Bibi, de son témoignage sur l’affaire: «Blasphème» (Oh! Éditions, 2011, 192 p., 16,90 €). Dans ce texte, l’époux d’Asia Bibi explique le calvaire de sa femme. Il transmet aussi le message de la captive aux Français.


Je reviens de la prison de Multan où ma femme, Asia Bibi a été transférée il y a huit mois. Depuis que ma femme a été condamnée une première fois à la peine de mort, en novembre 2010, pour avoir bu un verre d’eau au puits de notre village, nous vivons dans la peur ; notre famille est menacée. Avec mes cinq enfants, nous vivons cachés au plus près d’elle car elle a besoin de nous pour ne pas se laisser mourir. Il est indispensable que nous lui apportions des médicaments et de la bonne nourriture lorsqu’elle est malade.

Après quatre longues années d’attente dans des conditions très difficiles, nous avons espéré que la Haute Cour de Lahore libère ma femme. Elle n’a pas blasphémé ; jamais elle n’a blasphémé. Depuis que la Haute Cour de Lahore a confirmé, il y a quelques jours, la peine de mort contre ma femme, nous ne comprenons pas pourquoi le Pakistan que nous aimons s’acharne contre nous.

Notre famille a toujours été heureuse ici, nous n’avons jamais rencontré de problème avec qui que ce soit. Nous sommes chrétiens et nous respectons l’Islam. Nos voisins sont musulmans, et nous vivions avec eux dans notre petit village. Mais depuis quelques années la situation a changé à cause de quelques personnes, et nous avons peur. Aujourd’hui beaucoup de nos amis musulmans ne comprennent pas pourquoi la justice pakistanaise impose tant de souffrances à notre famille.

Nous sommes en ce moment mobilisés pour le dernier recours devant la Cour suprême du Pakistan, que nous devons déposer avant le 4 décembre. Mais nous savons surtout que le bon moyen serait d’obtenir la grâce présidentielle. Nous sommes convaincus qu’Asia Bibi ne sera pas pendue seulement si le vénérable président du Pakistan, Mammoon Hussain, accorde son pardon. On ne doit pas mourir pour un verre d’eau.

Grâce à une poignée d’amis ici qui nous protègent au risque de leur vie, moi et nos cinq enfants, nous pouvons survivre, mais en étant très prudents car nous sommes le mari et les enfants d’Asia Bibi et certains aimeraient aussi notre mort.

Grâce à Anne-Isabelle Tollet, qui est devenue notre sœur il y a quatre ans et avec qui nous parlons très souvent, nous avons des nouvelles de tous ceux qui se mobilisent dans le monde. C’est tellement important pour nous. Cela nous permet de tenir. À chaque visite à Asia Bibi, je lui raconte. Certaines fois, cela lui redonne du courage.

J’ai appris, hier, que la maire de Paris venait de proposer de nous accueillir, si ma femme pouvait sortir de prison**. C’est un tel honneur. Je voudrais vous remercier, Madame la maire de Paris. Je voudrais vous dire notre respect et notre immense gratitude. J’espère que nous serons chez vous vivants, et pas morts.

Lorsque j’ai rendu visite hier à Asia Bibi, elle m’a demandé de vous transmettre ce message: «Dans ma petite cellule sans fenêtre, les jours et les nuits se ressemblent, mais si je tiens encore debout c’est grâce à vous tous. Mon coeur se réchauffe lorsqu’Ashiq me montre les photos des personnes que je ne connais pas qui boivent un verre d’eau en pensant à moi.

Et j’apprends que la Ville de Paris veut de nous. Je veux remercier toutes les personnes à Paris et la maire. Vous êtes ma seule chance de ne pas mourir au fond de ce cachot. S’il vous plaît, ne me laissez pas tomber. Je n’ai pas blasphémé.»

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