Chemin de croix, paradoxes sur la religion

Le Père de La Morandais vous recommande cet article de Marie Noelle Tranchant publié dans LE FIGARO sur le film Chemin de croix.

En décrivant le destin d’une adolescente élevée dans une Fraternité et qui désire suivre les pas du Christ, Dietrich Brüggemann a puisé dans sa propre expérience pour réaliser un film à la fois fascinant et inconfortable.

«On cherche toujours une transcendance qui donne un sens à notre vie, dit Dietrich Brüggemann, réalisateur de Chemin de croix . Personne ne peut se passer de religion, même si elle va se loger dans des rituels profanes. Voyez le Festival de Cannes: c’est une Église avec ses pontifes, son clergé, la caste des critiques qui disent ce qui est bon ou mauvais – et à l’arrière-plan, le marché.»

On voit par là que le cinéaste allemand ne manque pas d’ironie. Mais il faut aussitôt la retourner: il ne manque pas non plus d’empathie et d’intelligence profonde de son sujet, puisé dans son expérience d’enfant. «Je comprends totalement le catholicisme dont je parle», dit-il.

C’est ce qui rend son film fascinant et inconfortable: structuré en quatorze tableaux qui correspondent aux stations du chemin de Croix, il décrit le destin d’une adolescente, Maria, élevée dans la Fraternité Saint Pie X, et qui prend très au sérieux l’idéal de suivre les pas du Christ. Trop? Le rigorisme des adultes ne l’aide pas à tempérer son zèle. Elle s’en va vers la mort en offrant ses souffrances pour son petit frère autiste. Et comme dans un film de Dreyer, le miracle a lieu: l’enfant a parlé, annonce la mère.

«Dans l’abstraction»

À travers des situations stylisées mais plausibles, le cinéaste scrute les rapports complexes de la foi, de la morale, de la psychologie, de la pathologie, de la mystique. Le film peut irriter les laxistes, à qui tout sens de l’exigence est insupportable, comme les intégristes, qui crieront à l’outrance. Mais il réserve au spectateur simplement attentif un exercice critique ambitieux, qui montre l’ambiguïté des choses en laissant l’interprétation libre. Où finissent les logiques humaines, où commence le mystère divin?

«Au premier degré, le film peut apparaître comme une charge de cavalerie lourde, au second degré, elle est plus subtile», commente le très cinéphile abbé Guillaume de Tanoüarn, qui a appartenu à la Fraternité Saint Pie X. Certes le personnage du prêtre l’a un peu gêné, notamment lors de la confession, trop caricaturale: «On ne peut être prêtre qu’avec le cœur, lui, il est dans l’abstraction.» Mais il admet qu’on peut reprocher à la Fraternité «une sorte d’intelligence cristalline du message chrétien, qui peut avoir sa grandeur mais qui risque de réduire la foi à la compréhension du monde».

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