Un roi qui gagne à être connu

200px-Louis_XV_France_by_Louis-Michel_van_Loo_002Le Père de La Morandais vous recommande cet article du Figaro.

Jean-Christian Petitfils réhabilite Louis XV que l’on a tendance à réduire à un monarque pusillanime.

Jacques de Saint Victor

ON le surnomma de son vivant le « Bien-Aimé » , mais il est resté, pour la postérité, un roi mal-aimé, mal compris, coincé entre la figure écrasante de son arrière-grand-père, le « Roi-Soleil » , et la tragique destinée de son petit-fils, Louis XVI, mort sur l’échafaud. Louis XV n’a pas la faveur des Français et encore moins des lecteurs. Les éditeurs le savent : même le livre le plus médiocre sur Louis XIV a beaucoup plus de chance de se vendre qu’un bon livre sur Louis XV. La timidité de ce dernier, sa névrose d’ennui et sa dépendance à l’égard des femmes (en particulier la Pompadour, mais aussi tant d’autres, depuis les soeurs de Nesles jusqu’aux « petites maîtresses » du très surestimé « Parc-aux-Cerfs » ) en ont fait un monarque pusillanime dont le règne s’est longtemps résumé au tragique traité de Paris de 1763 qui mit fin au premier « grand conflit mondial » .

Lucidité politique

Son règne, qui correspond pourtant à l’époque la plus brillante des Lumières françaises (1715-1774), celles qui ont vu le triomphe de Montesquieu et de Voltaire, mais aussi des physiocrates, ces adeptes un peu bornés (si on les compare à Adam Smith) du libéralisme économique, ces « philosophes du blé » , comme disait ironiquement Voltaire, marque à jamais sur le plan politique la fin de la prépondérance française en Europe. Rivarol aura beau écrire quelques années plus tard, en 1784, un éloge de l’universalité de la langue française, le traité de 1763 consacre la puissance maritime anglaise et, à terme, la domination de cette langue sur le monde. Pourtant, Louis XV, comme nous le rappelle l’historien Jean-Christian Petitfils dans sa nouvelle biographie du Bien-Aimé, mérite mieux que sa légende noire. Après Louis XIII, Louis XIV et Louis XVI, l’historien s’attaque désormais à ce maillon faible de la dynastie des Bourbons.

Mais est-il si faible ? Si on le compare à Louis XIV, Louis XV n’a pas cette furieuse – et presque absurde – exigence de grandeur qui porta le royaume à son précipice en 1715. Louis XV a su épargner le sang de ses sujets en signant une mauvaise paix mais en étant convaincu, comme dira plus tard Bismarck, qu’une « fin désastreuse vaut mieux qu’un désastre sans fin » . Ce qui, dans le langage du Bien-Aimé, se traduit par cette remarque en 1763 : « La paix que nous venons de faire n’est ni bonne ni glorieuse, personne ne le sent mieux que moi. Mais (…) si nous avions continué la guerre, nous en aurions fait encore une pire l’année prochaine. »

De même, si on le compare à Louis XVI, il a fait preuve de beaucoup plus de lucidité politique et de finesse stratégique. C’est Louis XV qui, en 1771, remporte une grande bataille contre les princes et les parlements en renvoyant les vieilles cours souveraines qui contestaient l’autorité royale, dotant le pays d’un système judiciaire moderne. Cette « révolution royale » , menée par l’intrigant chancelier Maupeou, n’a pu se faire que parce que le roi a retrouvé confiance en lui. Sa nouvelle maîtresse, Mme du Barry, dont les talents d’ancienne prostituée lui ont redonné sa fierté d’homme, après le dramatique épisode de la Pompadour (cette dernière, étant frigide, encourageait son goût des « petites maîtresses » ), a eu une « influence passive » des plus positive. Après des années d’hésitation, Louis XV se transforma à la fin de sa vie en monarque audacieux. On l’a oublié, car son petit-fils, Louis XVI, s’empressera en 1774 de revenir sur les plus importantes réformes de son grand-père, en particulier en rappelant les parlements, ce qui accélérera la fin de la monarchie. On ne peut imputer à l’un les erreurs de l’autre.

L’ « affaire du Collier »

D’autant que dans le fonctionnement même du pouvoir, Louis XV a toujours été très habile. Connaissant le degré de corruption de sa Cour, il a toujours fait en sorte de masquer cette dépravation au grand public, préférant l’éblouir par l’élégance de ses atours (les petits appartements, le Petit Trianon, l’Opéra de Gabriel, etc.). L’histoire lui a donné raison. Petitfils rappelle par exemple, avec cette écriture toujours très limpide, l’épisode tortueux de l’affaire Dereine. Des personnages troubles, probablement proches du docteur Quesnay, le fameux physiocrate inventeur du « Laisser faire, laisser passer » , ont tenté de faire chanter le roi en menaçant de dévoiler la correspondance de ce dernier avec une de ses petites maîtresses. Comment avaient-ils pu disposer de ces lettres ? Le mystère reste entier. Toujours est-il que Louis XV eut l’habileté de tout étouffer dans l’oeuf en ne sanctionnant pasQuesnay.

Ainsi n’y eut-il jamais de scandale autour de cette affaire qui est restée ignorée jusqu’à la biographie de Michel Antoine. Placé face à une intrigue d’un autre genre, Louis XVI s’empressa, lui, de porter plainte contre le cardinal de Rohan, et le procès spectaculaire qui s’ensuivit va devenir la fameuse « affaire du Collier » qui éclaboussera le roi, la reine et toute la Cour, contribuant, parmi d’autres causes, à la Révolution. Peut-être est-ce à ce genre de petits détails, en apparence secondaires, qu’on distingue un roi avisé d’un roi maladroit, quand bien même serait-il des plus honnêtes…

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