11 novembre : Fête de St Martin

poilus

Les dénouements de l’Histoire contemporaine, leurs anniversaires – comme celui de la chute du mur de Berlin – et la fête liturgique de saint Martin de Tours nous invitent, ce dimanche, à méditer sur l’Europe. Oui, l’Europe chrétienne !L’Europe au regard de sa propre histoire, c’est d’abord comprendre que la mise en oeuvre de son unité ne peut se saisir qu’ « en raison de sa naissance, de son enfantement par le christianisme qui demeure organiquement lié au judaïsme et aux universalismes séculiers. »Annoncer une nouvelle Europe chrétienne, c’est reconnaître qu’elle doit assumer ses différences internes et « les accepter et sans cesse confronter pour une plus grande fécondité ». «  – Augmente en nous la foi ! », s’écrient les apôtres. L’annonce du Messie souffrant et crucifié apparait comme une folie aux yeux de la sagesse des nations (I Cor. I, 23), et scandale, épreuve pour la foi. Annoncer de nouveau que la Croix est plantée au coeur de l’Europe, c’est à nouveau mettre la foi à l’épreuve : « L’Europe est chrétienne alors même qu’elle est toujours en travail de contestation avec elle-même et d’enfantement d’elle-même, tant qu’elle se laisse ainsi travailler en sa profondeur par le levain qui y a été déposé. »

« L’histoire de l’Europe a été sanglante lorsque les hommes ont voulu supprimer ces tensions par la persécution ou l’anéantissement de l’autre, auquel il est indissolublement lié et dont il ne peut venir à bout qu’en le recevant pour frère, dans un effort supérieur d’explication, de compréhension … La figure du Crucifié devient ainsi centrale, figure à la fois de déchirement, de mort, de dévoilement du péché et figure d’espérance, de la divinisation à laquelle Dieu appelle l’humanité en la rendant filiale par le don de l’Esprit. » Personne – qu’il soit sceptique ou athée, chrétien ou juif, et quel que soit son chemin ! – ne peut être quitte vis à vis de cette incessante explication dont l’histoire nous dit et nous redit la fécondité, alors que notre propre mémoire demeure toujours blesséeLorsque le pape Jean Paul II affirme que l’Europe ne peut exister que « chrétienne », ce n’est pas au titre d’une nouvelle croisade, ni pour récupérer au seul bénéfice du christianisme le monopole de l’idée européenne.  «Mais en découvrant, au contraire, que l’Evangile forme, de fait, l’axe central selon lequel l’Europe s’est développée en sa diversité et sa pluralité. L’Europe chrétienne ne peut subsister que si elle continue d’accepter non seulement la diversité, mais aussi le débat et la tension entre ses différentes composantes issues d’une même histoire. L’Europe ne peut exister comme Europe que si les protagonistes de l’aventure européenne acceptent de ne pas transformer ce débat et cette tension en esprit de conquête et volonté de puissance qui nient l’autre en l’exterminant. » La tension, par elle-même, n’est pas un mal : elle est le nerf de l’Histoire.  « Le christianisme qui inscrit au coeur de l’Histoire la Croix nous en montre la signification : elle est la voie qui conduit tout homme à reconnaître librement le Dieu unique comme Créateur et son Rédempteur. L’unité européenne est cette pluralité qui n’est pas dispersion ou coexistence de réalités éparses … Elle réside en cette tension que le christianisme a enfantée sur le Vieux continent, lui donnant pour ainsi dire sa forme … Voilà ce qu’est, en son essence, l’Europe chrétienne, puisque la conscience européenne a inscrit en son centre le respect de l’autre et sa différence, l’autre dont elle doit faire son prochain. »

Belles paroles ! me direz vous, alors que l’on voit autour de nous – dans notre propre coeur peut-être ! – l’intolérance, la violence et le terrorisme mondial, le fanatisme religieux. Sans doute, plus que d’autres, « hantés par les souvenirs du passé, de leurs erreurs payées d’un si grand prix, les Européens peuvent être visités par les fantômes de la peur. » Alors, comme le disait le cardinal Lustiger, «  nous devons mobiliser toutes les ressources de la raison et de la foi, du respect et du pardon, pour ne pas laisser transformer la maison commune européenne en château d’Elseneur. Tous et chacun ont le devoir de connaître et de respecter l’autre tel qu’il se voit lui-même, héritier de la même histoire. Chaque nation européenne doit pouvoir dire de chacune des autres, chaque conviction spirituelle ou philosophique doit pouvoir dire de chacune des autres :  « Ainsi va de nous; ni vous sans moi, ni moi sans vous. 

Père de La Morandais 

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