Jean-Pierre Mignard : «Hollande doit refaire de la politique»

Le Père de La Morandais vous recommande la lecture de l’interview de Jean Pierre Mignard publié le 3 novembre dans Le Figaro.

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Proche du chef de l’État, l’avocat estime que seule une coalition de la gauche et de la droite peut sortir la France de l’ornière.

PROPOS RECUEILLIS PAR PROPOS RECUEILLIS PAR Marie-Amélie Lombard-Latune

Catholique pratiquant, partisan du mariage pour les homosexuels, le rocardien Jean-Pierre Mignard publie un essai – Gardiens de nos frères (Stock) – qui mêle réflexions sur la religion et la politique. L’occasion de donner aussi quelques conseils à son ami François Hollande.

LE FIGARO. – « La classe politique est devenue une classe en soi et, parfois, une classe pour soi » : sous vos dehors ronds, vous n’hésitez pas à décocher des flèches ?

Jean-Pierre MIGNARD. – Elle vit largement repliée sur elle-même. La question de sa légitimité se pose. La politique ne peut pas devenir un métier. Penser qu’on ne peut pas échapper à la professionnalisation de la politique est une très grave erreur. La politique doit se vivre sur un mode transitoire : on doit pouvoir y entrer et en sortir. Et cesser avec ce grand mépris de ceux qui sont élus pour ceux qui ne le sont pas. À ce compte, les militants deviennent de simples porteurs d’eau ou des courtisans. Rien de tel pour se couper de la société.

C’était l’axe de la campagne de Ségolène Royal en 2007, à laquelle vous avez participé.

Oui, la démocratie participative était une innovation fracassante. Je regrette beaucoup qu’on l’ait abandonnée.

Ségolène Royal a-t-elle trouvé sa place au gouvernement ?

Ségolène Royal a l’immense avantage de bien connaître son portefeuille. Ce sont néanmoins des habits trop petits pour elle. Dotée d’un fichu caractère – il faut savoir lui résister -, elle a des intuitions exceptionnelles. Elle aurait sans doute été une excellente présidente de l’Assemblée nationale.

L’un des échecs de la gauche, dites-vous encore, c’est « le recrutement de ses élites » . Une gauche « incapable de produire des personnalités audacieuses, rassembleuses, volontaires » . Vous lancez : où sont les Mendès, Delors ou Rocard ?

La gauche a intériorisé le reproche qui lui est fait, avec succès et depuis longtemps par la droite, de ne pas être préparée aux responsabilités. Elle vit toujours sur ce complexe. À trop s’entourer d’énarques, de polytechniciens ou de normaliens pour asseoir sa légitimité, elle ne fait que creuser son embourbement technocratique. En revanche, elle ne fait pas assez appel aux intellectuels, aux patrons, aux syndicalistes ou aux Français d’origine arabe ou africaine. Et il faut un système aussi rigide que celui de la parité pour avoir des femmes !

Nicolas Sarkozy avait donc raison en pratiquant l’ouverture ?

Oui, à condition que ça ne soit pas du débauchage. François Hollande a commis une erreur en ne demandant pas à François Bayrou de participer à sa majorité.

Les socialistes ne sont-ils pas à la hauteur ?

Ce sont mes camarades et mes amis, je les respecte. Mais je leur demande d’être honnêtes et francs : la France ne peut plus se payer le luxe de la division. Mon message s’adresse aussi au personnel de droite. J’en connais beaucoup, je suis catholique. Je fais de la politique avec les uns et je communie avec les autres ! Il faut converger et se rassembler sur les valeurs qui nous unissent : les alliances militaires, l’euro, la Convention européenne des droits de l’homme. Le programme économique et social n’est, lui, qu’une question de curseur entre la gauche et la droite. Cette coalition peut rassembler 60 % des électeurs. Je suis formel : droite et gauche ne peuvent plus régler les problèmes l’une sans l’autre.

À François Hollande, vous dites : « Prenez tous les risques ! » Il l’entend ?

Comment pourrait-il être en désaccord ? François Hollande est avant tout un politique même s’il a une très grande culture économique. Il fait une politique courageuse, mais ça ne suffit pas. Il faut réunir cette coalition sous sa direction, peut-être sous celle d’un homme de droite demain, et travailler dès maintenant à ce rapprochement stratégique, qui ne doit pas être qu’électoral. Le système actuel dans lequel la moitié du pays regarde celui qui est élu comme étant l’homme à abattre, du moins à flétrir, ne peut plus durer !

Êtes-vous aujourd’hui plus vallsien que hollandiste ?

De prudences nécessaires en compromis indispensables, on repousse toujours plus loin l’horizon d’un idéal politique. Manuel Valls est plutôt d’accord avec tout cela. Il est le premier à dire que les socialistes doivent sortir de leur surmoi marxiste !

Quelle a été l’erreur majeure de la première moitié du quinquennat ?

Il fallait mettre la politique avant l’économie. La politique, les valeurs, la justice : là où la gauche a toujours réussi à réformer. Mais je comprends l’obsession économique, compte tenu des urgences.

Pourtant, la réforme du mariage pour tous a opposé deux France…

Elle n’a pas été assez préparée. Une telle réforme ne peut être conduite que si elle est consensuelle.

Vous voyez le chef de l’État ou lui parlez souvent. Quelles sont vos discussions ?

François Hollande est confronté à la division de sa famille politique qui ne s’était pas préparée à la gestion d’un pays en crise au niveau de responsabilité qui devait être la sienne. C’est l’un de nos sujets de réflexion.

Le président connaît des records d’impopularité. Le livre de Valérie Trierweiler l’a éreinté. Comment traverse-t-il cette période ?

Douloureusement au fond, mais avec une fermeté de caractère exceptionnelle. Moi, je ne tiendrais pas ! Ce n’est pas facile de voir révéler des éléments de sa vie privée, a fortiori quand cela vient d’une personne que l’on a aimée. Mais c’est avant tout le sort de la France et des Français qui l’obsède. Je ne sais pas s’il se représentera, s’il sera en mesure de le faire, s’il en aura encore le courage. Lui-même laisse planer le doute. Libéré de ce « poids » , c’est justement le moment de parler à tout le monde et de terminer son quinquennat en apothéose. Il tient un discours économique nouveau, mais où est le discours politique nouveau ? Il n’y est pas ! François Hollande doit être le grand passeur vers cette Ve République nouvelle. C’est lui qui a les clés.

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