« Tu aimeras … » Mt.XXII,34-40

ste_therese_avila_source_inconnue« Donner sa vie », en allant jusqu’à la dernière goutte de son sang, qui n’en a jamais rêvé dans les fièvres et les exaltations de son adolescence ? Pour peu que l’on ait l’âme un brin romantique et du goût pour l’héroïsme, on serait tenté de voir le Christ comme le retournement d’Antigone. Non pas « je veux avoir tout et tout de suite ! » mais « Je donne tout et tout de suite ! »

Quelques trois années de vie publique, c’est court. Entre le jardin des Oliviers et le dernier cri sur le gibet, le degré de souffrance morale et physique est paroxystique mais le délai chronologique plutôt réduit, si l’on pense à d’autres « passions » si particulièrement atroces, depuis les camps de la mort nazis jusqu’aux goulags soviétiques, précisément parce que leurs soubresauts agoniques étaient insupportablement étirés au long des mois et des années de nuits et de brouillards sanglants.

Jeanne d’Arc a connu une vie publique foudroyante mais encore plus courte : une année. Son procès, à l’inverse de celui de Jésus, va durer un aussi long temps que celui de sa vie active. Le moment de doute qu’éprouva Jésus dans son humanité la prisonnière des Anglais le connut à son tour et si dramatiquement qu’elle abjura pour se ressaisir et mourir sept jours plus tard, donnant sa vie par amour pour Celui dont elle cria le nom dans la suffocation du bûcher.

« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »Encore enfant, Térèse d’Avila rêvait de mourir martyre. Les mystiques aspirent souvent à mourir, vite, le plus vite possible pour rejoindre le Bien-aimé, car l’âme est prisonnière comme l’oiseau sous le filet de l’oiseleur : « Avez-vous vu celui que mon coeur aime ? » (Cantique des cantiques)

Donner sa vie par le sacrifice même de sa vie, par le dernier souffle et le dernier sang, peu d’entre nous sans doute goûteront cette grâce d’exception, mais l’expression de « donner sa vie » par amour a aussi un sens beaucoup plus ordinaire – de quoi rassurer les uns et impatienter les autres ! – , un sens aussi nécessaire, aussi humble et quotidien que le goût du pain que nous mangeons chaque jour. A longueur de jours, de semaines, de mois et d’années, « donner sa vie » c’est l’ordinaire d’une vie chrétienne que l’on pourrait résumer concrètement par six mots-clefs : offrir – donner – pardonner et demander – accueillir – refuser.

Offrir : c’est la délicatesse qui se soucie d’épargner aux autres l’humiliation de demander;

Donner : c’est le geste de l’amour qui consent à s’appauvrir : donner sans demeurer propriétaire du don;

Pardonner : il est impossible que nous ne nous fassions pas mutuellement souffrir … alors pardonner c’est se refuser au ressentiment et rendre possibles les nouveaux départs;

Demander : c’est avouer qu’on a besoin des autres, accepter d’être leur obligé : une vraie pauvreté spirituelle !

Accueillir : accueillir l’offre et la demande : accueillir ce n’est pas recevoir passivement, pour ne pas blesser l’autre, ou à son corps défendant, ou accepter parce que c’est la solution la plus facile : accueillir implique un OUI délibéré et joyeux;

Refuser : eh oui ! Parce que nos ressources sont limitées, notre temps aussi, et notre santé. Refuser est le mot du discernement et de l’équilibre, permettant d’éviter la présomption. Parfois même c’est le verbe de la liberté dans l’amour.

Père Alain de La Morandais

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