Vin et divin (suite)

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Manger ou boire n’est pas avaler mais passage. Passer en prenant le temps, c’est à dire en respectant les étapes. Prendre la mesure de ce déroulement par ses rythmes, c’est initier une relation spirituelle, car c’est l’éclatement de ces successions nécessaires – leur syncopage ou leur télescopage ! – qui va faire se fragmenter la possibilité d’offrir, de célébrer.

Le geste qui consiste à élever sa coup de champagne avant que d’y porter les lèvres, puis à faire glisser le breuvage sur la langue et à en arroser le palais qui se referme délicatement sur l’appendice lingual, est non seulement celui qui permet de saluer et d’honorer l’invité, mais aussi une mise en cadence du temps. Manière d’aimer la vie et d’en remercier l’Auteur de toute vie. Et puis, une fois le frais et précieux liquide descendu, savourer, c’est encore garder pour la mémoire la persistance du plaisir du goût acquis, car son absence ravive un désir peut-être légitime … Cet « après » annonce un nouvel « avant », si nous savons qu’un nouveau moment de dégustation nous est destiné. Passer du goût à savourer c’est un peu comme passer du regarder à admirer, cela suppose qu’au-delà de la minute où l’objet a retenu notre attention, nous fassions mouvement, nous sortions de nous mêmes pour approcher de l’objet afin de mieux le considérer, sous tous ses angles, selon la variété des éclairages, du cadre et du renvoi des couleurs qui le font exceller dan sa beauté ou bien se fondre et s’estomper. Ce mouvement est provoqué par tout objet, pour le sujet regardant ou savourant, qui suscite la beauté, la bonté, la vérité et l’unité. Un objet que nous prenons plaisir à admirer, à savourer parce qu’il est à la fois beau, bon, vrai et unifié. Ce sont les quatre vertus transcendantales qui nous portent à ce mouvement à la fois de sortie de notre ego et de réverbération intérieure par ce Désir de quelque chose qui relève de la beauté, de la bonté, de la vérité et de l’unité.
Le lien entre les nourritures terrestres et les nourritures spirituelles pourrait s’articuler sur la notion de désir, à condition de clarifier le sens de ce mot complexe, voire ambigu. Pour les uns il serait l’aspiration à combler un vide et la force qui pousse à conquérir l’objet dont on attend qu’il supprime le manque et confère la satisfaction (l’apaisement). Pour d’autres le désir authentique commence au-delà du manque satisfait : le désir nourrirait alors le Désir, c’est à dire au-delà de la satisfaction hic et nunc, cette tension vers l’ Infini, l’Absolu qui seul m’apaiserait en profondeur, en me faisant reprendre conscience que le plaisir m’est donné : don du Créateur auquel j’ai envie de rendre grâces ! – et que la satisfaction est reçue d’ailleurs : on ne peut pas se fabriquer uniquement par soi-même et pour soi-même la satisfaction propre de son désir, parce que ce dernier renvoie à plus grand que lui.
Peut-être que le désir et la saveur d’un bon vin me portent plus loin que la satisfaction immédiate et que ce vin désiré encore devient le signe d’un Désir plus infini et pas encore atteint, afin que je le désire encore.

Alain Maillard de La Morandais

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