Les paraboles et la grâce (Mt.20 et 21)

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Durant deux dimanches de suite la liturgie dominicale nous offre des paraboles dans les vignes dans lesquelles la gratuité de l’appel de Dieu peut symboliser la grâce et nous donne l’ opportunité de méditer sur ce mystère de la gratuité de l’appel divin.

Dans son sens premier, immédiat, nous savons tous que ces paraboles signifient que, dans la gratuité de l’appel divin et la liberté de la rémunération – « Il me plaît de donner à ce dernier venu autant qu’à toi… » – le maître montre une forme amoureuse du don qui dépasse la justice. Qui passe par la justice pour la dépasser; et qui veut dire aussi que les Juifs, premiers appelés, n’ont pas à s’indigner que de ce que l’appel divin soit adressé aux pécheurs, aux impurs, aux païens.

Comment ne pas voir dans cet acte amoureux, souverainement libre, une figure de la grâce ?

Etymologiquement, le mot « grâce » s’applique à ce qui est gratuit mais le langage théologique réserve ce terme à divers dons spirituels que Dieu fait gratuitement à toute ses créatures douées de raison pour les préparer à devenir ou pour les constituer ses enfants d’adoption, et pour les aider à agir en conséquence.

La très longue expérience spirituelle de l’Eglise l’a conduite à distinguer « grâce habituelle » et « grâce actuelle ».

Si la première est dite « habituelle », ce n’est pas en référence à la notion moderne d’ « habitude » mais cela signifie qu’il s’agit d’une sanctification stable de l’être humain par Dieu, fondant une conduite globalement vertueuse. C’est à dire sans péché « mortifère » !

C’est souvent la grâce « habituelle » que l’on désigne par le terme général de « grâce sanctifiante », et l’ « état de grâce » est l’état de qui en est favorisé.

 La participation à la vie divine que nous vivons par l’état de grâce – donc « grâce habituelle » – nous est donnée gratuitement. C’est à dire que ce n’est pas un dû …et plus profondément cela veut dire que nous sommes incapables de nous la procurer par nous mêmes : seule la souveraine libéralité du joyeux Amour divin nous invite à cette participation amoureuse.

Quant aux « grâces actuelles » ce sont en nous des interventions divines momentanées qui se traduisent par des pensées heureuses dans l’ordre de l’amour, de la foi et de l’espérance, et par des actes.

Si la grâce habituelle nous est accordée par pure gracieuse libéralité divine, hors de tout droit et de tout pouvoir humain, la « grâce actuelle », – celle qui nous inspire et nous prépare – ne peut être moins gratuite : l’homme, comme tel, n’y a aucun droit.

Les grâces actuelles sont nombreuses, diverses, riches, originales et variées.

Ainsi, du point de vue du processus psychologique, on peut distinguer les grâces d’éveil et les grâces d’aide. Certaines grâces actuelles nous viennent purement spontanément en face des évènements : un verset de saint Paul, lu au bon moment, va décider de la conversion d’Augustin; un cadavre d’impératrice révèle à François Borgia la caducité des grandeurs mondaines et de la puissance politique et va lui faire entendre l’appel à la sainteté; untel rencontre la trace de Dieu dans le clair-obscur de la forêt et un autre par un choral de Bach ou une pièce d’orgue de Messiaen.

Tout peut devenir « signe divin », occasion à grâce d’éveil, préalablement à toute décision personnelle. C’est dans ce sens que Bernanos concluait son « Journal d’un curé de campagne » par le fameux « tout est grâce ».

Père Alain de La Morandais

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