L’ Eglise des pauvres et la collégialité

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Récemment, dans le « Figaro », dans un article intitulé « Le « complexe de classe » de la Compagnie de Jésus », Jean Marie Guénois situe légèrement « l’option préférentielle pour les pauvres », comme « dans l’air du temps ». Il est vrai qu’il ne consacre pas une seule ligne à ce thème dans son dernier livre sur les réformes du pape François, alors que celui-ci insiste régulièrement sur l’ « Eglise pauvre pour les pauvres » … Alors, faut-il rappeler que cette « option préférentielle » n’est pas l’ « air du temps » ou une « mode » passagère mais un choix pastoral majeur voté par les pères conciliaires de Vatican II ?

L’ « Eglise des pauvres » et la « collégialité » , les deux lignes conciliaires chères au pape François, c’est d’abord un état d’esprit inspiré par la phrase de Jésus « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir. » (Mt. XV, 30)

Après le règne autocratique, magnétique du pape Pie XII, la bonhommie débonnaire et joviale de Jean XXIII, le «  bon pape Jean », inspira, par quelques gestes concrets – l’abandon de la sedia gestatoria et des flabelli à la mode égyptienne pharaonique, sa toute première sortie du Vatican pour rencontrer malades et prisonniers – réveilla chez des évêques, des prêtres et des laïcs, engagés ou non, un esprit de service.

D’une certaine manière, dans le monde catholique, on se contentait de satisfaire au rite liturgique du vendredi saint où depuis le Pontife romain , sous les yeux des cameras, jusqu’ au plus obscur curé de campagne, le président célébrant de la communauté se ceignait les reins pour, à genoux, laver les pieds nus de quelques personnes sélectionnées. Est-ce que ce geste symbolique et public renvoyait à une action caritative ou sociale suivie d’effets concrets ? Pas toujours et pourtant, pour nombre de serviteurs connus, reconnus ou invisibles aux medias, bien des chrétiennes et des chrétiens se mettaient silencieusement, patiemment, humblement au service des pauvres. Pour un abbé Pierre, une sœur Teresa, une sœur Emmanuelle, un Mgr. Rodhain, fondateur du Secours catholique, un père Pedro à Madagascar , un Père Joseph de ATD Quart Monde etc …que de centaines et de milliers d’anonymes au service de Caritas, de l’Ordre de Malte et de tant et tant de services d’entraide et de solidarité, arrivaient même à travailler avec des athées, des comiques ou ignorés indignés ! Le service des pauvres peut non seulement faire bouger les institutions, qui ont toujours tendance à se crisper dans des règlements indispensables, des habitudes, des soliloques, des ghettos de bénévoles, qui peuvent conduire à la stérilité, à la suffisance des « dames d’œuvre » ; qui peuvent subtilement et insidieusement métamorphoser des serviteurs zélés et avisés en fonctionnaires passifs et satisfaits, obéissant davantage à l’horloge qu’au désir d’inventer de développer

Le Vatican d’avant Vatican II était super centralisé sur un monarque unique et souverain, accoudé à une Curie omnipotente, filtrant l’accès au Pape. – une monarchie absolue dont les pouvoirs n’étaient ni contrôlés, ni régulés clairement par quelques contre-pouvoirs, tels que les parlements locaux ou des Conseils qui devraient participer aux pouvoirs de décision et d’exécution. Jean XXIII, conscient des limites du système, lança au Concile la « collégialité », c’est à dire la décentralisation du pouvoir, en déléguant aux Collèges des évêques davantage d’ouverture aux consultations mais surtout, par les votes conciliaires, en appliquant le principe de subsidiarité – c’est à dire la délégation de pouvoirs décisionnaires –et -exécutifs à des instances subsidiaires (Collèges épiscopaux, instituts de laïcs, nouveau diaconat, reconnaissance de la présence et de l’action des femmes). La pratique ancestrale des Synodes assure un fonctionnement très décentralisé pour toutes les Eglises orthodoxes. Il en va de même, avec des nuances différentes, dans les Eglises issues de la Réforme.

Les premiers pas dans l’Histoire contemporaine de notre Eglise nous montrent clairement que le pape François a retenu la leçon de Vatican II.

Espérance, tu es là, soleil levant sur nos ténèbres et nos brouillards !

Père de La Morandais

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