Fête du Corps et du sang du Christ

Communion« Si le Christ n’est pas ressuscité d’entre les morts, alors notre prédication est vide, vide aussi notre foi …vide et vaine ! », s’écriait St Paul aux chrétiens de Corinthe. En effet, le mystère de notre liberté et de notre salut ne s’arrête pas au sacrifice et à la mort du Christ en Croix. Que serait cette mort sans la Résurrection sinon l’échec, l’échec terrible et nous ne serions alors tous que des imposteurs. Pire : tout devient absurde et ce ne serait plus à l’entrée des enfers, comme chez Dante , mais aux portes de la Terre qu’il faudrait inscrire l’avertissement fatal : « En pénétrant ici, abandonnez toute espérance ! » Mais la mort suivie de la Résurrection, c’est un sacrifice volontaire couronné par une victoire: c’est la victoire lumineuse du matin de Pâques ! L’Eucharistie est le mémorial de la mort du Seigneur , oui, c’est vrai ! mais comme elle contient Tout le mystère de notre libération et du Christ Total , elle est en même temps le sacrement de la Résurrection , de la Résurrection du Christ et de la nôtre ! Le Christ présent à l’Eucharistie est le Christ ressuscité et nous partageons l’Eucharistie comme un gage de notre propre résurrection. Le Christ présent à l’Eucharistie est le Christ ressuscité , car nous ne pouvons séparer la mort du Christ de sa Résurrection , sous peine d’absurde: les deux mystères – Mort ET Résurrection – ne font qu’un , qui est le mystère fondateur du Christ et des chrétiens : le mystère de Pâques ! La présence du Christ ressuscité est signifiée liturgiquement par la très belle prière du mémorial qui suit la consécration : « Faisant ici mémoire de la mort et de la Résurrection de ton Fils … », et par un geste rituel qu’accomplit le prêtre entre le baiser de paix et le chant de l’Agneau de Dieu : il rompt une petite partie de l’hostie déjà fractionnée avant la consécration et laisse tomber ce fragment dans le sang du calice . Cette réunion symbolique du Corps et du Sang signifie que le Christ présent et immolé sur l’autel est en même temps le Christ ressuscité et vivant , puisque la consécration séparée du pain et du vin avait signifié la mort. « Celui qui mange mon corps et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. »(Jn. VI,54)Il n’est pas de façon plus claire pour nous indiquer que l’Eucharistie est aussi le sacrement de notre Pâques , le signe prophétique de notre résurrection. Comme nous mangeons le Verbe fait Corps , c’est bien d’une nutrition qu’il s’agit et ce n’est pas un corps physique mort qui pourrait devenir pour nous source d’une vie d’éternité. Dans une nutrition , il y a un phénomène d’assimilation : lorsque je mange du bœuf , ce morceau de bœuf devient substance de mon corps humain , selon la loi qui veut que c’est toujours l’inférieur qui est assimilé au supérieur ; mais alors que les aliments ordinaires sont assimilés à celui qui mange , ici, dans la manducation eucharistique , c’est au contraire celui qui mange qui est assimilé à celui qui est mangé . Ce qui fait écrire à St Augustin , faisant parler le Christ : « Je suis la nourriture des grands ; mange-moi , et ce n’est pas moi qui serai changé en toi , c’est toi qui sera changé en moi . » Autrement dit, mangeant le Christ ressuscité , nous devons devenir nous mêmes des ressuscités en espérance , à son image et sous son influence directe. « Celui qui me mange vivra par moi. » De quelle vie s’agit-il ? Mais pas seulement de la vie charnelle, temporelle, aux limites historiques, mais de la vie divine, dans la grâce d’une création nouvelle où nous serons appelés, ressuscités , à participer à la Liberté souveraine , à l’Intelligence illimitée et à la Puissance d’Amour de Dieu Lui-même. Les enfants mangent pour grandir, se développer ;les adultes, eux, pour refaire leurs forces . Mais, spirituellement, nous sommes et demeurerons terrestrement des enfants . Notre problème , spirituellement , est celui de la croissance . Tous les sacrements autres que l’Eucharistie ne sont donnés qu’une fois , ou bien dans des circonstances déterminées : quand on a péché gravement, quand on est malade en péril de mort , quand on fonde un foyer, quand on reçoit une mission ministérielle etc…l’Eucharistie est le pain quotidien , celui dont il est nécessaire de se nourrir indéfiniment. Il est le sacrement du progrès indéfini.

Père Alain de La Morandais 

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