Remise des insignes d’officier de la Légion d’Honneur à Sœur Marguerite Tiberghien, le 5 juin 2014

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Un de mes amis prêtres, esprit particulièrement brillant, disait souvent le lui-même :

«  – En humilité, je ne crains personne ! »

Cette remise de décoration est, en quelque sorte, un parcours paradoxal d’humilité. En effet, le Président de la République s’était offert à faire lui-même cette remise officielle, en son illustre Palais de l’Elysée, à votre joie déjà frétillante, ma Sœur, admirablement distinguée … mais cette proposition fut rejetée, pour des raisons éminentes,  émanant de l’autorité supérieure qui vous protège contre la tentation de la vanité. Je vous ai alors suggéré malicieusement que je demande cette faveur au Ministre de l’Intérieur et des cultes, qui n’a pu y accéder, devant grimper le perron de Matignon. Le Grand Chancelier eut alors opéré consolation mais la date ne lui convenait pas. Il fallut donc se rabattre sur du menu fretin : un petit curé de base qui avait été précédemment distingué pour des raisons bien moins élogieuses que votre long , constant et obstiné dévouement pour les pauvres, dans l’esprit de Monsieur Vincent.

En fait d’éloge, je me contenterai, en votre nom, à dire seulement quatre mots à celles et ceux que vous avez su rassembler, ce soir : Oui, merci, pardon et encore. Et comme le soliloque ne convient guère pour chasser les moustiques de la vanité, je vous convierai, à la fin de chaque « mot », à le reprendre en chœur et en écho, pour faire comme un petit et bref miracle d’unité.

OUI, ma Sœur, nous toutes et nous tous, nous avons répondu « oui » à votre invitation parce que « oui », c’est le premier mot de la fidélité et de la prière : – Oui, je me rends présent !

Notre nature faible et fragile fait de nous des êtres le plus souvent absents. Absents à Dieu, en premier lieu, Lui qui est le mystérieusement toujours Présent :  «  Je Suis Je Suis » ! Son essence même est d’exister et Il est le seul Etre dont l’essence et l’existence se confondent. Il est nécessaire et nous sommes contingents : nous pouvons ne pas exister. Cela ne changerait rien à la face des mondes que nous n’existions pas. Vous, ma Sœur, dans ce sens, vous n’êtes pas plus nécessaire que moi, que la Supérieure Générale ou le Pape. Cette prise de conscience renouvelée de notre propre contingence, qui nous oblige sans cesse à sortir de notre absence si naturelle, est le premier degré de l’humilité, dont nous devrions rougir d’oser en parler, tant nous y sommes trop souvent étrangers. Ce soir, ma Sœur, nous vous disons à vous, et à Dieu par votre truchement : OUI !

MERCI. Merci de nous rassembler non pas pour chanter vos louanges mais pour admirer ce que la grâce de Dieu a pu accomplir par votre faiblesse. Merci parce que la mémoire nous éloigne de l’ingratitude. Faire mémoire de ce que vous avez pu accomplir déjà dans votre longue vie froisserait votre humilité ; aussi nous voudrions plutôt évoquer  tous ces anonymes, ces petits et ces obscurs qui vous ont soutenu dans votre ténacité. Avec vous, ils sont enveloppés de ce rouge de l’Honneur. Pour elles et pour eux dont les noms restent cachés : MERCI !

PARDON. Pardon, je le dis d’abord en mon nom : pardon pour ces moments où vos insistances ont parfois lassé ma fragile patience. Pardon lorsque l’irritation risquait de l’emporter sur l’admiration. Pardon parce nous ne sommes pas assez souvent inspirés par votre obstination. Pardon parce que votre énergie nous renvoie à notre faiblesse. Pardon même de vous envier, parce que vous serez avant nous dans le Royaume de Dieu où les pauvres sont les rois. Ce « pardon » ne se clame pas. Il se murmure, en silence, chacune et chacun pour soi.

ENCORE. Encore, c’est le mot du Désir jamais assouvi. C’est le mot de celle ou de celui qui ne peut jamais être en vrai repos tant que la misère gratte à sa porte, tant que le nu n’est pas revêtu, tant que le prisonnier et le malade ne sont pas visités, tant que le Seigneur n’est pas d’abord reconnu dans l’affamé et l’assoiffé. « Encore », c’est le mot de l’Espérance, de la Foi et de l’Amour réunis.

Père Alain de La Morandais 

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