La Mante religieuse : ma première foi

Le Père de La Morandais vous recommande la lecture de la critique du film La Mante religieuse publiée dans Le Figaro.

Après plusieurs courts-métrages, Natalie Saracco a voulu se lancer dans le long. Ce film est l’histoire d’une conversion, mais surtout une incroyable aventure de cinéma.

  • Par Marie-Noëlle Tranchant

Ce n’est pas ce film qu’on aurait dû voir, si tout s’était déroulé normalement. Après trois courts-métrages, Natalie Saracco s’apprêtait à réaliser son premier long. Elle avait le scénario (une sorte de Roméo et Juliette d’aujourd’hui, dit-elle, un pur mélo), un producteur solide.

Le projet prenait tournure. Elle en parlait, ravie, dans la voiture que conduisait une amie. Et soudain, l’accident. La voiture envoyée dans la rampe de sécurité après des voltes folles, les deux femmes encastrées, attendant les secours. Le premier mot de son amie, qui se moque généralement de sa foi, est pour lui dire: «Vite, on prie!»

«Je ne parvenais pas à respirer et je crachais du sang, raconte Natalie Saracco. Comme je viens d’une famille de médecins et de chirurgiens, j’ai fait mon diagnostic: hémorragie interne. Je sentais la vie me quitter, physiquement, et j’ai eu cette pensée: je ne me suis pas confessée.» Alors, comme une réponse immédiate, elle voit le Christ «pareil aux images du Sacré-Cœur, en tunique blanche et le cœur apparent. Il pleure, et je lui demande, bouleversée: “Mon Seigneur, pourquoi tu pleures?” “Parce que vous êtes mes enfants chéris, et que je ne reçois que froideur, indifférence et mépris. Il n’y a rien de pire que d’être renié par ceux qu’on aime.”Et je lui dis:“Quel dommage de rendre l’âme au moment où je découvre cette immensité d’amour! Avant, je ne Te connaissais pas vraiment”».

Avec sa lourde chevelure aux boucles sombres tombant sur un fin visage mobile, Natalie Saracco a l’air d’une Gitane, dansante, brûlante. On la verrait bien au pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer, animée de cette ferveur votive qui déferle du fond des âges, la voix rauque et les pieds nus. Et le film qu’elle sort aujourd’hui, La Mante religieuse, est comme un ex-voto baroque pour remercier de son retour à la vie, à une vie nouvelle. Ce n’est pas le récit de son accident. Mais c’est l’histoire d’une conversion, écrite avec ce sentiment d’urgence que donne la proximité de la mort: «Quand on a vu la fragilité de la vie, on est conscient qu’il faut agir tout de suite», dit Natalie Saracco.

Tout à l’envers

Son héroïne, Jézabel (Mylène Jampanoï), artiste mondaine, s’adonne à toutes les expériences avec un cynisme désabusé, et la dernière à laquelle elle trouve un piment inédit consiste à séduire un jeune prêtre (Marc Ruchmann), aussi à l’aise dans la vie que dans sa foi. Il y a dans cette affaire un côté Liaisons dangereuses, sauf que la liaison la plus dangereuse (mais la chose n’avait pas échappé à Laclos) est la fréquentation du véritable amour. Là, le film touche juste malgré son aspect mal dégrossi et son habillage outrancier.

En tout cas, voilà. La Mante religieusene trouve pas preneur. Il faudrait plus de sexe, et si on pouvait éviter le coup de la conversion, carrément pas cool… Natalie Saracco dit non et repart à zéro. Pas de producteur, pas d’argent, juste sa conviction. Avec l’aide du frère Samuel, de la Communauté Saint-Jean, qui sera le conseiller religieux du film, elle entreprend de démarcher des patrons chrétiens, qui seront une quarantaine à financer le projet. Mais il manque un distributeur. Nathalie Saracco, qui fait décidément tout à l’envers (on ne monte pas un film sans distributeur), organise une avant-première dans un grand multiplex de Lille. «On nous a donné une salle de 90 places, raconte la réalisatrice. Les réservations explosaient. On est passé à la taille suivante: 150 places. Même chose. 300 places. Insuffisant. Finalement, on a atterri dans la grande salle de 700 places, qui était comble.»

Miracle des réseaux ! «Cela fera partie de nos annales », a dit la direction du Kinépolis. Le film trouve un distributeur (Kanibal!), et continue à voyager de projections en débats jusqu’à sa sortie officielle, aujourd’hui. C’est une histoire de foi qui déplace les montagnes, et de buzz qui souffle où il veut.

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