« Père, l’heure est venue … »

t_Chr - Christ shows his wound by RembrandtJean XVII, 1-11

Le Fils s’avance au-devant du Père par une apostrophe directe : « Père » et non pas « mon Père »! Ce titre marque toute l’orientation de cette prière singulière ; il revient sans cesse, accolé parfois d’une solennelle apposition (« Père saint , Père juste ») qui signale par son frémissement l’aspiration contenue à l’au-revoir définitif. Elle trahit le désir légitime du Fils de retourner vers le Père : voici l’instant si longtemps désiré et vers lequel tendait toute sa vie. Deux personnes s’aimant admirablement et séparées , en quelque manière, – un amour peut-être éprouvé par cette séparation difficile ! – qui enfin vont se retrouver : comment les disciples n’auraient-ils pu être émus par ces paroles ultimes ? « L’Heure est venue ! » Ce cri de jubilation, plutôt qu’une prière, comment les amis l’ont-ils ressenti ? L’aimaient-ils assez pour se déposséder de leur tristesse due aux adieux et pouvoir s’associer complètement à sa joie ? Il ne peut être question de comprendre une telle prière comme une supplication en vue d’obtenir la gloire pour lui-même, en récompense de la mission accomplie. Car la glorification du Fils sert uniquement à la gloire du Père.

C’est la gloire même du Père qui se rend visible dans le Fils , puisque tel était bien le sens de la mission du Fils : faire connaitre le Père à tous et leur ouvrir ainsi les portes éternelles. A tous ceux qui croient , à ces premiers amis comme à ceux qui viendront par la suite, est promise la vie éternelle , laquelle n’atteint son plein développement que dans l’autre vie , mais qui n’en est pas moins présente, dès maintenant , du moins en germe, ici bas. En ce sens , la vie éternelle est déjà commencée, et nous avons en nous, déjà, les « arrhes d’éternité ».En cette heure qui voit l’accomplissement de sa mission sur terre, le Fils sait , d’évidence et de certitude, qu’il est admis dans la gloire du Père. Le mouvement ici décrit est inverse de celui qui est esquissé dans le Prologue du même Jean : « Au commencement était le Verbe … » Selon celui-ci, le Fils est descendu dans le monde en venant d’auprès du Père, de la sphère propre de la divinité , en tant que Verbe et Manifestation du Père afin d’être la Vie et la Lumière des hommes .Oui, « le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous ».

Désormais , Il quitte la Terre pour revenir à sa gloire antécédente auprès du Père , pour recouvrer cette gloire qu’Il n’a cessé de posséder en droit parce qu’Il la possédait en fait depuis toujours, bien avant même la création du monde. Bien que réellement Dieu et tout à fait Dieu, comme le Père, Il a voulu que cette gloire , forme apparente de sa divinité, soit temporairement recouverte du voile de l’humanité. Il s’était fait serviteur et, à nouveau, le voici Seigneur. « J’ai fait connaitre ton Nom aux hommes … » D’après la conception orientale le Nom est l’expression verbale qui rassemble les caractères propres de la personnalité. Lorsque, dans l’Ancien Testament, Yaweh fait connaitre son Nom, Il ne livre pas évidemment son être intime, mais Il souligne le rapport qui est établi entre sa personnalité et le peuple élu.

Autrement dit, Il marque le lien personnel qui relie Dieu à l’homme. A strictement parler, par l’effet du mystère impénétrable qui entoure l’Etre divin, le Nom de Dieu est bien au-dessus de tout nom. Toute révélation de Dieu dans l’Ancien Testament pâlit devant cette révélation du Père, en tant que Père, qui resplendit dans le Fils. Provisoirement cette révélation demeure limitée au petit cercle des élus , que le Père a séparé du monde qui le rejetait , afin de se les réserver pour une révélation plus profonde de son Nom, de sa Paternité ; mais ces nouveaux élus appartiennent au Père non pas comme les dignitaires de sa cour , mais comme les premiers bénéficiaires de sa révélation définitive et donc comme ses premiers témoins. La tâche que le Fils a accompli à la demande du Père doit être poursuivie. Aussi prie-t-Il pour les premiers témoins de la foi. Les disciples n’existent pas pour eux-mêmes. Ils ne constituent pas une pieuse association ayant pour but d’assurer à ses membres la jouissance paisible des consolations spirituelles mais ils sont remis au Père pour qu’ils transmettent au monde, par la joie, le reflet de la gloire qu’ils ont vue en Lui. Et le monde pourra peut-être alors murmurer : « Il n’y a que les chrétiens qui puissent se vanter que leur amour est un Dieu. »(Bossuet)

Père Alain de La Morandais

 

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