Le Père, le Fils et le Saint-Esprint de Bernadette Sauvaget

Le Père de La Morandais a aimé l’article de Bernadette Sauvaget Le Père, le Fils et le Saint-Esprint publié dans Libération.

L’affaire s’est réglée au sprint au terme d’une échappée à cinq. Entre champions mais surtout entre curés. La fine fleur du vélo clérical se retrouve chaque 1er mai pour son championnat de France : des prêtres, des diacres et quelques bonnes sœurs – très peu, et sans voile. Cette année, c’était à Steenvoorde (Nord), en Flandre française, pour une course contre la montre le 30 avril et une course en ligne, jeudi.

Gabarit. Passionné de vélo depuis l’enfance, le curé du lieu, Bertrand Lener, a un gabarit de rouleur. Et un vrai coup de pédale. Vice-champion en 2013, il a raflé le titre cette année. Curé à la mode du pape François, très populaire auprès de ses ouailles, il se fait photographier tous azimuts, en tenue de cycliste. Et même avec les jeunes migrants érythréens du village. Calais n’est pas loin. Pour leur venir en aide, il a créé une association, Terres d’Errance.

Le Père Lener aime bien les paris. Faire venir ses confrères jusqu’à Steenvoorde n’était pas gagné d’avance. Mais cela a marché: une cinquantaine est venue, un record. Le plus pieux ? Sûrement Clemens Gutberlet. Il travaille au Vatican. Venu en avion de Rome, il a démonté et plié son vélo dans une immense valise. Au dos de son maillot, confectionné pour l’occasion, il a fait imprimer une image de Thérèse de Lisieux : «Elle m’a apporté beaucoup de grâce dans la vie.» Bonne pioche ! Gutberlet a fait des miracles, gagnant la course en ligne, une boucle de 9 kilomètres, accomplie sept fois. Mais cet Allemand ne pouvait concourir pour le titre de champion de France : il a laissé la place à Bertrand Lener.

Le plus courageux ? Ignace Duchatel. Adepte du vélo couché, il est venu de Soissons sur son engin, 400 km en trois étapes. «J’ai dormi dans des chambres d’hôtes»,raconte-t-il. Il avait pensé se faire héberger dans des presbytères, le long de son parcours. Mais ses demandes sont restées lettre morte. «Les curés sont des gens très occupés», pardonne-t-il. Avant la compétition, Ignace Duchatel répare sa chaîne. Les pièces, il les a trouvées à Steenvoorde, au magasin Vasseur, tenu par le père de Cédric : la commune a ses gloires cyclistes.

Les plus organisés ? La bande de curés et de diacres du diocèse de Valence, neuf au total, «presque de quoi faire une équipe pour le Tour de France», plaide Pierre Charignon, le plus «gradé» de ce peloton, vicaire général dans son diocèse (évêque adjoint). Mais d’évêque, il n’y en a point. «Une fois seulement, corrige Pierre Charignon, l’évêque d’Autun, Benoît Rivière, a participé à notre championnat, car la course avait lieu dans son diocèse.»

Les neuf de Valence, arrivés en TGV tandis que leurs supporters convoyaient les vélos par la route, arborent le même maillot rouge. L’équipe a aussi sa mascotte, Marie-Pierre Guillermo, l’une des trois participantes. A 67 ans, elle a repris cette année du service pour conforter la présence féminine, plutôt maigrelette. «Je m’entraîne toutes les semaines, dit-elle, une soixantaine de kilomètres.» Sœur Marie-Pierre avoue «être une soixante-huitarde» et regrette que les jeunes générations de religieuses ne s’intéressent guère à la compétition. Trop olé olé de se montrer en cuissards et se mêler aux hommes…

Le plus motivé ? Silouane Deletraz, le curé de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), arrivé avec la gagne. «Je me suis spécialement entraîné pour le contre-la-montre»,confie-t-il, en col romain, avant de passer son équipement de cycliste. Las ! Les 16 kilomètres, assez rudes, ont eu raison de sa conviction. Il a dû laisser la première place à son confrère d’Asnières et se contenter de la deuxième. Il a quand même fini troisième dans la course en ligne.

Palmarès. Après sa victoire, Bertrand Lener, lui, est inapprochable. «C’est un vrai exploit sportif, souligne l’un de ses paroissiens. Mercredi soir, il s’est couché à minuit après avoir fait toute la vaisselle.» A son palmarès de 160 baptêmes, 120 funérailles et 35 mariages en 2013, il a accroché ce titre de champion. Mais, à Steenvoorde, pas de soupçon de pot belge. «A priori, on peut faire confiance aux curés, non ?», estime le commissaire de la course. A l’arrivée, pas de contrôle antidopage. Mais une messe, dite par l’évêque de Lille, Laurent Ulrich. Deo gratias.

Bernadette SAUVAGET Envoyée spéciale à Steenvoorde

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