Le Désir du Père, Jean XIV,1-12

sainte_famille1Aimer Dieu, aimer son prochain : même exigence qui ne relève en rien de la facilité. « L’amour ! L’amour ! L’amour ! » Si l’on ne reconnaît pas l’amour à l’incantation répétitive, à quel signe pouvons nous le reconnaître ?

Il y a ceux et celles qui disent s’aimer mais qui font fuir tout le monde autour d’eux : ils stérilisent car ils sont saisis par une seule préoccupation : se regarder l’un l’autre. Ils sont dans une dépendance aliénante.

Il y a aussi ceux et celles qui montrent qu’ils s’aiment et qui attirent auprès d’eux : on ne les gêne pas, parce qu’on est jamais en trop. Ils nous apparaissent disponibles, accueillants, ouverts, rayonnants. On dirait presque qu’ils ne s’aiment pas tant pour eux-mêmes que pour nous, pour nous donner à notre tour envie d’aimer, d’être féconds, ouverts, accueillants, disponibles !

Le désir du Père, la joie du Père est de s’être si bien communiqué à ses fils que ceux-ci s’aiment à leur tour, inspirés qu’ils deviennent par ce Désir du Père.

La gloire de Dieu c’est d’aimer. La gloire et le Désir du Père, c’est l’amour des hommes entre eux. Nous donnons un peu de crédibilité à l’existence de Dieu, en nous aimant d’une certaine manière qui est celle-là même que le Père a montré pour son Fils, en le rendant par sa Passion et par sa Croix complètement dépendant de nous.

Dieu est amour, mais l’amour est dépendance. Dieu dépend beaucoup plus des hommes que les hommes ne dépendant de Lui. Parce que Lui, Dieu, aime les hommes beaucoup plus que ceux-ci ne L’aiment.

Qui dépend le plus de l’autre : les parents des enfants ou les enfants des parents ?

A première vue, il semble que les enfants soient plus dépendants : ils dépendent des parents dans l’ordre de la vie, de l’autorité, de l’éducation, de l’argent; mais les parents dépendent des enfants dans l’ordre de l’amour : quel est l’ordre le plus grand ?

Quel est l’avenir des enfants ? Se libérer des parents en devenant autonomes. Et quel est l’avenir des parents ? Demeurer disponibles aux enfants … et aux petits-enfants.

Nous, nous dépendons de Dieu dans l’ordre de la vie, de la grâce, du pardon mais Dieu dépend de nous dans l’ordre de l’amour : Il nous aime tellement plus que nous L’aimons ! Dieu n’est pas aimé des hommes. Telle est la grande douleur qui devrait affliger notre coeur.

Regardons notre Dieu crucifié dans l’image du Fils, et demandons nous qui, de Lui ou de nous, est le plus dépendant, le plus lié, le plus attaché ?

Nous, nous sommes plutôt libres – nous en prenons à notre aise avec Dieu ! Nous disposons volontiers de nous mêmes pour faire taire en nous ses trop nombreuses exigences à l’égard des pauvres, des exclus, des méprisés de notre société. C’est toujours celui qui aime le moins qui est le plus « fort ».

Celui qui aime, c’est celui qui accepte cette dépendance, celui qui accepte d’être vulnérable, d’être « crucifié », émondé, taillé comme le sarment pour porter du fruit. Pas de fécondité sans émondage, sans sacrifice. Et pas d’amour sans fécondité. L’amour fécond – que cela soit l’amour conjugal, parental, d’amitié, l’amour fraternel ! – est l’expérience d’une dépendance, l’expérience du pouvoir inconditionnel qu’a sur nous un autre être, une personne, toute puissante sur notre coeur.

Il n’y a peut-être pas de plus grande force que d’oser dépendre, d’être « faible » comme cela.

 Père Alain de La Morandais

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s