Du visible à l’invisible

1024px-Pietro_Perugino_cat48cQuand il disparait aux yeux de ses disciples, le Christ passe d’un mode de présence à un autre; déjà, entre sa Résurrection  et le moment de ce départ plus radical, sa façon d’être présent n’était pas exactement la même, puisque, selon les témoignages, tantôt Il était reconnu par les siens et tantôt Il ne l’était pas.  Passage du visible à l’invisible, tel est un des sens de l’Ascension. Du visible à l’invisible, c’est notre propre chemin dans la foi et je vous propose d’y réfléchir ensemble par deux exemples : celui de la Présence eucharistique et celui de la présence du Pauvre.

La tradition catholique a interprété le dernier signe de la Fidélité qu’a laissé le  Christ avant de mourir, le Pain eucharistique, non seulement comme une nourriture spirituelle liée au repas de Communion – « prenez et mangez » – , mais comme le Signe d’une Présence qui perdure mystérieusement sous l’apparence du pain et que l’on accueille et vénère dans le tabernacle.

Au regard de nos yeux de chair, après la consécration, au moment même de l’élévation, le Pain devenu Corps du Christ est aussi pauvrement et platement du pain qu’il le paraissait avant. Seule la foi, sans aucune séduction pour le regard, nous fait adhérer et croire que ce Pain est beaucoup plus que du pain, qu’il est réellement la Présence du Christ glorieux mais secret. Nous savons que le don total de la personne, c’est celui qui va jusqu’au don du corps : donner son corps, c’est donner sa présence à l’histoire et au monde, l’instrument sans lequel il n’est pas possible d’oeuvrer pour l’avenir humain, le moyen d’exprimer ses intentions, le conditionnement fondamental de ses pensées, la portion de matière où s’enregistre tout son passé. Les suprêmes marques de l’amour sont les dons absolus du corps : ainsi dans l’alliance amoureuse conjugale, ainsi dans le sacrifice de soi par une mort volontaire.

Dans l’histoire de Dieu avec Israël, Dieu donne son secours, manifeste à plusieurs reprises sa Présence, mai sur la croix, Il donne son corps. On peut donner beaucoup de soi par du temps, de la disponibilité, de la patience, de la fidélité relationnelle, de l’argent, du « piston » mais le don le plus risqué, c’est bien celui du corps. C’est la foi nue et la seule la foi, qui me fait croire que ce pauvre pain de communion est la Présence même de Celui qui me donne tout de Lui. Du visible à l’invisible, je n’ai que ma foi et celle des témoins qui la soutiennent et la nourrissent.

Il en va de même lorsque je suis en face d »un pauvre : rien pour le regard qui m’attire ! Mes yeux de chair, selon les lois  naturelles de ma sensibilité, sont attirés par la beauté des êtres, leur intelligence. Dans le visage souvent disgracieux d’un pauvre – d’un affamé, d’un altéré, d’un prisonnier, d’un dénudé, d’un malade et d’un étranger -, comment pourrais je bien y reconnaître la sublime face du Christ sans la foi et l’Esprit qui me rappelle la parole redoutable : « J’avais faim, j’avais soif, j’était prisonnier, nu, malade, étranger …. »(Mt? XXV,31) ?

Dans le seul ordre du visible, je n’ai pas plus de chance de reconnaître le Christ glorieux dans la présence d’un pauvre que dans celle du Pain d’Eucharistie. Mais si j’établis une relation entre ces deux modes de présence – celle du Christ dans le pain eucharistique et dans le pauvre – , c’est parce que la première me renvoie nécessairement  à la deuxième : je veux dire par là que le temps de silence et d’adoration passé en solitude, où il n’y a rien « à voir » face à la Présence eucharistique et qui ne flatte guère la sensibilité, doit devenir un temps d’exigence qui me renvoie à une pauvreté infiniment plus rude, parce que subie, celle de tous les démunis, que nous pouvons croiser, sans être délibérément aveugles.

Le Christ est aussi invisible dans le Pain eucharistique que dans le pauvre, mais si nous donnons crédit à sa Parole, en essayant de ne pas nous payer de mots, Le reconnaître dans le Pain de  Communion, que ce soit pour nous en nourrir spirituellement ou L’adorer silencieusement, nous renvoie inexorablement à Le  chercher et à Le reconnaître dans les frères les plus démunis.

L’Evangile ne nous dit pas que nous serons jugés au nombre de communions pieuses et ferventes que nous aurons faites, ni au nombre d’heures d’oraison accomplies, mais aux geste d’accueil et d’amour fraternel qui auront été les nôtres. Prier, célébrer, communier et adorer la Présence eucharistique ? Certes, ce sont là des moyens nécessaires pour passer de l’invisible au visible, et il nous faut en user pour secouer la trop naturelle paresse qui est la nôtre, mais il est un visible qui nous ramène sans cesse au  Christ invisible : le pauvre, toujours et toujours présent dans toutes les sociétés de la terre. Le Pauvre, sacrement d’une Présence réelle qui signifie que la Passion n’en finit pas de s’accomplir. Puissions nous, pendant ce temps là, ne pas dormir !

Père Alain de La Morandais

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Pape François : message de Miguel Angel Estrella

pianiste2Très chers amis:
Le chrétien que je suis -fan du Vatican II- vis cette étape nouvelle du Vatican avec une immense espérance.
François, que j’ai connu personnellement à Buenos Aires, est un homme habité non seulement par une foi profonde mais aussi par une intelligence supérieure, un réalisme créatif.
Il a commencé à mettre de l’ordre dans des affaires inquiétantes, complètement éloignées des messages de Jésus. Il le fait calmement, refusant les coups de théâtre médiatiques, preuve de sérénité efficace.
Bravo François, bonne route à Jérusalem, lieu hautement symbolique pour les enfants d’Abraham.
Avec mon Orchestre pour la Paix Salam Shalom, nous essayons de casser la logique de murs, occupations, surdité et absence d’humanisme. La paix en notre temps concerne l’humanité toute entière.
Fraternellement à toi François, et transmets mon amour au peuple qui te recevra à Jérusalem, peuple animé sûrement de l’espérance que tu as su créer en si peu de temps.
Tu hermano pianista
Miguel Ángel ESTRELLA

« Il vous donnera un autre Défenseur … »

image_largeJean XIV, 15-21          

Jésus demandera au Père un autre Secours (parakletos) . Ce titre de « paraclet » , qui n’apparait nulle part ailleurs que chez Jean dans le Nouveau Testament , n’est pas propre au Saint Esprit . En I Jean II, 1 , le Christ est Lui-même le Paraclet , c’est à dire l’avocat du pécheur auprès du Père, et , de fait, dans le texte qui nous occupe ici, l’ Esprit est dit un autre Paraclet , en remplacement du Christ . Ce qui signifie que le sens originel du mot est maintenu et que l’accent est mis davantage sur la fonction que sur la personne . Le Paraclet est celui qui aide , l’intercesseur , l’avocat ou le témoin à décharge en justice . En aucune manière il n’est ici question d’en faire un consolateur , chargé de réconforter les âmes pieuses dans les moments de dépression .

En vue des évènements dramatiques qui s’annoncent et pour les préparer au temps de la solitude prochaine , qui sera , à l’instar du sort subi par le Christ , un temps de persécution , les disciples ont besoin d’un soutien , d’un guide , d’un tuteur , d’un protecteur .Jusqu’à présent Jésus avait été leur secours , qui les maintenait unis et les gardait pour le Père . Le troupeau pouvait avoir confiance dans son berger . Mais maintenant Il s’en va , aussi ont-ils besoin d’un autre Secours. C’est pourquoi le Père l’envoie , au nom de Jésus, comme le remplaçant de Jésus , pour continuer son œuvre par l’intermédiaire des disciples . Il n’a donc pas de tâche propre, ni n’apporte aucune révélation personnelle ; Il est simplement chargé d’apporter aux disciples la pleine intelligence de la révélation faite par Jésus et de les mettre ainsi en état de témoigner , avec Lui , en faveur du Seigneur. Alors que jusqu’ici Jésus avait tenu rassemblé autour de Lui le troupeau craintif et inintelligent , Il remet désormais le soin de ses brebis à un autre protecteur , qui demeurera avec eux pour toujours.

Ce nouveau protecteur est l’ Esprit de Vérité. L’expression , déjà connue dans le judaïsme tardif , y désigne l’esprit qui fait connaitre la vérité et fait vivre les hommes en conformité avec elle . Pour Jean la vérité est proprement la révélation divine , la norme de vie inspirée par Dieu , mais en tant que manifestée dans la personne de Jésus comme vérité suprême , décisive et incarnée.

L’Esprit de vérité est donc l’Esprit qui communique la vérité ; non pas n’importe quelle vérité , mais la vérité divine révélée dans le Christ, à qui Il rend témoignage. Il nous fait comprendre pleinement la vérité révélée par le Christ , et nous aide à pénétrer jusqu’en ses profondeurs le mystère du salut que constitue le Christ. Aucun homme ne peut de soi-même, par ses seules forces humaines , atteindre à la révélation divine accomplie dans le Christ . Jésus vient d’en haut , et nous, nous sommes de la terre : Il parle un autre langage que nous .Nous ne pouvons, par nos seules forces , monter de ce monde jusqu’à Lui ; seul nous en rend capables un principe supra-terrestre, divin , le Saint Esprit.

« Ce qui est né de la chair , est (et demeure) chair , et la chair ne sert de rien . Seul celui qui est né à nouveau de l’Esprit , est esprit ». L’homme, qui n’est qu’ homme , considère toute chose avec des yeux d’homme sans soupçonner les possibilités de l’ Esprit , la puissance de Dieu. C’est pourquoi l’homme ne peut vraiment prier que lorsqu’il est mis par l’Esprit en contact avec Dieu , à la hauteur , au diapason de Dieu. Dieu est Esprit , non pas au sens métaphysique du mot – en tant qu’être immatériel – , mais au sens biblique, qui en fait une expression synonymique de sa divinité, de sa transcendance . Dieu est Dieu , le Tout Autre, et quiconque veut le connaitre de la façon la plus vitale , à savoir comme Père , et désire l’atteindre comme tel dans la prière , doit être revêtu d’une puissance divine , de l’Esprit communiqué par Dieu .

Tout comme personne ne peut sans amour demeurer en Dieu, qui est l’Amour des hommes, ainsi personne ne peut approcher Dieu-Esprit si ce n’est par l’Esprit. Et c’est pourquoi Paul a dit :  « Personne ne peut dire Seigneur-Jésus, si ce n’est par le Saint Esprit »(I Cor.XII,3).Ou encore: « Nous ne savons comment prier mais l’Esprit prie en nous.»

Père Alain de La Morandais 

Le Père, le Fils et le Saint-Esprint de Bernadette Sauvaget

Le Père de La Morandais a aimé l’article de Bernadette Sauvaget Le Père, le Fils et le Saint-Esprint publié dans Libération.

L’affaire s’est réglée au sprint au terme d’une échappée à cinq. Entre champions mais surtout entre curés. La fine fleur du vélo clérical se retrouve chaque 1er mai pour son championnat de France : des prêtres, des diacres et quelques bonnes sœurs – très peu, et sans voile. Cette année, c’était à Steenvoorde (Nord), en Flandre française, pour une course contre la montre le 30 avril et une course en ligne, jeudi.

Gabarit. Passionné de vélo depuis l’enfance, le curé du lieu, Bertrand Lener, a un gabarit de rouleur. Et un vrai coup de pédale. Vice-champion en 2013, il a raflé le titre cette année. Curé à la mode du pape François, très populaire auprès de ses ouailles, il se fait photographier tous azimuts, en tenue de cycliste. Et même avec les jeunes migrants érythréens du village. Calais n’est pas loin. Pour leur venir en aide, il a créé une association, Terres d’Errance.

Le Père Lener aime bien les paris. Faire venir ses confrères jusqu’à Steenvoorde n’était pas gagné d’avance. Mais cela a marché: une cinquantaine est venue, un record. Le plus pieux ? Sûrement Clemens Gutberlet. Il travaille au Vatican. Venu en avion de Rome, il a démonté et plié son vélo dans une immense valise. Au dos de son maillot, confectionné pour l’occasion, il a fait imprimer une image de Thérèse de Lisieux : «Elle m’a apporté beaucoup de grâce dans la vie.» Bonne pioche ! Gutberlet a fait des miracles, gagnant la course en ligne, une boucle de 9 kilomètres, accomplie sept fois. Mais cet Allemand ne pouvait concourir pour le titre de champion de France : il a laissé la place à Bertrand Lener.

Le plus courageux ? Ignace Duchatel. Adepte du vélo couché, il est venu de Soissons sur son engin, 400 km en trois étapes. «J’ai dormi dans des chambres d’hôtes»,raconte-t-il. Il avait pensé se faire héberger dans des presbytères, le long de son parcours. Mais ses demandes sont restées lettre morte. «Les curés sont des gens très occupés», pardonne-t-il. Avant la compétition, Ignace Duchatel répare sa chaîne. Les pièces, il les a trouvées à Steenvoorde, au magasin Vasseur, tenu par le père de Cédric : la commune a ses gloires cyclistes.

Les plus organisés ? La bande de curés et de diacres du diocèse de Valence, neuf au total, «presque de quoi faire une équipe pour le Tour de France», plaide Pierre Charignon, le plus «gradé» de ce peloton, vicaire général dans son diocèse (évêque adjoint). Mais d’évêque, il n’y en a point. «Une fois seulement, corrige Pierre Charignon, l’évêque d’Autun, Benoît Rivière, a participé à notre championnat, car la course avait lieu dans son diocèse.»

Les neuf de Valence, arrivés en TGV tandis que leurs supporters convoyaient les vélos par la route, arborent le même maillot rouge. L’équipe a aussi sa mascotte, Marie-Pierre Guillermo, l’une des trois participantes. A 67 ans, elle a repris cette année du service pour conforter la présence féminine, plutôt maigrelette. «Je m’entraîne toutes les semaines, dit-elle, une soixantaine de kilomètres.» Sœur Marie-Pierre avoue «être une soixante-huitarde» et regrette que les jeunes générations de religieuses ne s’intéressent guère à la compétition. Trop olé olé de se montrer en cuissards et se mêler aux hommes…

Le plus motivé ? Silouane Deletraz, le curé de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), arrivé avec la gagne. «Je me suis spécialement entraîné pour le contre-la-montre»,confie-t-il, en col romain, avant de passer son équipement de cycliste. Las ! Les 16 kilomètres, assez rudes, ont eu raison de sa conviction. Il a dû laisser la première place à son confrère d’Asnières et se contenter de la deuxième. Il a quand même fini troisième dans la course en ligne.

Palmarès. Après sa victoire, Bertrand Lener, lui, est inapprochable. «C’est un vrai exploit sportif, souligne l’un de ses paroissiens. Mercredi soir, il s’est couché à minuit après avoir fait toute la vaisselle.» A son palmarès de 160 baptêmes, 120 funérailles et 35 mariages en 2013, il a accroché ce titre de champion. Mais, à Steenvoorde, pas de soupçon de pot belge. «A priori, on peut faire confiance aux curés, non ?», estime le commissaire de la course. A l’arrivée, pas de contrôle antidopage. Mais une messe, dite par l’évêque de Lille, Laurent Ulrich. Deo gratias.

Bernadette SAUVAGET Envoyée spéciale à Steenvoorde

« Fräulein France » de Romain Sardou

fraulein-france-romain-sardou-L-Kn5u3mLe Père de La Morandais vous recommande la lecture du dernier livre de Romain Sardou Fraulein France publié chez XO.

4e de couverture :

«  Fal­lait pas les lais­ser entrer  ! » Arletty

Septembre 1940. Après la débâ­cle, l’Occupation com­mence.

A Paris, les Allemands pro­fi­tent de tous les plai­sirs. Au Sphinx, la célè­bre maison close, l’arri­vée d’une nou­velle pen­sion­naire fait sen­sa­tion. Mademoiselle France est d’une beauté trou­blante. Elle ne « monte » qu’avec le gratin de l’armée alle­mande.

Que cache-t-elle der­rière son appa­rente froi­deur  ? Rien de ce qu’elle fait ou dit n’est laissé au hasard.

Fräulein France a sa propre guerre à mener…

Romain Sardou revient avec un roman his­to­ri­que sans conces­sion, magis­tra­le­ment cons­truit. Il y incarne les com­pro­mis­sions d’une frange de la haute société pari­sienne, mais aussi les erran­ces d’une époque et l’héroïsme qui en est né.

Luc Ferry, L’innovation destructrice

9782259223317Le Père de La Morandais vous recommande la lecture du nouveau livre de Luc Ferry, L’innovation destructrice publié chez Plon.

4e de couverture : 

Selon Luc Ferry, ce qui va nous sauver, ce n’est pas la décroissance, mais l’innovation. Même si elle déstabilise le monde, même si elle peut être formidable et, en même temps, destructrice. L’innovation est vitale et angoissante à la fois : dans un siècle de déconstruction, la France doit résoudre ce dilemme.

Il est temps de se faire une idée claire des raisons pour lesquelles le capitalisme, comme l’avait déjà compris l’un des plus grands économistes du xx siècle, Joseph Schumpeter, nous voue de manière inéluctable à la logique perpétuelle de l’innovation pour l’innovation et, par là même, c’est tout un, à celle de la rupture, elle aussi incessante, avec toutes les formes d’héritage, de patrimoine et de tradition. Que mon lecteur accepte de me suivre un instant dans cette analyse et il comprendra vite combien elle est irremplaçable pour la compréhension du temps présent.