Résurrection et immortalité

fraangnoldet

Dans les sondages sur la foi et les croyances religieuses, beaucoup plus de gens affirment croire à quelque chose après la mort que de croire à la Résurrection du Christ. La contradiction n’est qu’apparente. La réponse révèle plutôt que nous sommes encore largement héritiers d’une culture païenne qui croyait dans l’immortalité de l’âme, sans faire aucunement acte de foi dans la résurrection.

Lorsque Paul fit un grand discours à Athènes, sur l’ Aéropage, les Grecs éclatèrent de rire seulement au moment où l’ Apôtre leur parle de résurrection. Pourquoi ? Simplement parce qu’ils croient en l’immortalité de l’âme et que, par conséquent, ils n’ont pas l’espérance, celle qui présuppose la foi en un miracle divin : en une nouvelle création ! Croire qu’il y a quelque chose après la mort, qu’une sorte d’immortalité nous est due, est une chose. Et nombre de gens ont cette croyance. Croire en la résurrection du Christ, qui nous ouvre à notre propre résurrection, c’est à dire à une création nouvelle, est autre chose. Et il n’y a pas de lien nécessaire entre les deux. Et non seulement il n’y a pas de lien entre les deux mais on peut considérer qu’elles sont incompatibles.

Ce n’est que depuis Pâques que les premiers disciples ont acquis la conviction inébranlable qu’avec la Résurrection corporelle du Christ la mort a été vaincue et que, dès ce moment, l’ Esprit Saint a déjà fait naître à la vie de la résurrection celui qui croit. Tout ce qui, dans l’ Eglise primitive, est affirmé sur la mort et la vie éternelle dépend entièrement de la foi en un fait réel, en des évènements réels qui se sont déroulés dans le temps : la Résurrection du Fils de l’ Homme ! Dans le Nouveau Testament, la mort et la vie éternelle sont liées à l’ histoire du Christ. Il est donc clair que pour les premiers chrétiens l’ âme n’est pas immortelle en soi, mais qu’elle l’est devenue uniquement par la résurrection de Jésus, le « premier né d’entre les morts » et par la foi en Lui. Il est clair aussi que la mort en soi n’est pas « l’amie »; c’est seulement par la victoire remportée sur elle par Jésus, dans sa mort et sa résurrection corporelle, que son « aiguillon » a été enlevé, sa puissance vaincue. Il est clair enfin que la résurrection de l’ âme, qui a eu lieu déjà, n’est pas encore en état d’ accomplissement : il faut attendre celui-ci aussi longtemps que notre corps n’est pas ressuscité. Ce sera pour la fin des temps.

La conception biblique de la mort est fondée sur une histoire du salut : elle diffère donc complètement de la conception grecque. Et rien ne le montre mieux que la confrontation de la mort de Socrate avec celle de Jésus.

Avec Platon, dans son « Phédon », nous pouvons lire à travers l’impressionnante description de la mort de Socrate, ce qui a été écrit de plus sublime sur l’immortalité de l’ âme. Selon le philosophe grec, notre corps n’est qu’un vêtement extérieur qui, tant que nous vivons, empêche notre âme de se mouvoir librement et de vivre conformément à sa véritable nature éternelle. Il lui impose une loi qui ne vaut pas pour elle. L’ âme est ainsi enfermée dans le corps comme dans une prison. La mort est la grande libératrice : elle délie les chaînes en faisant sortir l’ âme de la prison du corps et en la ramenant dans sa patrie éternelle.

Cette doctrine, Socrate ne l’a pas seulement enseignée mais il l’a vécue jusqu’au bout. Platon, dans son récit, nous montre comment Socrate, avec un calme et une sérénité absolue, va au-devant de la mort. L’ horreur en est complètement absente. Socrate ne saurait redouter la mort, puisqu’elle nous libère du corps. Quiconque craint la mort, prouve, selon lui, qu’il aime le corps et qu’il est esclave du monde sensible. La mort est la grande amie de l’ âme. Ainsi enseignait et ainsi mourut en enseignant, dans une admirable harmonie avec son enseignement, cet homme qui personnifia le génie grec dans ce qu’il a de plus noble.

Et maintenant voyons de quelle manière meurt Jésus. A Gethsemani, il sait que la mort l’attend, tout comme Socrate le sait le jour de sa discussion avec ses disciples avant que de boire le poison mortel. Jésus, lui, « commence à trembler et à être dans l’angoisse » (Mc.XIV,34) Son âme est affligée jusqu’à la mort. Il est si complètement homme qu’il partage la peur naturelle que nous inspire la mort. Il a peur, non comme un lâche puisqu’il ne la fuit pas, ni des hommes qui le tuent, ni des douleurs des supplices conduisant à la mort, mais peur de la Mort elle-même parce qu’elle est la grande puissance du Mal. La mort, pour Jésus, n’est pas chose divine. Elle est horrible et il ne veut pas être seul à ce moment là. Il sait que son Père l’a toujours soutenu et c’est à Lui qu’il vient à ce moment décisif, comme il l’a toujours fait durant sa vie terrestre.

Jésus tremble réellement devant le grand ennemi de Dieu. Il sue en sa présence, face à la mort, ni comme un héros, ni comme un sage. Rien de la sérénité de Socrate qui s’avance vers la mort « amie ». Jésus implore le Père d’avoir à lui épargner de passer par trépas : « Tout est possible à toi, laisse passer ce calice loin de moi. » (Mc.XIV,34) Jésus sait que la mort elle-même, puisqu’elle est l’ennemie de Dieu, signifie isolement extrême, radicale solitude. En présence de la grande ennemie de Dieu, il ne veut pas être seul, c’est à dire ne pas être séparé de Dieu. Il voudrait rester uni au Père, aussi étroitement qu’il l’a été durant toute sa vie historique. Alors que s’il passe entre les mains de la mort, il n’est plus entre les mains de Dieu.

Avec un calme souverain, Socrate boit la cigüe.

Jésus, lui, crie et se débat dans les larmes, la sueur et le sang.

D’un côté, la mort amie de l’ homme.

De l’autre, la mort ignoble : « le dernier ennemi de Dieu » (I Cor.XV,26)

Jésus ne pouvait vaincre la mort qu’en mourant réellement, en se rendant dans le domaine même de la mort, domaine du néant, de la séparation d’avec Dieu. Si une autre vie doit sortir de cette mort, c’est qu’un nouvel acte créateur de Dieu est nécessaire, qui rappelle à la Vie non seulement une partie de l’homme – l’âme ! – mais l’Homme tout entier, tout ce que Dieu a créé et que la mort a détruit.

L’immortalité, ce n’est au fond qu’une affirmation négative : l’âme ne meurt pas. Elle continue simplement à vivre.

La résurrection, c’est une affirmation positive : l’ homme entier, qui est réellement mort, est rappelé à la vie par un nouvel acte créateur de Dieu. Un miracle créateur. Une création nouvelle.

Père Alain de La Morandais          

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