La surrection de Lazare, Jean XI, 1-45

Juan_de_Flandes_001Jésus frémit, cœur et corps indissociés, indissociables. Sa sensibilité humaine est blessée, dans sa vie d’homme public affronté à la mort – comme tout homme – , mais aussi dans sa vie privée, son affectivité personnelle car Lazare est un ami, cher, bien aimé, unique avec Jean, l’apôtre, celui qui se somme lui-même « le disciple que Jésus aimait. »

Lazare était sa vie privée. Ce qui lui en restait. Il en avait besoin, comme nous. Lazare était sa sécurité, son repos : il était toujours là, accueillant dans la maison de Marthe et de Marie, fidèle. Il faisait partie de sa vie. Il était une petite part de Lui, qui savait le distraire peut-être, deviner ses soucis, l’encourager. Devant qui Il pouvait rire …et pleurer.

Pleurer ! Devant son Père, dans le secret de la prière silencieuse, solitaire, parfois sans doute Jésus pleurait, parce que les souffrances de l’humanité lui pesaient trop sur le cœur : la faim, les injustices, les maladies, le péché de l’homme, les amours trahies, les infidélités et les trahisons, les amours manquées …Un cœur divin, un cœur humain, un cœur battant, blessé dans sa propre chair d’homme. Difficile de pleurer devant quelqu’un, devant un autre visage auquel on se livre, on s’abandonne, soudain à nu.  Jésus a du pleurer parfois, devant Lazare, cet ami unique qui ne faisait pas partie de la bande des Douze. Bien fatiguant, bien lourd aussi parfois ces Douze, qui souvent ne comprenaient rien à ses paroles, qui se disputaient, se jalousaient. Jésus déposait sa fatigue dans les yeux et le sourire de son ami.

Lorsque l’ami unique est touché par la maladie et par la mort, Jésus se sent atteint dans sa propre chair : Lazare, comme une part de son corps, le précède dans le tombeau, lui ouvre un chemin qu’Il va bientôt connaître avec effroi jusqu’à en pleurer dans larmes de sang, seul, parce que les compagnons se sont endormis. Une amitié mise à mort, une tendresse soudain glacée et un sourire figé en rictus, des sœurs bouleversées de douleur sans être atteintes dans leur foi : c’en est trop ! Il craque, ce Fils d’Homme, ce Fils de Dieu. Devant tout le monde, frémissant, Il pleure.

« Voyez comme il l’aimait ! » : un murmure d’admiration et de compassion passe dans la foule. Jésus pleure par amour pour Lazare. Par amitié pour ses sœurs. Mais aussi, si Jésus pleure devant le tombeau de Lazare, c’est parce qu’Il voudrait l’affranchir totalement de la mort et qu’Il ne le peut pas. Pas encore !

Lui, qui est appelé à devenir la Résurrection et la Vie qui arrachent l’humanité à sa mort, Il sait que l’heure est toujours et encore à la multiplication des êtres vivants dans le cycle naturel de la naissance et de la mort. Il sait que nous, fils d’homme, nous sommes appelés à traverser la mort, comme Il va avoir à le faire. Douloureusement. Et Il en pleure. Des pleurs qu’aujourd’hui et toujours Dieu verse dans le secret de ses tourments divins. Pleurant devant son ami mort, Jésus pleure devant le tragique de l’irréversibilité de la mort, dans ce qu’elle a de naturel, dans l’ordre de la Création blessée. Plus tard, pleurant seul au Jardin des Oliviers, à l’heure de son agonie, Jésus pleure aussi devant la mort de violence qui l’attend. Cette mort-là, qui est le scandale même, , parce que s’y concentrent la douleur de nos limites naturelles et le péché de l’homme, Il la prendra aussi sur Lui : « Père, pardonne leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » Il la prendra sur lui, il l’assumera, de telle sorte que toute mort désormais soit portée dans le cœur de Dieu. D’où qu’elle vienne …Dans ce qu’elle a de nécessaire et d’inévitable mais aussi dans ce qu’elle a d’arbitraire et de meurtrier jusques dans le cœur de l’homme.

Les enfants, il leur arrive de pleurer facilement par dépit, par caprice, de petite rage ou de jalousie et d’envie … Mais parfois des larmes sur leurs visages nous disent aussi, et déjà, que leur cœur est blessé, gravement blessé parce que l’amour qu’ils attendent n’est pas au rendez-vous. Ils deviendront plus jeunes, plus grands et il leur arrivera encore de pleurer, parce que l’amour n’est pas au rendez-vous.

De ces larmes, et des nôtres, transformons les en prière, en confiance vers le cœur de Dieu qui ne nous laisse jamais longtemps seuls dans nos souffrances. Et puis, nous apprendrons à recueillir les larmes des autres ,des amis, des inconnus. Si cette grâce vous est donnée, ne la laissez pas s’enfermer dans un tombeau !

Père Alain De La Morandais 

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Une réflexion au sujet de « La surrection de Lazare, Jean XI, 1-45 »

  1. Mon Père, je voudrais vous dire que j’ai pleuré en lisant votre homélie, la surrection de Lazare, Jean XI, 1-45 ,car par delà l’indignation de la fiinitude, il y a quelqu’un qui pour une fois comprend que Jésus Notre Seigneur n’était pas de bois et que nos prêtres ont aussi besoin d’amis pour ne pas tomber dans le tombeau. Transformons nos larmes en une prière de pardon et apprennons à recueillir les larmes de ceux qui imitent Jésus. Que Dieu vous bénisse mon Père.

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