2ème dimanche de Pâques 2014

rubens-saint-eustacheJean XX, 19-31

N’opposons pas trop vite la foi des Dix à celle de Thomas ! Eux, comme lui, avaient besoin de signes pour croire que Jésus, leur Maître, mort crucifié l’avant-veille du premier jour de la semaine, était aujourd’hui vivant. Ce soir-là, Jésus lui-même avait été au-devant de leur requête légitime : il leur avait montré ses mains et son côté. Mais cela aurait-il suffi à fonder leur foi sur une base solide ? Probablement pas ! Rappelons-nous Saint Jean : son acte de foi en Jésus ressuscité naît de son amour qui lui fait voir ce que les preuves et les signes sont impuissants à expliquer et à démontrer : il vit (le tombeau vide), et il crut (Jn 20, 8) ; peu de temps après, sur le lac de Galilée, le même Jean s’écrie : C’est le Seigneur (Jn 21, 7), quand, ayant obéi à l’inconnu qui, du rivage, leur avait suggéré de jeter le filet du côté droit de la barque (Jn 21, 6), ils prirent une quantité telle de poissons, qu’ils ne pouvaient plus ramener le filet (Jn 21, 6). D’ailleurs, Thomas lui-même ne va pas jusqu’au bout de son besoin de preuve : Mon Seigneur et mon Dieu (Jn 20, 28), confesse-t-il, sans exécuter aucun des gestes qu’il avait bien l’intention de poser avant d’adhérer au témoignage de ses frères.

C’est peut-être d’ailleurs dans son refus d’adhérer au témoignage des autres, que Thomas nous ressemble, pas dans son doute. Car c’est ce même témoignage, celui de l’Eglise, qui nous est donné à nous aussi, comme appui pour notre acte de foi, qui est une démarche personnelle, pas individuelle, communautaire, pas sectaire. Seulement, ce témoignage ne fait pas tout ; il souligne ce que notre amour seul peut voir, entendre, toucher de Jésus ressuscité. L’acte de foi des Apôtres n’a pas été plus facile que le nôtre aujourd’hui ; car la foi ne peut pas être la conséquence d’une évidence contraignante ; elle est de l’ordre de la confiance et de l’amour, une rencontre, non pas l’adhésion à une idée, sinon on ne connaît pas vraiment l’autre. Chercher des preuves, des justifications, des explications, c’est ouvrir la porte au doute destructeur. Ce qui ne veut pas dire que l’acte de foi est irrationnel ; il est connaissance et non savoir, don de soi et non possession.

Jésus nous laisse ici un autre enseignement : Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie. Notre foi grandit, s’approfondit, d’être partagée, transmise. Rangée précautionneusement dans un recoin protégé de notre cœur, elle risque tout simplement de s’étioler, jusqu’à s’éteindre. L’appel de Jésus à ses disciples s’adresse donc à tous ; n’y répondent pas seulement ceux qui ont une vocation de missionnaires ou un ministère officiel d’évangélisation ; tout baptisé est témoin de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ ; tout baptisé, en tant que membre du Christ, est signe vivant de sa présence et l’exprime par la charité active qui l’unit et l’identifie à son Chef. Ce témoignage rendu à l’amour de Dieu ne relève pas d’un devoir imposé de l’extérieur, ni ne demande une compétence ou une culture particulières ; il est l’écoulement de l’amour de Dieu répandu en nos cœurs par l’Esprit Saint (Ro 5, 5) ; il ne demande pas un engagement spécial, ni une vocation spéciale ; il est le fruit de la béatitude : Bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru.

Père Alain de La Morandais

Le Père de La Morandais sur BFM Business

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Le Père de La Morandais était l’invité de David Dauba sur BFM BUSINESS.

Le 17 avril, Père Alain de La Morandais, auteur du livre « Lettre ouverte aux rebelles et fidèles de l’Église », a été l’invité de David Dauba, sur BFM Business. Chaque jour, David Dauba reçoit un grand témoin-industriel, décideur, politique, intellectuel- et l’invite à réagir aux problématiques du moment sur BFMBusiness

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Religion et économie

jesus-chasse-les-marchands-du-temple---leandro-bassanoLe Père de La Morandais vous recommande l’écoute de L’économie en questions de Dominique Rousset sur France Culture.

Samedi dernier, le thème du premier débat était : Quelle place dans l’économie pour les valeurs éthiques et spirituelles ? 

Avec : Sœur Cécile Renouard, religieuse de l’Assomption, théologienne, Elise Huillery, professeur d’économie à Sciences Po, Olivier Pastré, professeur d’économie à Paris VIII et Xavier Timbeau, directeur du Département Analyse et Prévision OFCE.

>> A réécouter sur France Culture >>

Lundi de Pâques : Et Jésus leur dit : « Soyez sans crainte … »

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« Non avete paura ! » « N’ayez pas peur ! » La célèbre exhortation de Jean -Paul II venant d’être élu successeur de Pierre résonne encore à nos oreilles et, dans ces temps troublés par les tempêtes médiatiques, il est bon, au lendemain de Pâques, de nous poser la question : – Aujourd’hui, de quoi avons nous peur ? Qu’est-ce qui nous retient pour devenir de meilleurs témoins ? Sommes nous comme ces femmes « tremblantes et joyeuses » ? La peur et l’espérance, ensemble, nous fouaillent le coeur.

Nous avons trop souvent peur d’annoncer que l’amour passe toujours par le sacrifice. Un mourir pour renaître : est-ce notre message pascal en célébrant un baptême ou l’alliance des Noces ? Toutes les formes d’amour sont appelées à se dépasser, à préférer l’autre à soi-même, non seulement pour se purifier, se hisser à une hauteur qui dépasse nos intérêts propres mais pour devenir signes d’un autre Amour : « quand il atteint un certain degré dans l’absolu, par l’intensité, la pérennité et l’oubli de soi, il est si proche de l’amour de Dieu qu’on dirait alors que la création et les créatures n’ont été conçus qu’en vue de nous faire déboucher sur le prodigieux Amour du créateur. »

Nous n’avons pas à annoncer une religion de facilité. Et si le monde se cabre devant nos exigences pas assez « modernes » tant mieux ! Ne pas se crisper. Sourire. Retrouver la Joie du silence, celle que bous nous offrez dans les haltes des monastères. Où nous retrouvons, grâce à vous, la source de la Joie. Par le silence.

Ce qui est secret s’entoure de silence.

Ce qui est silence suggère le secret.

La gésine su sacré gît dans le secret du silence.

Le silence est une bouche d’ombre scintillante d’où suinte le Verbe. Le « sacré » désigne culturellement l’objet, le lieu ou la personne, enfin tout ce qui peut être touché sans être souillé ou sans souiller. Dans ce sens là, tout vrai silence prend un caractère sacré, à preuve le caractère quasi blasphématoire de la brisure du silence. Et que dire alors du secret qui serait trahi, sinon que l’on a touché au sacré ? La trahison du secret touche à l’impureté, à la profanation même.

Si la Parole divine ne se révèle parfois qu’à demi, et dans l’ombre, c’est pour faire comprendre qu’elle participe au secret du sacré divin et qu’elle ne peut pas se transmettre sans précautions, avec agitation. Mais dans le tremblement de la Joie. Et pourtant vient un jour le temps et le moment pour clamer la Parole au grand jour, ce qui s’est accompli le jour de la Pentecôte et depuis, en alternant historiquement les temps d’enfouissement ou d’ombre et ceux de grand soleil pour la Bonne Nouvelle.  « A temps et à contre-temps. » Le temps de Dieu est le temps de l’ombre du silence et celui du grand air, des souffles et des vents de courage. Il y a le temps secret de l’oraison et de la méditation, et celui de la parole publique.

Chacun de ces « temps » est à sa manière inséparable des annonces du dévoilement de toute chose, de tout ce qui est caché depuis les commencements. Le nom scellé de chacune et de chacun sera révélé et le visage de Dieu ne sera plus interdit au regard des sauvés. Cette Lumière de la fin des temps, qui annonce la création nouvelle, est déjà contenue dans le silence et la Joie.

Père Alain de La Morandais

Résurrection et immortalité

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Dans les sondages sur la foi et les croyances religieuses, beaucoup plus de gens affirment croire à quelque chose après la mort que de croire à la Résurrection du Christ. La contradiction n’est qu’apparente. La réponse révèle plutôt que nous sommes encore largement héritiers d’une culture païenne qui croyait dans l’immortalité de l’âme, sans faire aucunement acte de foi dans la résurrection.

Lorsque Paul fit un grand discours à Athènes, sur l’ Aéropage, les Grecs éclatèrent de rire seulement au moment où l’ Apôtre leur parle de résurrection. Pourquoi ? Simplement parce qu’ils croient en l’immortalité de l’âme et que, par conséquent, ils n’ont pas l’espérance, celle qui présuppose la foi en un miracle divin : en une nouvelle création ! Croire qu’il y a quelque chose après la mort, qu’une sorte d’immortalité nous est due, est une chose. Et nombre de gens ont cette croyance. Croire en la résurrection du Christ, qui nous ouvre à notre propre résurrection, c’est à dire à une création nouvelle, est autre chose. Et il n’y a pas de lien nécessaire entre les deux. Et non seulement il n’y a pas de lien entre les deux mais on peut considérer qu’elles sont incompatibles.

Ce n’est que depuis Pâques que les premiers disciples ont acquis la conviction inébranlable qu’avec la Résurrection corporelle du Christ la mort a été vaincue et que, dès ce moment, l’ Esprit Saint a déjà fait naître à la vie de la résurrection celui qui croit. Tout ce qui, dans l’ Eglise primitive, est affirmé sur la mort et la vie éternelle dépend entièrement de la foi en un fait réel, en des évènements réels qui se sont déroulés dans le temps : la Résurrection du Fils de l’ Homme ! Dans le Nouveau Testament, la mort et la vie éternelle sont liées à l’ histoire du Christ. Il est donc clair que pour les premiers chrétiens l’ âme n’est pas immortelle en soi, mais qu’elle l’est devenue uniquement par la résurrection de Jésus, le « premier né d’entre les morts » et par la foi en Lui. Il est clair aussi que la mort en soi n’est pas « l’amie »; c’est seulement par la victoire remportée sur elle par Jésus, dans sa mort et sa résurrection corporelle, que son « aiguillon » a été enlevé, sa puissance vaincue. Il est clair enfin que la résurrection de l’ âme, qui a eu lieu déjà, n’est pas encore en état d’ accomplissement : il faut attendre celui-ci aussi longtemps que notre corps n’est pas ressuscité. Ce sera pour la fin des temps.

La conception biblique de la mort est fondée sur une histoire du salut : elle diffère donc complètement de la conception grecque. Et rien ne le montre mieux que la confrontation de la mort de Socrate avec celle de Jésus.

Avec Platon, dans son « Phédon », nous pouvons lire à travers l’impressionnante description de la mort de Socrate, ce qui a été écrit de plus sublime sur l’immortalité de l’ âme. Selon le philosophe grec, notre corps n’est qu’un vêtement extérieur qui, tant que nous vivons, empêche notre âme de se mouvoir librement et de vivre conformément à sa véritable nature éternelle. Il lui impose une loi qui ne vaut pas pour elle. L’ âme est ainsi enfermée dans le corps comme dans une prison. La mort est la grande libératrice : elle délie les chaînes en faisant sortir l’ âme de la prison du corps et en la ramenant dans sa patrie éternelle.

Cette doctrine, Socrate ne l’a pas seulement enseignée mais il l’a vécue jusqu’au bout. Platon, dans son récit, nous montre comment Socrate, avec un calme et une sérénité absolue, va au-devant de la mort. L’ horreur en est complètement absente. Socrate ne saurait redouter la mort, puisqu’elle nous libère du corps. Quiconque craint la mort, prouve, selon lui, qu’il aime le corps et qu’il est esclave du monde sensible. La mort est la grande amie de l’ âme. Ainsi enseignait et ainsi mourut en enseignant, dans une admirable harmonie avec son enseignement, cet homme qui personnifia le génie grec dans ce qu’il a de plus noble.

Et maintenant voyons de quelle manière meurt Jésus. A Gethsemani, il sait que la mort l’attend, tout comme Socrate le sait le jour de sa discussion avec ses disciples avant que de boire le poison mortel. Jésus, lui, « commence à trembler et à être dans l’angoisse » (Mc.XIV,34) Son âme est affligée jusqu’à la mort. Il est si complètement homme qu’il partage la peur naturelle que nous inspire la mort. Il a peur, non comme un lâche puisqu’il ne la fuit pas, ni des hommes qui le tuent, ni des douleurs des supplices conduisant à la mort, mais peur de la Mort elle-même parce qu’elle est la grande puissance du Mal. La mort, pour Jésus, n’est pas chose divine. Elle est horrible et il ne veut pas être seul à ce moment là. Il sait que son Père l’a toujours soutenu et c’est à Lui qu’il vient à ce moment décisif, comme il l’a toujours fait durant sa vie terrestre.

Jésus tremble réellement devant le grand ennemi de Dieu. Il sue en sa présence, face à la mort, ni comme un héros, ni comme un sage. Rien de la sérénité de Socrate qui s’avance vers la mort « amie ». Jésus implore le Père d’avoir à lui épargner de passer par trépas : « Tout est possible à toi, laisse passer ce calice loin de moi. » (Mc.XIV,34) Jésus sait que la mort elle-même, puisqu’elle est l’ennemie de Dieu, signifie isolement extrême, radicale solitude. En présence de la grande ennemie de Dieu, il ne veut pas être seul, c’est à dire ne pas être séparé de Dieu. Il voudrait rester uni au Père, aussi étroitement qu’il l’a été durant toute sa vie historique. Alors que s’il passe entre les mains de la mort, il n’est plus entre les mains de Dieu.

Avec un calme souverain, Socrate boit la cigüe.

Jésus, lui, crie et se débat dans les larmes, la sueur et le sang.

D’un côté, la mort amie de l’ homme.

De l’autre, la mort ignoble : « le dernier ennemi de Dieu » (I Cor.XV,26)

Jésus ne pouvait vaincre la mort qu’en mourant réellement, en se rendant dans le domaine même de la mort, domaine du néant, de la séparation d’avec Dieu. Si une autre vie doit sortir de cette mort, c’est qu’un nouvel acte créateur de Dieu est nécessaire, qui rappelle à la Vie non seulement une partie de l’homme – l’âme ! – mais l’Homme tout entier, tout ce que Dieu a créé et que la mort a détruit.

L’immortalité, ce n’est au fond qu’une affirmation négative : l’âme ne meurt pas. Elle continue simplement à vivre.

La résurrection, c’est une affirmation positive : l’ homme entier, qui est réellement mort, est rappelé à la vie par un nouvel acte créateur de Dieu. Un miracle créateur. Une création nouvelle.

Père Alain de La Morandais