Les lys des champs et les petits oiseaux

(Mt.VI,25-34)

Ces paroles de Jésus, isolées de leur contexte plus large, risquent de provoquer de redoutables malentendus, depuis une forme de providentialisme, alibi de toutes les démissions, jusqu’à des caricatures de « détachement » qui ne sont parfois qu’ infantilisme religieux, irresponsabilité, dilettantisme, paresse ou incompétence. Alors expliquons nous.

18 avril 2010 LunaireAvant de parler des fameux petits oiseaux et des lis des champs, de quoi Jésus s’entretenait-il avec la foule ? Un homme demandait au Nazaréen de faire l’arbitre dans une histoire d’héritage et comme Il répondait que ce n’était pas vraiment de son ressort, il en profite pour enchaîner sur l’argent et la thésaurisation, fustigeant ceux là qui n’ont pour seul souci que l’abondance et la multiplication des biens : actions, capitaux, surprimes, bonus, placements, intérêts, Bourse etc …Non. Il ne parle pas des jeux de hasard du black-jack ou de la roulette ! Une fois – une fois encore ! – l’ Argent roi, l’argent facile, le capital comme idoles, comme médiocres et faux absolus, comme souci majeur et exclusif est condamné.

Puis viennent les célèbres paroles qui invitent à l’abandon, à ce qui sera appelé « l’esprit de détachement », se terminant par le rappel de l’exigence évangélique : « Cherchez le Royaume – c’est à dire l’annonce de la Parole de Dieu – et « cela » – c’est à dire le toit, le vivre, le vêtement et le couvert ! – « vous sera donné par surcroît. » C’est comme pour le plaisir : il suffit qu’on le cherche obtusément et on ne le trouve pas; on oriente mieux son désir et il vous est donné. Comme « par surcroît ».

Et pour bien marquer qu’il ne s’agit pas de comprendre ces paroles

– ni comme une sorte de sagesse immobile, méprisant le siècle et l’humanité pour s’extraire individuellement du désir de tout désir

– ou comme une manière de démission de la liberté et de la responsabilité humaine de faire croître, développer et à présent mieux protéger le jardin de la Création; de se battre encore et toujours pour plus de Justice, pour nourrir l’affamé, visiter le prisonnier, habillé le dénudé et consoler le paumé.

Pour bien éviter ces méprises, Jésus enchaîne immédiatement sur une invitation pressante à la vigilance active, industrieuse, à la responsabilité de la tâche confiée à ses intendants que nous sommes :  «  Tenez vos reins ceints et vos lampes allumées … »

L’esprit des lys des champs et des petits oiseaux est aux antipodes d’une éloge de l’imprévoyance ou de l’incurie et c’est pourquoi il a charmé Priscilla et Paul-Jérôme, à la veille de célébrer une alliance sacrée. Quand on revient de Las Vegas on sait bien – et depuis longtemps – que le mariage ne se joue pas sur un coup de dés ou à la roulette. Il y faut toute la prévoyance humaine – avant et surtout après ! – et la grâce de Dieu qui n’est pas donnée par surcroît mais comme fondatrice d’un amour durable.

Père Alain de La Morandais

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