Pédophilie et Vatican : Rendre à l’ONU ce qui appartient à l’ONU

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Le Père de La Morandais vous recommande cet éditorial de Jean Pierre Mignard dans Témoignage Chrétien.

« Dans son premier rapport depuis 14 ans, le Comité des droits de l’enfant, présidé par Mme Kirsten Sandberg, dresse l’inventaire de  la coopération entre l’ONU et le Vatican en matière de lutte contre la pédophilie.

Ce rapport reproche au Saint-Siège de n’avoir pas pris les mesures nécessaires contre les crimes commis et même de les éluder.

Il évoque le chiffre de dizaines de milliers de cas avérés. Il fait état d’un véritable code du silence imposé aux membres du clergé et à l’institution. Il suspecte cette dernière de transférer des prêtres de paroisse en paroisse pour les faire échapper à des mises en cause.

Le comité ne mâche pas ses mots pour indiquer qu’à ses yeux la protection des coupables et la réputation de l’Eglise l’ont emporté sur l’intérêt des enfants.

La Convention internationale des droits de l’enfant de 1989 est l’une des multiples conventions onusiennes signées par 197 États souverains, dont celui du Vatican. Ses travaux font autorité.

L’accusation est grave et la réponse n’est pas à la hauteur de ce que l’on est en droit d’attendre du seul État spirituel membre de l’ONU, en attendant un jour peut-être celui du Tibet.

L’observateur du Saint-Siège a fait valoir que le rapport « avait été influencé par des ONG gays et lesbiennes », ce qui est une dérobade à relent homophobe qui ne résout rien. Agiter le complot gay n’est guère respectueux vis-à-vis d’une convention qui fait référence et d’experts reconnus. C’est dans tous les cas non conforme à l’esprit de coopération avec l’ONU souhaité par Benoît XVI et François.

Il y a un problème et il ne faut pas le cacher. On ne pouvait que s’en douter depuis le rapport accablant de la juge Murphy en 2009 et les faits massifs de pédophilie révélés dans l’Église irlandaise. Malgré les premières mesures prises par Benoît XVI, qui n’a pas nié les faits ni cru devoir stigmatiser les médias, malgré les 400 prêtres défroqués démis de leurs fonctions, malgré la révocation du père Martial Marcel, fondateur des Légionnaires du Christ, pour des faits avérés de pédophilie, l’opacité semble rester la règle.

Le pape Francois a maintes fois qualifié de honteux le fait pédophile dans l’Église, et a affirmé vouloir coopérer avec les autorités judiciaires. Il a annoncé, en décembre, la création d’une commission chargée d’accompagner les victimes, même si celle-ci n’est pas encore constituée.

Alors pourquoi tout ce temps, pourquoi cette opacité, même si la volonté des deux derniers papes ne saurait être mise en accusation ? La longue impunité explique beaucoup. L’opinion selon laquelle l’Église et ses membres n’auraient de comptes à rendre qu’à l’Église et à Dieu est un autre motif. C’est un argument, dangereux, qui tient de l’aubaine pour certains.

Il faut, pour en finir, accepter une fois pour toutes que ni le droit canon, ni les procédures disciplinaires qu’il inspire, ne sauraient se substituer au droit pénal. Seules les victimes ont, en premier, le droit de pardonner. Et la loi des hommes a son temps comme la justice de l’Église le sien.

C’est aujourd’hui le temps de la justice des hommes. Il faut rendre à César ce qui lui appartient, or dans notre affaire César c’est l’ONU. »

Jean Pierre Mignard est  avocat et codirecteur de la rédaction de Témoignage chrétien.

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