Homélie : Présentation du Seigneur

61_bigCe dernier épisode de la toute petite enfance de Jésus est en quelque sorte un condensé de l’Evangile : il s’agit d’un événement réel de l’histoire de la Sainte famille, que Luc relate le plus fidèlement possible, mais dont il fait en même temps une relecture christologique. Là encore, comme à Noël, comme à l’Epiphanie, l’évangéliste souligne les contrastes : le nouveau-né, en qui les bergers, des marginaux, ont reconnu leur Sauveur, que les Mages, des étrangers, ont adoré comme le roi des Juifs, est ici  confessé par deux vieillards, qui n’appartiennent pas au cercle des notables religieux, comme le consolateur et la gloire d’Israël, le Messie du Seigneur, la délivrance de Jérusalem, le salut de tous les peuples, la lumières des nations païennes… Ainsi se précise l’identité de Jésus, et se profile déjà sa mission ; Luc, ici, nous fait faire un pas de plus : la scène ne se situe-t-elle pas à Jérusalem, où, trente trois ans plus tard, nous retrouverons Marie au pied de la croix de son Fils, le cœur transpercé par une épée ? C’est comme le premier acte public de Jésus : il s’avance au devant de son peuple, lequel, en la personne de Syméon et d’Anne, l’accueille comme le Messie promis par Dieu : on peut noter que le verbe traduit par prendre (Syméon prit l’enfant) a littéralement le sens de recevoir (il reçut l’enfant).

Luc n’entend donc certainement pas nous proposer un exposé exhaustif du mystère du Christ ; il ne semble pas non plus vouloir nous donner en exemple l’humilité de Jésus et de ses parents, en les montrant se pliant à un rite auquel ils auraient pu se soustraire… Son intention est ailleurs : jusque là, nous avions approché le Messie de Dieu dans son cadre familial ; avec sa présentation au Temple, nous entrons plus avant dans son mystère et nous trouvons donc invités à nous prononcer pour lui, à la suite de Syméon et d’Anne.

Entrer dans le mystère du Christ ? On pourrait connaître parfaitement le dogme chrétien, sans être Chrétien ; on pourrait, et c’est fréquent, observer parfaitement les lois de l’Eglise, faire preuve d’une grande générosité, sans être vraiment disciple du Christ… Le témoignage de ceux qui ont reconnu dans l’enfant de la crèche, dans le fils de ce couple de pauvres, l’envoyé de Dieu nous dit quelque chose de fort : tous sont des petits, des hommes, des femmes qui ne prétendent pas détenir le savoir, qui cherchent au contraire la vérité, qui essaient d’en repérer et d’en lire les signes donnés d’en haut, se laissant conduire par l’Esprit de Dieu et espérant surtout voir la réalisation de ses promesses… Il y a une disposition du cœur indispensable pour entrer dans le mystère du salut ; sans elle, nous resterons extérieurs à l’alliance avec le Christ que devrait être toute vie chrétienne, bons connaisseurs de la doctrine peut-être, bons managers, fidèles exemplaires, mais pas témoins du Christ de Dieu. Si nous ne sommes pas, et jusqu’à la fin, des chercheurs de Dieu, nous aurons beau être des parfaits, nous passerons à côté de l’essentiel, l’amour de Dieu, le Christ, présent dans nos cœurs, par l’action de l’Esprit Saint.

Cette disposition de cœur nous emmène plus loin encore : quand Syméon annonce à Marie que son Fils sera un signe de division, il affirme clairement que, devant lui, on ne pourra pas rester neutre, on devra se prononcer avec ou sans lui. Pour Marie, l’adhésion au mystère de son Fils, ira très loin, jusqu’à consentir à le perdre, à accepter pour lui l’inacceptable, l’insupportable ! Elle n’était pas spectatrice au pied de la croix ; elle donnait ultimement la vie au Fils de sa chair, en acceptant qu’il lui soit arraché. Il ne s’agit pas pour nous de rêver à l’extraordinaire, mais de réaliser que, si nous nous disons disciples du Christ, ça ne peut que nous conduire à la croix avec lui. Pas forcément une croix élevée sur un tertre, bien visible, mais de petites croix semées sur le chemin, toutes grandes quand elles sont accueillies et portées avec lui.

Quelle est ma pensée secrète aujourd’hui ? Où est l’essentiel pour moi ? Le Christ est-il présent, premier, dans mes choix, mes projets, mes préoccupations, mes attentes, mes satisfactions… ? La fête de la Présentation nous amène à le rechoisir, à nous redonner au Père avec lui, à nous confier à la lumière de l’Esprit Saint. Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut

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