Sans prendre une vessie pour une lanterne ….

Une première : hospitalisé en urgences, à bientôt 79 ans, je m’avance, pour la première fois, sur le territoire obscur de la souffrance. Pas la souffrance psychologique ou spirituelle. Non, la souffrance physique ! Pas celle des autres, dont mon ministère me rend proche depuis cinquante ans : visites aux malades à l’hôpital ou à domicile, assistance à des mourants (cancer, sida, sénilité …), préparations et célébration d’obsèques. Celle des autres est la leur , pas la mienne.

Par réflexe de survie, j’ai appris de celles des autres à me mithridatiser – comme les médecins – , de façon à assurer une présence de réconfort et non pas d’écroulement. Pas une présence du genre  » – je me mets  votre place ! ». Non. Jamais à la place de ! Ni pour la souffrance, ni pour le plaisir. La complexité de chaque personne est trop subtile et sans possibilité d’être interchangeable pour que le « mystère » demeure unique à chacune et à chacun.

Tant que l’expérience physique, psychologique et spirituelle – les trois inséparables composantes de la personne : phy-psy-spi – n’est pas passée par le corps et qu’il n’y ait pas eu interaction entre les trois composantes, nous passons à côté d’une unité qui peut assurer l’ harmonie. Harmonie ou unité des trois. Et voilà le premier constat : la souffrance physique d’abord brise cette harmonie, en réduisant tout au physique. Elle a un caractère compulsif et totalitaire. Compulsif : cela veut dire, que la force qui la meut diminue considérablement notre liberté :  » – On ne peut plus s’empêcher de ! « . C’est vrai pour la douleur, comme c’est vrai pour le plaisir quand il est totalisant. (cf. la sexualité) Totalisant, cela veut dire qui rejoint les trois fameuses composantes – phy-psy-spi -, mais avec une telle force que l’une l’emporte sur les deux autres. Finie la liberté !

Concrètement, quand la douleur est sans répit, lancinante et irréversible, pourquoi je n’arrive même pas à penser  aux autres personnes qui m’ont confié leurs souffrances ? Pourquoi je n’arrive plus à prier ? Pourquoi cette souffrance, que ma tradition chrétienne, m’a rabâché être « rédemptrice » ne m’ouvre-t-elle pas mieux les yeux de la foi sur cette fameuse « rédemption » ?

A suivre ….. 

Père Alain de La Morandais 

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