Extrait du prochain livre du Père Alain de La Morandais sur l’Eglise des pauvres

Fidélité à l’ouverture

1350028703FullImageEntre  la fin du Vatican II et l’élection du pape François, que deviennent les prêtres de la « génération Concile » ? Certains subissent l’épreuve de Mai 68 , en quittant le sacerdoce – à Paris, on disait alors que 50% des prêtres qui avaient été aumôniers de Lycée ou d’étudiants avaient abandonné ! – , ce qui avait fait dire malencontreusement à un auxiliaire de Paris, dans une réunion de Doyenné :

– Les meilleurs s’en vont !

Le nouvel archevêque, avec son accent rocailleux, qui avait succédé à Mgr Pierre Veuillot, avait pansé un peu les plaies par sa sympathie bonhomme mais nombre de blessures restaient ouvertes chez mes confrères, qui commençaient à penser qu’au fond le Concile ne s’était guère préoccupé d’eux. Le choc d’ « Humane vitae », condamnant toute forme de régulation des naissances non conforme à la « loi naturelle », avait commencé à provoquer une certaine hémorragie chez les pratiquants adultes et prenaient complètement à rebours les jeunes, qui , avec la révolution sexuelle de 68, supportaient de plus en plus mal l’ingérence de l’Eglise « sous la couette ».

Vint la génération « Jean-Paul II » qui réchauffa les énergies , en saluant la chute du marxisme et du mur de Berlin, et en suscitant, au moins à Paris, grâce au nouveau cardinal, une  vague de vocations sacerdotales. Cela ne manquait pas d’air,  surtout avec le succès des JMJ, qui succédait à l’enthousiasme des rencontres à Taizé, même si cette dynamique cachait un certain classicisme peu prophétique. Du XIV ème à Sainte – Clotilde , j’essayais de pratiquer une fidélité à l’ouverture, en m’inspirant de la parabole du Bon pasteur qui n’hésite pas à quitter son joli troupeau, une fois bien rassemblé, à l’enclos, pour partir, le temps qu’il faut, à la recherche des nombreuses brebis perdues.  Alors je pensais, avec bien d’autres qui n’osaient pas le dire, que l’ouverture au monde, voulue et décidée par Vatican II, leur paraissait remise en cause par ce qu’ils jugeaient un repli frileux de l’Eglise sur sa propre identité . Certains signes les inquiétaient : compromis et concessions aux traditionnalistes, nominations d’évêques rigides et conservateurs, rappels à l’ordre aux théologiens et aux chercheurs, approche marquée par l’obsession du danger marxiste dans les pays d’Amérique latine, frilosité dans le dialogue oeucuménique . Alors que l’Occident vivait dans des sociétés démocratiques qui exigeaient de plus en plus d’une société participative le débat public et le dialogue, Rome était    soupçonnée de se crisper sur un système curial trop centralisé et dominateur.

Ces tensions n’étaient pas nouvelles dans l’Histoire de l’Eglise : dans sa si longue Tradition – depuis les affrontements de Pierre et de Paul – , l’Eglise a toujours connu le débat et la tension des contradictions internes. Quelques uns parmi les meilleurs théologiens experts au Concile avaient été auparavant condamnés au silence : c’est dans l’épreuve de l’obéissance qu’ils ont été les témoins de la fidélité à l’ouverture. Fidèles jusqu’à devoir se taire, pendant un temps, par obéissance. Cette fidélité ouverte, je la distinguais alors par trois caractères :      

– son irradiation cordiale ;

– sa gratitude ;

– sa capacité de résistance.

Une fidélité reconnaissable à son irradiation cordiale ! La fidélité par devoir pur et dur est certes admirable mais peu contagieuse. La seule fidélité qui peut nous convaincre est celle du cœur, celle qui, par son rayonnement, sa chaleur communicative, sans raideur ni crispation volontariste, donne envie d’être fidèle. Elle exclut la rancune, la hargne, le ressentiment, l’ambition de la revanche. Elle est chaleureuse. Elle est humble.

Une fidélité reconnaissable à sa gratitude ! L’Eglise est un peu comme une Personne aimée et aimante : elle ne nous aime pas comme nous voudrions être aimés. Elle ne nous reconnaît pas comme nous aimerions être reconnus. Et pourtant, même si parfois elle peut devenir pour nous plus « belle mère » que « Mère », ou même « épine dans la chair », nous savons que nous lui devons tout, depuis la grâce première du Baptême, qui révèle un Amour premier, initial, source de tout amour postérieur et plus fort que la mort.

Fidélité reconnaissable à sa capacité de résistance ! Résister au découragement, au désabusement, à l’ennui du répétitif, à la tentation de se désolidariser quand les portes se ferment au lieu de s’ouvrir. La fidélité est toujours un attachement « malgré ». Malgré son raidissement apparent, sa peur d’un monde qu’elle déclarerait à nouveau irrémédiablement mauvais et sous l’empire des puissances maléfiques, malgré ses irritations face à la critique, aimer l’Eglise jusqu’à la fidélité , c’est l’aimer avec ses courages et ses palinodies, avec ses élans et malgré  ses pesanteurs, avec ses appels à la liberté et ce qui pourrait sembler des abus d’autorité. La fidélité est au cœur de la patience. Subsistance, persistance : ces trois mots  désignent , au milieu des humeurs et des soubresauts, le rocher de la fidélité.

Cette réflexion autour de l’Eglise des pauvres sera l’objet du prochain livre du Père Alain de La Morandais.

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