Extrait du prochain livre du Père Alain de La Morandais sur l’église des pauvres

Les « purs » et « durs »

Celles ou ceux qui sont  appelés les « purs » sont souvent, dans un groupe,  – que ce soit un mouvement politique ou une chapelle religieuse –  aussi les « durs », ceux qui défendent intégralement la doctrine du groupe, avec une nuance certaine de rigidité , voire de fanatisme. Dans ce sens-là, déjà, du temps de Jésus, les Pharisiens passaient pour des « purs et durs ». Ce qui compte avant tout, c’est la forme, la lettre de la prescription légale.

jesusetlepharisienPour un bon Juif, la Loi – la Torah – comporte un certain nombre de commandements imposés par Dieu, qui précisent comment doivent se conduire ceux qui veulent entrer ou demeurer dans l’ Alliance. Cette Loi donnait à Israël son identité, sa place privilégiée, unique dans le contexte historique de l’époque, sa conscience de soi . Mais, bien avant Jésus, les prophètes comme Jérémie ou Ezekiel avaient souvent fait la distinction entre la Loi écrite sur la pierre – le fameux Décalogue transmis par Moïse – et la Loi que Dieu voulait inscrire dans les cœurs. Quant aux « lois de pureté », elles existaient avant d’être codifiées dans la Torah et d’être transformées en interdits religieux. Elles avaient acquis une valeur de commandement , en comportant un certain nombre de prescriptions qui définissaient ce qui était « pur » et ce qui était « impur », et tout cela aussi bien par rapport à la guerre ou à la sexualité, à certaines maladies et à la mort, eu égard à certains aliments ou même vis à vis des animaux. Le fait d’être occupé par la puissance romaine et de subir l’influence grecque, parmi d’autres du Moyen Orient, posait problème à Israël, qui s’interrogeait sur son propre rôle vis à vis des autres peuples païens. Pour demeurer « supérieur » aux autres, il fallait radicaliser la Loi, renforçant ainsi l’esprit nationaliste et de résistance. La religion devait se faire exclusive, en rendant quasiment impossible l’adhésion des païens au monothéisme juif. Et ceci s’accomplissait particulièrement à travers des « lois de pureté, de plus en plus raffinées, subtiles, tatillonnes et minutieuses. Plus un groupe social tient à préserver son identité précieuse et menacée, plus il  se referme sur lui-même – c’est ce que j’appelle le syndrome du pont-levis dans notre univers occidental ! –  et multiplie les barrières, les codes, les interdits, les conditions d’admission : c’est tout ce qui est extérieur à lui qui est suspect de persécuter et contre lequel il se défend, jusqu’à l’anticipation.  Il se défend et il méprise ; L’important alors n’est surtout pas d’être « comme les autres », mais, au contraire, de cultiver orgueilleusement sa différence. Et pour se protéger contre la contamination de l’extérieur, c’est une sorte de communautarisme qui se met en place.

Cette réflexion autour de l’Eglise des pauvres sera l’objet du prochain livre du Père Alain de La Morandais.

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